Œuvres de Fréret, XVIII
Les Bardes 197
son Histoire des Celtes ; Mallet, parlant des Scaldes de la Norvège, avait en même temps défini leur rôle : « On les chargeait de composer des Odes, qui contenaient le récit de leurs plus belles actions... Ces chansons se répandaient de bouche en bouche‘. » Terrasson le répète : les Bardes « excellaient surtout dans les Odes * ». On rappelle, on cite partout à cette époque les vers de Lucain qui servent d’épigraphe à certaines éditions de l'Ossian de Macpherson:
Vos quoque qui fortes animas, belloque peremptas, Laudibus in longum, vates, dimittitis aevum, Plurima securi fudistis carmina, Bardi *.
Ces Bardes furent, ou durent être, les poètes nationaux de nos pères. Dorat, qui ne doute de rien, sait que « les Bardes composaient des vers, et les Druides les récitaient‘ ». La Tour d'Auvergne, plus vaillant grenadier que prudent étymologiste, n'hésite pas à dériver leur nom de l’anglais beard, barbe, « de l'usage où étaient vraisemblablement les anciens poètes gaulois, de porter la barbe dans toute sa longueur * ». Barbus ou non, on les rencontre un peu partout, dans les contes gaulois où ils gravent des vers galants sur une espèce d’obélisque, et voisinent bizarrement avec Diane et ses Nymphes ; dans les Etrennes d’un vieux Gaulois où « les Pirons, les Voltaires » sont appelés en note «les Bardes ou poètes de ces temps reculés »; dans les Mémoires des érudits comme d’Orbessan, qui parle d’eux d’après Leibniz et Pelloutier *. Même on trouve le mot comme adjectif : « Les chansons bardes étaient leur amusement ’. »
Mais ils ne sont pas particuliers à la Gaule : sous le même nom ou sous les noms de scaldes, de ménestrels, ils sont, à l’aube des civilisations européennes, les vrais poètes ins-