OBSERVATION IX
Cas de Le Dentu
(Revue Mensuelle de Médecine et de Chirurgie, 1879, p. 871).
Une jeune fille de dix-huit ans, entre à l'hôpital, le 197 Mai 1879. Il y à huit mois, on lui arracha la première grosse molaire inférieure droite dont elle souffrait. Au début de Février, une légère tuméfaction de la gencive est apparue au même point et s’est étendue en largeur et en épaisseur, sans douleur ni fièvre. Un mois après, une tuméfaction analogue se développe sur la gencive du maxillaire supérieur droit. Enfin, il y a six semaines, on note un soulèvement analogue à la face externe du maxillaire inférieur et au maxillaire supérieur à gauche, sans souffrance.
Examen au 1 Mai. — Les joues sont soulevées et arrondies, celle de droite est la plus volumineuse. L’examen buccal montre une altération du squelette facial portant sur les deux maxillaires supérieurs et le maxillaire inférieur. Les deux faces du maxillaire inférieur dans sa moitié droite sont soulevées par une tumeur allongée parallèlement à l’axe de l’os, commençant en arrière de la canine et se prolongeant jusqu’à l’angle de la branche montante. La tumeur est plus grosse en dehors qu’en dedans. Sur la moitié. gauche les lésions sont moins développées. Sous les incisives, à la face externe de l’os, on voit deux petits soulèvements dont le relief dépasse de deux ou tmis millimètres la surface dès gencives. Sur le maxillaire supérieur droit, on note des altérations analogues et égales. La partie correspondante de la voûte palatine est soulevée, d'avant en arrière, au voisinage de l’arcade alvéolaire. Les mêmes productions existent au maxillaire supérieur gauche, mais moins avancées. Les lésions sont donc d’une symétrie parfaite, mais on voit à leur développement anormal inégal à gauche et à droite, qu’elles ont dû commencer à droite. Les dents sont fichées au milieu d’un tissu mou, mais non fongueux, qui entoure toute la couronne, elles semblent près de tomber spontanément. Le tissu élastique qui les enveloppe, non saignant a une consistance élastique. Toutes ces productions sont d’un rouge violacé d'intensité variable. Leur consistance est d’une dureté élastique par places, d’une dureté absolue par d’autres, comme si l'on se trouvait en présence, tantôt de tissu osseux, tantôt de tissu fibreux. Les masses morbides sont nettement divisées en lobules séparés par des sillons très peu accentués. Aucune douleur spontanée ni provoquée.
Les antécédents héréditaires et personnels sont sans intérêt.
Au premier examen histologique on porte le diagnostie de sarcome.
Thermocautérisations profondes sur les deux productions de la voûte palatine. Réaction intense, puis au bout de quinze jours, le tissu morbide a repris sa première apparence.
Ultérieurement, propagation aux os du crâne. Légère protrusion de l’œil gauche, tempe plus bombée à droite. Peu à peu, les productions morbides changent de consistance. Elles deviennent dures, de consistance osseuse. En même temps le tissu en changeant de nature semble se rétracter un peu.
Examen histologique. — Les coupes se montrent formées par une charpente osseuse très irrégulière, dessinant une série de lames remplies par du tissu conjonctif. Le tissu osseux à une extension sensiblement moins considérable que le tissu conjonctif. Il est constitué par des travées allongées, disposées sans ordre. Elles renferment des ostéoblastes, mais on n’y découvre ni couches régulièrement ordonnancées, ni canaux de Havers. Le tissu conjonctif est formé de fibres denses, contenant un certain nombre de noyaux et de cellules embryonnaires. Au voisinage des ilôts osseux, on observe des éléments polyédriques comparables aux cellules médullaires des os, en voie d’'ossification. En outre, de place en place, à proximité des travées osseuses, on remarque des cellules géantes renfermant quatre à six noyaux.