Et. Jouy, Poésies légères, 1823, p
2. Ce poème a paru au moins cinq fois : en 1794 (Décade, IV, 163); en 1797 (Journal des Muses, IV, 26) ; en 1800 (Aëmanach des Muses, an VII,
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Andrieux. Coupigny 399
jours de sa gloire. » Une note rappelle au lecteur que « ce morceau est le même que le malheureux Werther lisait à Charlotte lorsqu'il la vint voir pour la dernière fois, et déjà résolu à mourir ». A la vérité, les 57 alexandrins de Coupigny ne retracent que la plainte d’Armin, une petite partie seulement de l’ensemble imposant que Werther lit à Charlotte ; et le vieux guerrier n’y pleure pas sur « les jours de sa gloire », mais sur la perte de ses deux enfants. Mais de plus, par une habile contamination, Coupigny place en tête de ce morceau le mouvement si poétique du début de Berrathon, ces accents d’angoisse qui forcent aux pleurs Werther et Charlotte, et qui déterminent la crise de larmes et la séparation suprême :
Pourquoi me réveiller, Ô souffle cu printemps?
Rien qu’à ce vers, on devine que Coupigny ne traduit pas sur l’anglais et n’écrit pas d’après Le Tourneur. C'est à Werther qu’il a emprunté son Ossian, c’est sur quelque traduction de Werther qu'il travaille. Dans Le Tourneur, le mouvement est à peine indiqué : le lecteur passe à côté sans le remarquer. C’est Gœthe qui, en le précisant, en lui aisant rendre toute sa valeur symbolique, l'a en même temps févélé au lecteur français : la comparaison dont Coupigny nous fournit l’occasion est démonstrative :
Macpherson : Why dost (hou awake me, o qale ?
Gœthe: Warum weckst du mich, Frühlingsluft ?
Le Tourneur : Zéphir importun, laisse-moi reposer... Coupigny : Pourquoi me réveiller, ô souffle du printemps ?
On voit aisément que Coupigny doit son vers, non à Le Tourneur, mais à Gœthe.
C'est Le Tourneur très probablement qu’a utilisé Amaury Duval pour écrire sa Nuit de Fingal'. Ces 92 vers racontent le lamentable épisode de Connal et Crimora, dans Car-
p- 92): en 1801, dans la première édition des Poésies Galliques de Baour- Lormian, à la fin du volume; en 1813, dans les Romances el Poésies de Coupigny, p.160.
1. Décade, III, 33 (22 septembre 1794) : La nuil de Fingal, ou le Chant du Barde, imité d’Ossian, par Amaury Duval.
ric-Thura, un des premiers morceaux ossianiques connus en France. Mais Connal est remplacé par Oscar, plus populaire. Nous prenons ici sur le fait une tendance curieuse de l’ossianisme français, qu'on peut appeler la tendance à la simplification : elle triomphera sous l’Emprre et depuis. Armin, Ryno, le fils d’Alpin, s’évanouiront bientôt, et il n’y aura plus d’autre barde qu’Ossian ; comme Connal sous la plume d’Amaury Duval, tous les jeunes héros s’appelleront Oscar ; et Minona et Colma et Minvane et Crimora s’absorberont sans peine en leur sœur Malvina. Au reste, les vers d'Amaury Duval, qui paraphrasent le texte d’assez près, sont faibles, et souvent mièvres ou galamment troubadouresques.
Comme de juste, Carthon fournit son tribut avec la classique Invocation au Soleil * ; elle est traduite par un ossianiste anonyme qui n’est pas Miger, et qui annonce un recueil de Poésies Scandinaves, lequel, je crois, n’a jamais paru, au moins sous ce titre, Le rédacteur du Ton des Muses rapproche ce morceau de celui de M.-J.Chénier sur le même sujet, qu’il avait inséré quelques pages plus haut, et que nous allons retrouver.
Marie-Joseph Chénier offre l’exemple d’une attitude littéraire qui a été celle de Fontanes et sans doute de plusieurs autres. Nous avons vu Fontanes consacrer ses premiers vers à Ossian et célébrer la gloire de Le Tourneur ; nous le verrons, critique sévère, refuser à |’ « Homère du Nord » la place que MF°° de Staël lui assigne en face d’'Homère. Vingt ans environ s’écoulent entre les deux Fontanes, celui du Chant d'un Barde et celui des Observations. Pour Chénier, les deux attitudes sont presque contemporaines : il ossianise avec ferveur et assiduité pendant le Directoire et au début de l'Empire, mais en 1806 ou en 1809 il fait sur le mérite d’Ossian d’aigres réserves.
Ossian paraît avoir tenté Chénier d'une manière superficielle, comme le tentait aussi la Germanie rêvée par Klopstock, dont il traduisait à la même époque Hermann et Thusnelda* ;il y voyait une manière de rajeunir la poésie française,
1. Journal des Muses, II, 97 : Invocation au Soleil, imitée d’Ossian. 2. Almanach des Muses, 1796, p. 117.
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Amaury Duval. Marie-Joseph Chénier 401
mais par la surface seulement et par le dehors. Ses poèmes ossianiques sont au nombre de cinq : ils parurent dans le livre III de ses Poésies Lyriques,ouvrage tiré à 250 exemplaires seulement '. Les Chants de Selma, le plus i important, présentent une traduction complète du poème ossianique. La pièce paraissait la même année dans le recueil de Lablée*, et se retrouve dans les Œuvres’. Une partie du
poème, le Chant d’Ullin,avait déjà été donnée par le Maga-
sin Encyclopédique deux ans plus tôt ‘. Les 78 vers de ce Chant d'Ullin reproduisent cette lamentation d’Alpin sur la mort de son fils Morar que nous avons déjà rencontrée souvent. Minvane* avait été mis en musique et avait paru, paroles et musique, dans la Décade en décembre 1804 °. On voit que Chénier tirait parti de ses productions antérieures à la grande vogue d’Ossian, pour leur faire prendre la livrée du jour. Ces 57 vers libres, qui reproduisent à peu près la Minvane de Le Tourneur, se prêtaient assez bien en effet à servir de thème à un chant passionné. De Carthon, Chéniertire l’inévitable /nvocation au Soleil”, qu'ilavait d’abord donnée au recueil de Lablée * : 34 alexandrins médiocres, librement rimés. Clonal et Crimora”, c’est, avec un léger changement qu'a motivé l’euphonie, le Connal et Crimora de Turgot et de tant d’autres, c’est-à-dire l'épisode bien connu de Carric-Thura : un dialogue de 57 vers en strophes libres. Enfin, Le Dernier Hymne d’Ossian * reparaît dans la Décade en 1800 ‘. C’est un ample poème de 250 vers environ, tantôt stances, tantôt vers libres,et qui suit d’assez près Berrathon, que, disait Le Tourneur, « on nomme en Ecosse le dernier hymne d’Ossian ».
On le voit, le tribut poétique de M.-J. Chénier est le plus
Poésies Lyriques de M. Joseph Chénier. Paris, an V-1707, in-18. Journal des Muses, I, 19-37.
. Œuvres de M.-J. Chénier, III, 398.
. Magasin Encyclopédique, 1795, I, 555.
. Œuvres, III, 395 ; Les Quatre Saisons du Parnasse, printemps 1805
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. 6. Décade, XLIII, 498 (20 frimaire an XIII). 7. Œuvres, IIL, 414.