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Journal Etranger, septembre 1"62, p

Les cinq petits poèmes de 1762 145

Si nous sommes las de poésie, ce n'est point de celle qui porte le caractère et l'empreinte du génie. Les poésies erses... ont eu un grand succès à Paris. Gela est, en effet, beau comme Homère *.

Mais Grimm n'a pour Ossian qu'une admiration raisonnée, et il est exagéré de dire qu'il lui dresse des autels ^ Il continue sur ce sujet en traçant une distinction très fondée entre le premier groupe de poésies erses, celles du genre lyrique, à peu près sans action, qui avaient été les premières connues en France, et ces poèmes publiés en 1762, et qui forment un second groupe tout différent. Il préfère les premières, et sans doute il n'a pas tort.

De ces poésies erses, ce ne sont pourtant pas ces poèmes à situation à qui je donnerais la palme. Je leur préférerais ceux qui sont plus simples. Une maîtresse s'occupant de son amant qui est allé combattre, ou bien lui faisant ses adieux parce qu'il part pour la guerre de Fingal; une tombe élevée aux cendres d'un héros ; voilà de ces pièces où Ion ne peut souffrir un mot qui ne soit sublime, qui ne soit d'un goût grand, exquis et rare. Ce caractère est-il difficile à trouver ? C'est celui de Raphaël, en peinture ; celui de Pergolèse et de Hasse, en musique ; et en poésie, celui du poète erse, de Gessner et des anciens Grecs. En conséquence de ce goût décidé pour la simplicité, et de la conviction où je suis qu'il est plus aisé d'imaginer et de traiter une situation qu'une chose simple, je préfère les morceaux erses qui ont paru dans le Journal Etranger de l'année dernière aux poèmes de Lathmon et Oïlhona^ qui ont été publiés dans les derniers numéros du Journal, quoique je sois bien éloigné de les trouver sans beauté.

Autrement dit, le genre ossianique n'est guère supportable que dans les courtes poésies très simples, presque sans action, fortement rythmées. C'était le genre des premiers essais de Macpherson ; mais on a vu que de bonne heure cet essai de fragments poétiques avait dû céder la place à la conception prétentieuse de l'épopée fingalienne.

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