‹ Ossian, uvres complètesChapitre 99 sur 102 · OSSIAN · texte numérisé non relu

OSSIAN

Oh! si mes yeux pouvaient te voir, toi qui t'assieds, obscur sur ton nuage! Es-tu semblable au brouillard dn Lano, au météore de feu à moitié éteint? De quoi sont faits les pans de ta robe et ton arc aérien?... Il est parti sur sa brise comme l'ombre d'un nuage fugitif. Descends de ta muraille, ô harpe, et que j'entende tes sons! Que la lumière de la mémoire se lève sur I-thona! que je voie encore mes amis! oui, Ossian revoit ses amis sur leur île bleue et brumeuse. La caverne de Thona m'apparaît avec ses rochers couverts de mousse et ses arbres inclines : à l'entrée rugit un torrent ; Toscar se penche sur ses ondes. Fercuth est triste à ses côtés. Cuthona s'assied à quelque distance et pleure. Ne les entends-je point parler? ou le vent des vagues trompe-t-il mon oreille?

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La nuil était orageuse. I>< leur» montagnes tombaient tes chênes gémissants; la mer lombre roulai! bous les \cnis ci li - vagut b rugi i'élançaiem contre nus rochers; les éclairs brillaient ei montraient Bouvent la fougère desséchée. Fercuth, je vis le Fantôme <pii troublait la auil : ii était déboute! silencieux sur ce rii robe de vapeur Bottait sur le vent; je pouvais voir ses larmi semblait un vieillard plein <l<: pensé

l l l:< i i il.

C'était ton père, 6 Toscar! il prévoit la mort de quelqu'un de sa race. Tel il apparut sur le Cromla, avant la chute du grand Maronnan. Erin aux collines d<- verdure, que tes vallées sont agréables! le silence est sur les rives de tes bleus ruisseaux; le soleil est sur tes plaines. Doux est le son de la harpe dans Selama; agréable sur le Cromla est le cri du chasseur ! Mais nous sommes dans la sombre Ithona, environnés par la tempête. Les vagues lèvent Ictus blanches têtes au-dessus de nos rochers et nous tremblons au milieu de la nuit.

toscar.

Fercuth aux boucles de vieillesse, où s'est envolée ton âme belliqueuse? Je t'ai vu intrépide dans les dangers; tes yeux brûlaient de joie dans les batailles. Où s'est envolée ton âme helliqueuse ? Nos pères n'ont jamais eu peur ! Regarde : la mer se calme, les vents orageux se taisent; les vagues tremblent encore sur l'abîme, elles semblent craindre la tempête. Regarde : la mer se calme. Le matin blanchit sur nos rochers. Le soleil bientôt sortira de l'Orient, dans tout l'orgueil de sa lumière !

Avec joie j'avais levé mes voiles devant le paiais

334 CONLATH ET CUTHONA.

du généreux Conlath. Ma course était près d'une île déserte où Cuthona poursuivait les chevreuils. Je la vis, semblable à ce rayon de soleil qui sort de ce nuage; ses cheveux flottaient sur son sein palpitant. Se penchant en avant, elle tirait l'arc, et son bras blanc brillait derrière elle, comme la neige du Cromla. Viens sur mon âme, m'écriai-je, ô chasseresse de cette île déserte ! Mais dans les larmes elle dépense ses heures,* el.'e rêve au généreux Conlath. Où puis-je trouver pour toi la paix, Cuthona, ô jeune et belle vierge !

CUTHONA.

Loin d'ici, une colline escarpée se penche sur la mer avec ses arbres antiques et ses rochers couverts de mousse; la vague roule à ses pieds ; sur ses flancs est la demeure des chevreuils; on la nomme Mora. Là s'élèvent les tours de mon amant; là, Conlath, le> yeux sur la mer, attend son unique amour. Les filles de la chasse revinrent et Conlath vit leurs yeux baissés. «Où est la fdle de Rumar? » Mais elles ne ne répondirent point. Fils d'une terre lointaine, la paix, pour moi, habite sur le Mora!

TOSCAR.

Cuthona retrouvera la paix ; elle retournera vers les tours du généreux Conlath; il est l'ami de Toscar. Il m'a fêté dans son palais. Levez-vous douces brises d'Erin ! Tendez mes voiles vers les rives du Mora. Cuthona reposera heureux sur le Mora; mais les jours de Toscar seront tristes. Je m'asseoirai dans ma caverne, sur la plaine du soleil. Le vent frémira dans mes arbres et je rêverai que c'est la voix de Cuthona. Mais elle sera loin , bien loin, dans le palais du puissant Conlath.

CUTHONA.

Ah! quel est ce nuage? Il porte les ombres de mes

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pères. Je voii les franges de leun robes, lemblables au brouillard ;;n> el numide. Quand dois-je mourir, <> Ruuiar? la iu>i«' Ou thon a prévoit si morti Conlath ue me vn.i-iil pai avant que j'entre dam mou (:ii oite «li un m e '

Il te verra, ô |eune fille! 11 fient sur la vague houleuse. Sombre sur sa lance est la mort deTos-

« ai. Mais une blessure esl dans s«»n fiant ! A la ca-

vcnic de Tbona il est pâle el montre son horrible blessure. (>u es-tu avec tes latines, h Cotnona, le chef de llora expire... Mais sur mon esprit la vision devient obscure et je ne vois plus les chefs! Bardes des temps Futurs, rappelez-vous avec des larmes la chute de Conlath. Il est tombé avant son jour, et la tristes-.' s'est assombrie sur sa demeure, ^a mère, a la muraille, regardait son bouclier; et il était ensanglante. Elle comprit alors que son héros avait succombé et sa douleur fut entendue sur le Mora. Pâle, sur ton rocher, Cuthona, tu restes près des chefs abattus 1 La nuit descend et le jour revient, mais personne ne parait pour élever leurs tombes. Tu chasses les oiseaux de proie; tes larmes coulent sans cesse et tu es pâle comme l'humide nuage qui s'élève d'un lac !

Enfin arrivèrent les fils de la verte Selma. Ils trouvèrent Cuthona froide. Ils élevèrent une tombe sur les héros. Elle repose à côté de Conlath ! Ne viens plus dans mes rêves, ô Conlath! Tu as reçu ton (liant de gloire. Que ta voix s'éloigne de ma demeure afin que le sommeil puisse y descendre la nuit ! Oh ! que ne puis-je oublier mes amis jusqu'à ce que la trace de mes pas ait cessé d'être vue! jusqu'à ce qu'avec joie, j'arrive au milieu d'eux, et que j'étende mes membres vieillis dans l'étroite maison des morts!

BERRATHON.

Argument.

Firigal, d.ins son voyage à Lochlin, où il avait été invité par Starno, père d'Agandecca, toucha à Berrathon, île de la Scandinavie, et fut reçu magnifiquement par Larthmor, peut roi du pays et vassal des rois suprêmes de Lochlin. L'hospitalité de Larthmor lui valut l'amitié de Fin gai, amitié dont ce héros donna des preuves, après l'emprisonnement de Larthmor par son propre fds, en envoyant Ossian et Toscar, père deMalvina, délivrer Larthmor et punir la conduite dénaturée d'Uthal. Uthal était beau et admiré des femmes. i\ina-thoma,la fille gracieuse de Tor-thoma, prince du voisinage, l'aima et s'enfuit avec lui. Il se montra inconstant; car une autre femme, dont on ne dit pas le nom, ayant gagné son affection, il relégua Nina thoma dans une île déserte, près la côte de Berrathon. Elle fut délivrée par Ossian qui, accompagné de Toscar, débarqua à Berrathon, défit les forces d'Uthal et le tua en combat singulier. INinathoma, dont l'amour ne pouvait être effacé par la mauvaise conduite d'Uthal, mourut de chagrin en apprenant sa mort. Cependant Larthmor est rétabli dans ses états, et Ossian et Toscar retournent triomphants vers Fingal. Le poème commence par une élégie sur la mort de Malvina, fille de To*car, et se termine par le présage de la mort dOssian.

Incline ta course bleue, ô torrent, autour de l'étroite plaine de Lutha. De leurs collines que les bois verdoyants se penchent sur elle ; que le soleil la regarde à midi. Le chardon est là sur son rocher et balance sa barbe au vent. La fleur penche sa tête lourde , agitée de temps en temps par la brise. «Pourquoi m'éveilles- tu, 6 brise, semble- t-elle

I il RRATHON.

dire; J6 suit couverte des gouttes du ciel; l< tempi de mon déclin est proche , l'orage qui doit dbpersit inr.s feuilles. Demain le voyageur viendra; celui qui m'a vue dam ma beauté viendra : set reui i ber« cheront dans la plaine, mais ils ne m'] Lfbureroni plus, n Ainsi l'on cherchera envain la rois «l<- Cona quand elle se sera évanouie dans la plaine. Le < basseui sortira avec le matin et la rois <lc ma harpe ra plus entendue. — « <>u est l<- fils de I in- ;;al ? i — Une larme mouillera sa joue. Viens doue. ô Malvina, riens avec ta mélodie ! Conduis Ossian dans la |)laine de Lutha; que sa tombe s'élève dans cette riante vallée. Malvina, où es-tu avec ie^ chants, avec le doux bruit de tes pas? Fils d'Alpin, es-tu près de moi? où est la fille de Toscar?

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