‹ Ossian, uvres complètesChapitre 26 sur 102 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

«Trois joins nous renouvelâmes la lutte; lea béros ie tenaient à distance el tremblaient. Le quatrième, Fingal s'écria: Le roi de l'Océan est tombé! mais Swaran «lit : Il est debout ! Que le sombre Cuthullin lui cède, .1 lui qui esl Por( comme les orages <l<son pays. »

Non, répliqua le chef aux veux bleus; jamais je ne cède à un mortel! L<- sombre CuthuUin sera grand ou mourra! Va, fils <l<- Filhil, prends ma lance; frappe le bouclier résonnant de Sémo; il est suspendu aux portes bruyantes de Tura ; sa voix n'est pas le sou de la paix, mes héros l'entendront et obéiront

Il partit. 11 happa le houclier : les collines, les rochers répondent; les sons s'étendent sur les bois ; le daim tressaille près du lac des chevreuils. Curtach s'élance du rocher retentissant, et avec lui Connal au dard ensanglanté. Le sein de neige de Crugal hat avec force; le fils de Favi quitte la biche à la peau brune et fauve. C'est le bouclier des combats, s'écrie Ronnar; la lance de Cuthullin, dit Lugar. Fils de la mer, Calmar, prends tes armes! lève ton fer retentissant! — Puno, héros terrible, lève-toi. — Cairbar, quitte ton arbre embrasé de Cromla. — Ploie le genou , ô Eth ! descends des torrents de Lena. — Ca-olt, étends tes flancs, en passant le long des landes sifflantes de Mora; tes flancs blancs comme l'écume de la mer agitée, quand les vents ténébreux la répandent sur les rochers de Cuthon.

Je vois maintenant les chefs dans l'orgueil de leurs premiers exploits. Leurs âmes s'enflamment au souvenir des batailles d'autrefois et des actions des temps passés. Leurs yeux sont des flammes qui roulent, cherchant les ennemis de leur pays. Leurs mains puissantes sont sur leurs épées; les éclairs ruissellent de leurs flancs d'acier. Comme des tor-

rents ils vinrent des montagnes. Chacun d'eux se

précipite en rugissant de la colline. Brillants sont les chefs des combats sous l'armure de leurs pères; sombres et ténébreux, leurs guerriers les suivent, comme le cortège des nuages pluvieux derrière les rouges météores du ciel. Le bruit des armes qui se choquent, s'élève; les dogues gris y mêlent leurs hurlements; par intervalles éclatent les chants de guerre, et la chancelante Gronda les répète à i'entour. Sur la noire bruyère de Lena ils se tiennent comme le brouillard qui obscurcit les collines en automne , quand , sombre et déchiré, il se pose sur leurs cimes et lève sa tète dans les cieux.

« Salut, dit Cuthullin, fils des étroites vallées! Salut, chasseurs du chevreuil ! Une autre chasse se prépare, semblable à cette vague qui roule sombrement sur la côte. Combattrons-nous, fds de la guerre, ou cédions-nous la verte Erin à Lochlin? Parle, Connal, toi le premier des hommes! toi qui brises les boucliers , tu as souvent combattu Lochlin; lèveras-tu la lance de tes pères? »

«Cuthullin, répliqua tranquillement le chef, la lance de Connal est acérée; elle aime à briller dans la bataille, à se teindre du sang de milliers de héros! Mais quoique ma main incline pour le combat, mon cœur est pour la paix d Erin (i). O toi le premier dans la guerre de Cormac, vois la noire flotte de Swaran. Ses mâts sont nombreux sur nos côtes comme les roseaux sur le lac de Lego. Ses vaisseaux sont des forêts entourées de brouillards, quand les arbres cèdent l'un après Fautre au vent de la tempête. Nombreux sont les chefs de son armée; Connal est pour la paix ! Fingal lui-même éviterait son bras, lui, le premier des mortels. Fingal qui disperse les puissants, comme les vents orageux emportent les

(1) Erin, nom de llrlande.

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