‹ Ossian en FranceChapitre 174 sur 232 · D. Mornet, Le Senlimenl de la A'dlure..., p · texte numérisé non relu

D. Mornet, Le Senlimenl de la A'dlure..., p

Bernardin de Saint-Pierre 365

encore, dans l'ardeur de midi, ils ont respiré l'air frais de la grotte ».

Un autre prosateur bucolique, Verny, se souvient très probablement d'Ossian en donnant à des personnages de ses idylles les noms de Lamon et d'Erin ; en parlant de la pâle bruyère « près du tombeau solitaire " ».

Bernardin de Saint-Pierre, dont l'horizon littéraire est fort restreint, et qui l'aime mieux ainsi ; à qui suffit un fonds classique, et qui ne feuillette guère que « le livre de la nature »,ne paraît avoir été touché d'Ossian que bien superficiellement. Deux fois il passe à côté de lui sans l'apercevoir, lorsqu'il parle de « Tenthousiasme sublime dont Homère et Orphée ont rempli leurs poésies ' », et lorsqu'il constate que « les tombeaux ont fourni aux poésies d'Young et de Gessner des images pleines de charmes ». De charmes I le mot convient mieux à Gessner qu'à Young. Dans la liste qu'il dresse des « vastes génies » de toutes les nations, l'étranger est représenté par le Tasse, Shakespeare, Pope, Addison, Gessner *. Traitant des Harmonies de l'amitié, il citera Nisus et Euryale, mais en pleine vogue ossianique l'exemple d'Oscar et Dermid ne se présentera pas sous sa plume. Dans sa vieillesse, il n'aime guère Ossian, Girodet nous l'apprend : « Ossian, avec lequel je n'ai pas encore désespéré de réconcilier M. de Saint-Pierre...'^».

Cependant les fantômes de Morven avaient au moins un instant charmé son imagination éprise de grâces lointaines et de paysages exotiques. L'Hécla fond les glaces de l'Islande ; les cygnes chantent :

Les filles d'Ossian, attentives, suspendent leurs chasses nocturnes pour répéter sur leurs harpes ces concerts mélodieux, et bientôt de nouveaux Pauls iront chercher parmi elles de nouvelles Virginies ^

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