Idée de la poésie anglaise
année '. Le Mercure, qui s'élargit vers 17G2 et fait place à de nombreux poètes étrangers, ne dépasse pas, pour l'Angleterre, Dryden, Pope et Prior. Dans le Journal Etrayiger % deux tragédies médiocres et des biographies de poètes anglais par Colley Cibber n'apprennent rien qui frappe, même quand il s'agit de Chaucer et de Spenser. C'est une manie à cette époque que de donner des Vies d'auteurs anglais : on traduit ou on résume les biographies qui se publiaient en Angleterre avant celles de Johnson. Le lecteur français est inondé de détails qui peuvent l'intéresser un instant, mais qui ne laissent aucune trace dans la sensibilité, pas plus que toute cette élégante poésie de la reine Anne qu'on lui traduit en partie. Classiques pour classiques, autant vaut relire les nôtres ; et si Pope apporte un appoint à Boileau ou à Voltaire comme Addison et Steele à La Bruyère, le premier n'a rien à donner à la poésie française, ni Dryden même qui est fort loué, mais de loin, ni le classique Gay, ni le classique Prior.
Cependant on pouvait lire dès 1756, dans le Journal Etranger % un résumé de Y Essai de Joseph Warton sur les ouvrages et le génie de Pope, où cette grave critique du genre classique était reproduite dans ses idées essentielles avec assez d'éloquence. Le préromantisme anglais s'infiltrait ainsi d'une manière théorique, mais qui a pu frapper certains esprits : les vues de Warton et l'expression qu'il leur donne sont de celles qui ne s'oublient pas *. Plus directement, on voyait mentionnés ou cités quelques poètes dont la France n'offrait pas l'équivalent, et dont les accents avaient quelque chose de grandiose, de pathétique, de terrible ou de mélancolique. Sans parler du théâtre et de Shakespeare, c'est Milton d'abord, puis Thomson, Gray, Goldsmith, enfin Young. Milton ', plus ancien, et adopté comme le grand épique de son peuple, modèle d'un genre reconnu et même du premier des genres, l'épopée, paraît dans les derniers