M""» de Genlis, Mémoires, III
4. Promenade d'un Français dans la Grande-Bretagne, 1801, p. 138.
41 a Ossian en France
même voyage lui est une occasion de réfuter le parti pris extrême de Johnson contre l'authenticité. Il ne méconnaît pas, lui, l'existence de la poésie ossianique, et la vérité lui semble être dans « une opinion moyenne ». C'est à son séjour en Ecosse qu'il doit également cette remarque féconde : « Mais qui est cet Ossian, ce Fingal? Ce ne sont pas des noms celtiques *. » Si l'on se reporte à notre Introduction, on verra que l'émigré touchait là un point délicat. Au reste, si Latocnaye est plein de sympathie pour l'Ecosse contemporaine, le souvenir d'Ossian ne fait que poser à ses yeux un problème littéraire, ou que permettre des identifications géographiques. Aucun sentiment dans ces pages, aucune émotion: l'émigré ne vit pas Ossian, il ne voit pas se dresser sur la bruyère et près des lacs les pâles ligures des vierges et des héros.
Un autre émigré, Romance-Mesmon % auteur probable des Lettres Wesphaliennes que l'on attribue à Charles de Villers, pour donner une idée de Dribourg, dit qu'on croirait voir un paysage de Claude Lorrain « embelli par les pittoresques couleurs d'Ossian ». Le même consacre dans le Réveil de Hambourg un article aux poèmes ossianiques^ Un autre encore, Gallais, dans un ouvrage anonyme et exactement contemporain, cite Ossian parallèlement à la Marseillaise ; il faut, dit-il, laisser l'un et l'autre « aux peuplades naissantes, aux sauvages, aux Algonquins pour qui les combats sont des jeux S>, etc.. Pour cet émigré paciliste, Ossian comme la Marseillaise exprime un idéal tout barbare, peu convenable à un âge de progrès et de lumières. Par contre, l'émigré Dampmartin ignore Ossian très probablement, ou ne le met pas bien haut, car il ne le cite pas entre Klopstock, Milton et Shakespeare = ; il se contente de faire voisiner assez étrangement les Bardes avec les « vaillants chevaliers» du moyen-âge ^