Mary-(1. Cushing, Pierre Le Tourneur
3. A l'excepliori des 22 premières lignes du premier morceau, qui sont identiques dans les deux traductions.
Les « Contes et Poésies Erses » 249
tisfait de ce premier travail, il aura jugé à propos de le refaire ?
C'était une étrange macédoine littéraire qu'offrait au public l'éditeur Le Jay, et il ne devait pas compter beaucoup sur le succès de cet ouvrage sans unité, mal composé et mal présenté. Le seul caractère commun des contes, des lettres et des poèmes qu'il réunit, semble-t-il, au hasard, c'est d'être traduits de l'anglais ; c'était une pâture mal préparée, que l'on jetait à l'anglomanie sans cesse grandissante du public.
Le premier volume ne contient que des Contes. Ceux-ci, au nombre de quatorze, paraissent tirés des magazines anglais. Ils appartiennent au genre des contes moraux, et plus particulièrement à l'espèce des contes ennuyeux. Beaucoup d'entre eux ne sont pas plus anglais que français : ils sont bien du xviii° siècle cosmopolite et abstrait ; ils présentent sous un vêtement oriental, ou à l'état presque idéal, une anecdote qui est destinée à intéresser, à frapper, à instruire. Le second volume s'ouvre par les Poésies Erses et continue par quatorze Lettres Anglaises qui ne sont pas représentées dans le titre et qui ont peut-être été ajoutées pour rendre le second volume presque aussi gros que le premier. Ces Lettres sont encore plus morales et plus ennuyeuses que les Contes; elles sont certainement empruntées aux collections anglaises du genre du Spectator ; trois d'entre elles sont prises au Guardian.
Resserrées au commencement du second volume, entre les quatorze contes et les quatorze lettres, les Poésies Erses, au nombre de quatorze elles-mêmes, n'occupent que 86 pages, un cinquième de l'ouvrage. Elles en sont certainement, même aujourd'hui, la partie la plus agréable. On venait de lire : Ne jugez point sur l'apparence, Vheureuse rencontre, ou la vertu récompensée. Le ministre berger. Un cadet, généreux... et l'on allait lire De l'égalité du bonheur dans l'inégalité des conditions, Le Temps, LLmmortalité, De la médisance... On était charmé, entre les deux, de laisser son imagination errer dans une nuit d'octobre au nord de l'Ecosse, d'y pleurer les malheurs d'Armin, d'y rencontrer les pâles et pures figures de Minvane et de Minona. Idées abstraites, morale froide, étroit bon sens d'un
2 5o Ossian en France
côté ; et de l'autre, des tableaux étranges et saisissants, des sentiments tendres ou passionnés, de l'imagination, de la mélancolie, du rêve. Ces deux petits volumes sont gros de sens et de promesses : ils contiennent, dans leurs pages, toute la prose qui régnait et toute la poésie (]ui aspirait à la détrôner ; tout le passé et tout l'avenir.
Qu'étaient ces quatorze morceaux, quelle partie représentaient-ils du corpus ossianique, de quels poèmes étaient-ils tirés, et quelles modifications avaient-ils subies ? En voici d'abord la liste avec la mention de leur origine. L'identification n'a pas été facile, tant le traducteur semble avoir pris à tâche de dépister les recherches en tronquant, en altérant, en découpant, en recollant. Ce sont vraiment disjecti membra poetae.
I. Description cVune nuit du mois (roclohre. — Ce morceau, très curieux, et très différent des autres poèmes ossianiques, avait été donné par Macpherson dans une note au poème de Crama. Il le présentait à la vérité comme bien postérieur à Ossian. Il ne lui donnait pas de titre, mais faisait remarquer que d'après le texte ce dialogue représentait une nuit d'octobre et sans doute dans le nord de l'Ecosse. Il ne l'a pas reproduit dans son édition définitive, qui prétend ne donner que de l'authentique.
II. Oïlhona. — Le traducteur modifie profondément le texte, supprime le début et le dernier paragraphe, résume certains passages, et en ajoute d'autres.
III. Ossian. — C'est la seconde partie de Croma à partir de : « Attend to the taie of Ossian, 0 maid », abrégé et un peu modifié.
IV. Les Malheurs d^Armin. — C'est le morceau central des Chants de Selma, depuis : « The wind and the rain are past » jusqu'à: « I am sad,0 Carmor,nor small is my cause of woe. «
V. Dédicace d'un monument de paix posé par deux frères. — Emprunté à Colna-Dona ; mais n'en reproduit que la première partie, et en la modifiant beaucoup.
VI. Lamor et Hidallan. — Ce morceau commence par des réflexions générales empruntées au début du troisième duan de Calh-Loda . Elles sont reliées par quelques lignes de l'invention du traducteur à la partie centrale de La Guerre de Caros depuis : « Fingal, replied the bard... «jusqu'à : «... and the people shun Ihe place of Lamor. »