Baour-Lormian, Mon second mot
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Marie-Joseph Chénier 403
Chénier, pour se venger, condamnait à « l’oubli sans retour » tous « les vers de Baeur ‘ ». La postérité leur a donné raison à tous les deux.
Néanmoins, ce n’est pas sans quelque. fondement qu’un critique classique de la Restauration trouve dans les vers ossianiques de Chénier, avec des « néologismes » qui étaient peut-être tels en 1820, mais que j'avoue ne plus apercevoir, « de la facilité, de hors et de l'élégance * ». Ce qu fait le plus Aéfat à cette poésie, c’est la couleur. A côté de quelques chevreuils, météores et enfants des concerts, il y a trop de /ances homicides ; trop de vers aussi qui rappellent des souvenirs d’Athalie :
Et de tes jours éteints rallumer le flambeau.
Ailleurs, c’est le ton un peu fade de la romance à chanter,et cette négligence qu’autorise trop aisément l’apparente facilité des vers libres :
Hélas ! à la vue enchantée Tu brillais, ma chère Daura, Ainsi que la lune argentée Sur la colline de Tura !
Ta blancheur surpassait la neige éblouissante, Selma chérissait tes accents, Et des vents légers du printemps La voix était moins caressante *.…
Et voici le début mélancolique de Berrathon, après lequel Werther et Charlotte ne lurent pas plus avant :
En inclinant son front, la fleur à peine éclose Dit : Souffle du printemps ! permets que je repose; Ce matin belle encor, le soir va me flétrir… Le chasseur qui m’a vue en ma beauté naissante, Le chasseur reviendra demain ; Ses yeux me chercheront au sein de la prairie, Par mon éclat fragile un moment embellie ; Ses yeux m'y chercheront en vain *
1. Œuvres de M.-J.Chénier, III, 41: Discours sur les Poèmes descriptifs. 2. Lycée français, V, 276 (1820).