‹ Ossian en FranceChapitre 47 sur 232 · VI. Valeur de la traduction de Turgot · texte numérisé non relu

VI. Valeur de la traduction de Turgot

Il n'est pas probable que les éditions originales de VOssian de Macpherson aient beaucoup pénétré en France, y aient été lues et aient commencé à y faire connaître Ossian directement, sans l'intermédiaire d'aucun traducteur. Des exemplaires des Fragme7i ts de 1 760,publiés à Edimbourg et à tirage restreint, n'ont dû franchir le détroit qu'en très petit nombre ; du moins, je ne les ai rencontrés nulle part en France, et ils ne figurent dans aucun des 640 catalogues de bibliothèques privées que j'ai examinés. Turgot lui-même, nous le verrons tout à l'heure, n'en connaît d'abord que ce qui a été réimprimé dans le London Chronicle. Suard reçoit ou fait venir, vers la fin de 1760,1a première édition de ces Fragments ; il a sous les yeux la troisième édition avant décembre 1761. Diderot paraît également avoir eu sous les yeux une des trois éditions des Fragments, à moins

qu'il n'ait traduit sur quelqu'un des journaux anglais qui avaient reproduit les premiers morceaux publiés. En dehors de ces trois noms, on ne voit aucune référence aux Fragments ; la publication n'en est relevée dans aucun journal, à l'exception du Journal Etranger pour la première et la troisième édition.

Le Fi7igal de 1762 et le Temora de 1763 ont certainement été entre plusieurs mains. La Bibliothèque du Roi les possédait en édition originale, avec le cartonnage anglais; mais c'était peut-être une acquisition un peu ultérieure. C'est d'après le volume qui contient Fingal que, dès 1762, Suard traduit cinq petits poèmes. L'un et l'autre sont signalés à leur heure ; et Fingal est lu ou parcouru en anglais par les rédacteurs du Journal Encyclopédique ou du Journal des Savants. Le volume de Temora ne fournit rien aux premiers traducteurs, et semble avoir été moins répandu ou négligé. Rares sont ceux, même parmi les anglomanes si nombreux alors, qui s'imposent de lire Ossian dans le texte ; du moins, on ne rencontre en dehors des journaux aucun témoignage contemporain d'impression directe de Fingal ni de Temora. L'un et l'autre d'ailleurs ne se trouvent presque pas dans les bibliothèques privées.

C'est le Journal Etranger qui fit connaître Ossian à la France; et c'est Turgot qui le premier présenta et traduisit les « poésies erses » de Macpherson.

Le Journal Etranger, dont une première série avait paru d'avril 1754 à décembre 1758, venait de renaître depuis le 15 janvier 1760. Il était « rédigé par l'abbé Arnaud ». C'est du moins ce que porte le titre des numéros de 1760. En réalité, Arnaud était aidé de collaborateurs dont il nomme lui même ' certains, de Baïls, Roubaud, Huber, auxquels il faudra ajouter, dès l'année suivante, Suard, qui sera désormais avec Arnaud le véritable auteur du Journal.

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