‹ Ossian, uvres complètesChapitre 86 sur 102 · LIVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIEME

m te'ores; je \ <u> le* nuages bleus qui lei couronnent. Que la joie ;nllc a i.i rem ontre - à in- mi frère Pour 1 1 « > 1 1 -> „ nous sommes tristes et sombres ! Je \ <>i^ le vieillard environné d'ennemis, je vois la décadence de bs gloire. Tu restes seul dans le champ combats, (') roi «le Selma, ô roi aux cheveux blancs '. *

.le <le|)n>.ii I illiu dans ia < a\< me du rocher, près le rugissement «lu nocturne torrent One étoile rouge brillai i sur le héros, et le vent, par intervalles , souleva ii ses cheveux. J'écoute : je n'entends aucun souille : le jeune guerrier s'est endormi pour toujours! Comme Un éclair sur la nue une pensée passe a travers mon âme. Mes veux roulent dans le Feu ; je marche à grands pas et mes armes retentissent, u J'irai te trouver, roi d'Erin! au milieu de tes mille guerriers, jet'irai trouver! Pourquoi m'échapperait-11, ce nuage qui vient d'éteindre notre jeune astre? Sur vos collines, 6 mes pères, allumez vos météores, éclairez mes pas audacieux! Je veux consumer dans mon courroux... — Mais ne dois-je pas revenir? Le roi est sans enfants! vieux et en cheveux blancs, il est seul au milieu de ses ennemis! Son bras n'est plus ce qu'il fut autrefois, et sa gloire s'obscurcit dans Erin. Ah ! que je ne le voie pas couché sur son dernier champ de bataille! — Mais puis-je revenir vers le roi? Ne m'interrogera-t-il pas sur son fils? « Tu devais défendre le jeune Fillan. » — Ah! Ossian ira trouver l'ennemi! Verdoyante Erin, le bruit de ta marche est agréable à mon oreille. Je vais fondre sur les rangs de ton armée pour éviter les regards de Fingal ! — Mais j'entends la voix du roi sur la cime brumeuse du Mora ! Il appelle ses deux fils! Dans ma douleur, j'accours, ô mon père, j'accours comme l'aigle que la flamme de la nuit a surpris dans le désert et qu'elle a dépouillé de la moitié de ses ailes ! n

3«./f TÉMORA.

Les rangs brisés de l'année «le Morven sont dispersés sur le Mora à quelque distance du roi. Us détournent les yeux et chacun se penche tristement sur sa lance de frêne. Le roi, au milieu d'eux, se tenait silencieux : pensées sur pensées roulaient dans son âme, comme la vague suit la vague écumante dans un lac des montagnes. Il regardait et ne voyait aucun de ses fils paraître avec sa longue lance étincelante. Les soupirs se pressent dans son âme; mais il cache sa douleur. Enfin, j'arrive et m'arrête sous un chêne , mais ma voix ne se fait point entendre. Que pouvais-je dire à Fingal dans son heure d'affliction? Enfin , sa voix s'élève au milieu de son peuple et ses guerriers reculent à ses paroles.

« Où est le fils de Selma, où est celui qui vous commandait dans le combat? Je ne le vois point, avec mon armée, revenir du champ de bataille. Est-il tombé le jeune et bondissant chevreuil que l'on voyait si beau sur mes collines? Il est tombé ! car vous gardez le silence. Il est brisé, le bouclier de la guerre ! Qu'on m'apporte son armure et l'épée de Luno. Je veille, cette nuit, sur ma colline : avec le jour je descends au combat ! »

Sur le haut du rocher de Cormul un chêne flamboie au vent. Les voiles gris du brouillard roulent autour de la flamme. C'est là que dans sa fureur le roi porte ses pas. Quand son âme brûlait de combattre il se retirait toujours à quelque distance de l'armée. Elevé sur deux lances est suspendu son bouclier, ce signal étincelant de la mort; ce bouclier que pendant la nuit, il avait coutume de frapper, avant de s'élancer au combat. Ses guerriers savaient alors que le roi devait lui-même les conduire à l'ennemi; car ce bouclier ne se faisait jamais entendre qu'au réveil du courroux de Fingal. Ses pas sont inégaux sur la colline : il brille à la clarté du chêne. Il est terrible comme le fantôme de la nuit, lorsqu'il

i IVRE SIXIEME

revêt de vapcui élan-

- .mi mu l'Océan troublé, il monte sur le chai dei venu

l-'.rin, Océan rie guerre, ne s'< tai( point encore remis de In tenii été. Ses Unis r|«- guei i iei - brillaient .1 la clarté de la lune, et, murmurant sourd* ment, roulaient encore nur la plaine. Seul, Catbmor lea devançait sur la bruyère : il poursuivait la Fuite de

l'armée de Morvrn. Il arrive a la caverne OÙ I illan,

ilans l'obscurité, était couché sur la mousse. On arbre m- penchait au-dessus «lu torrent qui étincelait sur le rocher. Sur la rive brillait aux rayons <l<- la lune le bouclier lu isé <lu fils <!«• Clatho; el tout auprès, sur l'herbe, reposait Bran aux pieds velus. Il n'avait point trouvé le chef sur la colline «le Mora et l'avait cherché, guidé parle vent. Il croyait que le chasseur aux veux bleus dormait; il s'était couché sur son bouclier. Nulle brise ne souillait sur la bruyère, qui ne fût connue du rapide Bran.

Cathmor vit le chien à la blanche poitrine; il vit le bouclier brisé. La tristesse descendit sur son âme; il se rappela la chute des guerriers. — « Ils viennent et passent comme les torrents; une autre fténération leur succède. Mais quelques-uns en passant, de leurs noms glorieux, marquent les champs de la guerre. La plaine leur appartient pendant le cours des noires années, et quelque bleu torrent y roule ses ondes à leur gloire. Puisse le chef cPAlha être de ce nombre quand il sera étendu sur la terre! Puisse souvent la voix des temps futurs rencontrer Cathmor dans les airs, quand il marchera d'un vent sur l'autre vent, ou qu'il se cachera sous l'aile de la tempête? '>

Les enfants de la verte Erin se rassemblent autour du roi pour entendre la voix de sa puissance. A distances inégales ils inclinent leurs visages joyeux vers la lumière du chêne. Les terribles ont été repousses

3o6 TÉMORA.

et le Lubar serpente de nouveau au milieu de leur armée. Cathmor était ce rayon venu du ciel qui brilla quand son peuple était dans les ténèbres. Honoré, il se tenait au milieu de ses guerriers, et leurs âmes, avec ardeur, se levaient autour de lui» Le roi seul ne montrait aucune joie : il n'est point étranger à la guerre !

Pourquoi le roi est-il si triste? dit Malthos à l'œil d'aigle. Reste-t-il quelque ennemi sur les rives du Lubar? En est-il un parmi eux qui puisse lever la lance? Ton père, Borbar-dutbul, le roi des lances, n'était pas si paisible; sa rage était un feu qui brûlait toujours, et grande était sa joie à la cbute de ses ennemis. Le béros aux cheveux gris passa trois jours en fête quand il apprit que Calmar n'était plus, Calmar qui, venu de Lara des torrents, combattait pour la race d'Ullin. Souvent il toucba de ses mains le glaive qu'on lui disait avoir percé son ennemi; il le toucbait de ses mains, car la lumière avait abandonné ses yeux. Cependant, pour ses amis, ce roi était un soleil, une brise qui caressait leurs branches. La joie l'environnait dans son palais ; il aimait les fils de Bolga; son nom se conserve dans Atba comme le souvenir des fantômes, dont la présence était terrible, mais dissipait la tempête. Maintenant que les voix d'Erin (i) relèvent l'âme du roi, de celui qui a brillé quand la bataille était noire, et qui a terrassé, le puissant ! Fonar, du sommet grisâtre de ce rocher, répands l'histoire des temps passés sur l'armée d'Erin dont les vastes flots se calment à l'entour. »

«r>on, dit Cathmor, aucun chant ne s'élèvera pour moi et Fonar n'ira pas s'asseoir sur le rocher du Lubar. C'est laque reposent les puissants : ne troublons point leurs ombres errantes. Loin de moi, Malthos, loin de moi, les chants mélodieux d'Erin. Je ne me

(i) Expression poétique pour 1p> bardes d'Mande.

uviu: SIXIEME. ;..7

réjouis poinl de la chute de l'ennemi, quand il .t cesse de levei la lan< e. av< c le jour uous verserons dos forces dans la plaine, l ingal feilk iui -.1 l)i un an te collioe.

Semblables aux vagues repoussées par des vents subits, les guerriers «II. un se retirent .1 la v<ii\ de leur roi. Dans la plaine de la nuit ils roulent et répandeol leurs bourdonnantes iiil>n>. I)<- distant distance, chaque barde, avec -a harpe, s'est assis sous son arbre. Ils élevaient la \<»i\, ils louchaient les cordes, chacuo pour le chef qu'il aimait. Devant un chêne brûlant, Sul-Malla,dr temps eu temps, touchait aussi Ba harpe. Elle touchait la harpe et s'interrompait pour écouter dans ses cheveux le» I > : i - * ■ - <le la nuit Non loin (Telle, dans l'obscurité, le chef d'Atha reposait sous un arbre antique. La lueur du chêne ne donnait point sur lui; il voyait la jeune tille, mais n'en était pas vu. Son aine s'attendrit en secret quand il l'aperçut, les yeux remplis d'effroi. « Mais la bataille est devant toi, fils de Borbarduthul ! »

Suspendant par moments les sons de sa harpe, elle écoutait si les guerriers dormaient. Son âme était pleine; il lui tardait de répandre en secret le (haut de sa propre tristesse. La plaine est silencieuse. Sur leurs ades les vents de la nuit se retirent ; les bardes ont cessé leurs chants, et les rouges météores serpentent avec leurs fantômes. Le ciel devient obscur; les ombres des morts se confondent avec les nuages. Mais la fdle de Conmor se penche insoucieuse sur la flamme expirante; car toi seul es dans son âme, ô vaillant chef d'Atha! Elle touche la harpe, et entre chaque pause sVlève la voix de son chant.

« Clun-galo (1) vint et ne trouva plus sa fdle. Ou

(3) CIun-<ra1o, femme de Conmor, roi d'Inis-buna, et mère de Sul-nialla.

3o8 TEMORA.

es-tu, rayon de lumière? Chasseurs, de vos rochers couverts de mousse, avez-vous vu la beauté aux yeux bleus? ses pas sont-ils sur la verte Lu mon, près du lit des chevreuils? Ah ! malheureuse, j'aperçois son arc dans le palais ! Où es-tu, rayon de lumière? »

« Cesse, ô bien-aimée de Conmor, cesse tes plaintes ! Je n'entends point ta voix sur la bruyère. Mon œil est tourné vers le roi, dont la course est terrible dans la guerre; vers celui pour qui mon âme est éveillée aux heures de mon repos. Profondément plongé dans le sein de la guerre, il ne me voit point du haut de son nuage. Pourquoi, soleil de Sul-malla, pourquoi ne me regardes-tu pas? Je suis ici dans les ténèbres ; sur moi flotte lourdement la vapeur des brouillards; mes cheveux sont remplis de rosée : regarde-moi du haut de ton nuage, ô soleil de l'âme de Sul-malla ! »

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