‹ Ossian en FranceChapitre 99 sur 232 · Journée de l'Amour, 1776, p · texte numérisé non relu

Journée de l'Amour, 1776, p

2. K. Baldenspci'ger, Gessner en France [Ilevue d'Histoire LiUéraire de la France, 1903).

Nouveautés poétiques allemandes : Gessner 191

fleurs, la beauté plantureuse des riches troupeaux ; dans Ossian, l'automne, la nuit, la lune, la tempête, des bruyères stériles, un chevreuil craintif et solitaire. L'un est presque entièrement fictif, et doit tout à l'imagination ; l'autre se donne pour historique, et prétend se fonder sur des monuments certains. Ils satisfaisaient à deux nuances du même goût, ht même on entendait parfois dans Gessner comme un prélude à la rêverie de Werther, et comme une résonnance des cris passionnés de Jean-Jacques ^. C'est, malgré toutes les différences, un monde complet, qui offre à l'imagination incertaine de quoi se prendre et s'arrêter. On a cru remarquer qu'Ossian ouvrait aux lettres françaises une voie tout opposée à celle où le conduisaient les Anglais et les Allemands : on a opposé ses « farouches combattants » (pas toujours si farouches !j aux « bourgeois de Richardson » et aux « villageois de Gessner » *. Je ne crois pas cette vue exacte, et pour Gessner tout au moins, je suis frappé davantage de l'analogie des impressions produites. Notons enfin une ressemblance importante, déjà signalée à propos de Turgot ; celle de la forme. Cournand dit des Idijlles :

... Ce n'est que de la prose ;

Mais cette prose a le charme des vers ^

La prose de Suard pouvait rivaliser à cet égard avec celle de Huber.

1. Idylles et Poèmes champêtres, Ivad. Huber, 1762 : Idylle VIII, Damon et Daphné. « Quel transport me saisit et m'entraîne!... » Toute la tirade olTre une ressemblance singulière avec un morceau bien connu de Werther, daté du 18 août.

2. Raoul Rosières, La Poésie lyrique au xïx° siècle (Revue Bleue, 1883), et dans Recherches sur la Poésie contemporaine, 1896.

Page 1