MAMMIFÈRES INSECTIVORES
{ TALPA , SOREX et ERINACEUS , L.)
Cette famille , composée de Mammifères qui n’atteignent jamais une considérations taille même médiocre , et parmi lesquels se trouve le plus petit de tous générales
i . i , , . . , Surla Famille.
les animaux de cette classe , n en est pas moins peut-être une de celles qui offrent le plus d’intérêt sous les rapports de l’ostéographie et de l’odontographie. En effet, quoiqu’elle soit évidemment naturelle, et que la dégradation s’y fasse très-bien sentir, on y trouve des espèces modifiées pour la plupart des modes de locomotion connus, dans la terre ellemême ou dans les eaux , à la surface du sol ou dans les arbres , et pour chercher dans des lieux si différents les insectes qui constituent toujours la partie principale de leur nourriture ; aussi, quoique le système dentaire soit essentiellement insectivore , il est cependant toujours plus ou moins anomal dans ses premières parties.
Enfin cette famille est encore digne d’une véritable attention , parce Son intérêt, qu’on ne peut se dissimuler quelle a, d’une part, quelque chose de l’organisation des Rongeurs , chez lesquels on trouve également des espèces disposées pour fouir la terre , pour nager, courir et sauter à la surface du sol , et enfin pour grimper dans les arbres , quoiqu’elles n’y cherchent qu’une nourriture végétale; et que, d’une autre, elle offre plusieurs rapports avec la sous-classe des Mammifères didelphes , où l’on observe , avec des modifications jusqu’à un certain point analogues dans l’appa-
G. Insectivores. a
reil locomoteur, des rapports assez manifestes dans le système dentaire , quoique les Didelphes l’aient en général plus régulier et plus normal , et même dans l’organisation du cerveau. Aussi, verrons-nous, dans l’histoire zooclassique des Insectivores , que les zoologistes ont beaucoup varié pour la position qu’ils leur assignent dans la série mammalogique.
Ses caractères. Toutefois, dans notre manière de voir, cette famille est facile à classer, en ayant égard aux instruments principaux de la locomotion, qui sont toujours complets, à une exception près. En effet, tous les Insectivores ont constamment des clavicules parfaites et cinq doigts aux mains comme aux pieds; le pouce presque égal aux autres doigts, quoique dans le même rang. La main et le pied s’appuient toujours complètement sur le sol, ce qui en fait des animaux essentiellement plantigrades.
Le système dentaire, rarement normal dans les incisives et même dans les canines , le devient davantage pour les molaires , et surtout pour la principale et les arrière-molaires, qui sont toujours hérissées de pointes et plus ou moins insectivores.
D’après ce qui vient d’être dit delà grande variété qu’offrent les deux systèmes de parties solides qui font le sujet de notre ouvrage , on voit comment il serait difficile de trouver un genre qui formerait , pour ainsi dire , une sorte de terme moyen , une sorte de mesure , et autour duquel les autres espèces se grouperaient, soit en remontant la série, soit en la descendant. Aussi serons-nous obligé de considérer de suite, et en les prenant à part, les trois grands genres linnéens qui constituent la famille des Insectivores monodelphes non volants , savoir : les G. Talpa,Sorex , et Erinaceus ; et ce ne sera que dans l’intérieur de chacun d’eux que nous pourrons avoir recours à notre marche habituelle. Nous décrirons alors complètement une espèce prise pour type, et nous lui comparerons les espèces ascendantes et descendantes , toujours dans le but d’abréger, sans perdre l’avantage de la comparaison et de la démonstration de la série animale.
G. Talpa ( Linn .).
Ce genre, circonscrit et caractérisé suivant la grande manière de Linné, renferme un certain nombre de petits groupes secondaires d’espèces que les zoologistes modernes ont pu distinguer d’après la considération minutieuse du système dentaire, savoir : les Taupes dorées de l’Afrique méridionale ou Chrysochlores; les Taupes proprement dites d’Europe et du Japon ; les Taupes-Musaraignes de la Nord-Amérique , nommées Scalops et Condylures. Nous allons prendre pour type la Taupe commune et la décrire comme mesure.
Le système osseux de la Taupe est dur et résistant, peu celluleux, et Des Os en gèen général assez fortement éburné. Les os qui le constituent sont, en neral effet, en général fort blancs, peu ou point salis dégraissé, assez pesants et fortement articulés et serrés entre eux.
Le squelette qu’ils constituent offre quelques rapports avec celui des Leur réunion Chauves-Souris, par la forme générale du tronc, court, plus large en en S(i,,eleUeavant et se rétrécissant assez fortement en arrière, et en général plus déprimé que comprimé. On peut même remarquer également dans les deux groupes une certaine ressemblance dans la grande disproportion des membres, les antérieurs étant beaucoup plus développés que les postérieurs; mais chez les Taupes, le plus grand développement des premiers, au lieu d’être en longueur, comme dans les Chauves-Souris, a lieu en largeur, le sol sur lequel ils peuvent agir étant d’une densité énorme comparativement à celui dans lequel les Chauves-Souris doivent se mouvoir.
Le nombre des pièces du squelette chez les Taupes est cependant plus Leur nombre, considérable que dans celui des Chauves-Souris , ce qui tient à ce que les membres sont réellement moins déformés et moins incomplets, et que les mains ont eu besoin de pièces accessoires.
Série:
supérieure
ou
Colonne
vertébrale.
En général.
Nombre des Vertèbres.
Forme
de la Colonne
En particulier.
Des Vertèbres :
céphaliques.
occipitale.
pariétale.
frontale.
nasale.
DesAppendices céphaliques :
supérieur.
Palatin
postérieur.
Lacrymal.
Jugal .
La colonne vertébrale , du reste , assez peu hérissée d’épines en général, les efforts principaux ne venant pas d’elle dans la locomotion , est composée de quarante-six vertèbres en tout , en comptant quatre céphaliques, sept cervicales, quatorze dorsales, six lombaires, cinq sacrées et onze ou douze coccygiennes.
La série que forment ces vertèbres est d’un diamètre presque égal , si ce n’est aux lombes, où il se renfle un peu , et n’offre guère que les courbures ordinaires, une en dessus et très-prononcée au cou, une autre en dessous, étendue presque jusqu’à la queue, qui se recourbe un peu en dessus.
Les vertèbres céphaliques ont leur corps assez allongé, aplati en dessus comme en dessous, leur arc large , surbaissé , comme bulleux , élargi sur les côtés et tout à fait lisse; la vertèbre occipitale constituant une bonne portion supérieure du crâne, par la largeur d’un interpariétal transverse , s’étendant d’un mastoïdien à l’autre. Les pariétaux sont aussi fort larges et subtriangulaires, et le sphénoïde postérieur, dont ils forment l’arc, offre à peine des indices d’apophyses ptérygoïdes.
La vertèbre sphéno-frontale est très-avancée dans la composition de la tête, étroite et presque entièrement nasale ou faciale; son corps est extrêmement étroit; les frontaux presque carrés, sans trace de rebord ni d’apophyse post-orbitaire.
Quant au vomer, il est extrêmement long et surtout fort bas; les os du nez, de dimension proportionnelle, sont très-étroits, à bords parallèles , et soudés de très-bonne heure entre eux et avec les os environnants.
Les appendices céphaliques suivent la forme allongée des vertèbres quelles accompagnent.
La mâchoire supérieure est remarquable par la faiblesse et le peu de distinction de ses racines; aussi le palatin postérieur, ou apophyse ptérygoïde interne , est très-petit , en crochet arrondi et obtus. Le lacrymal est presque entièrement facial, mais est, en général, fort peu distinct. Enfin , le jugal est singulier par la grande gracilité de son corps sans traces d’apophyse orbitaire.
Le post-maxillaire, ou palatin antérieur, est fort difficile à distinguer par sa confusion rapide avec les os environnants , surtout en arrière ; mais en avant, sa partie horizontale est large et s’avance fortement dans le palais.
Le maxillaire, assez long et peu élevé, est remarquable par la grandeur du trou sous-orbitaire et la longueur du bord dentaire.
Le prémaxillaire est peu distinct; sa lame horizontale est fort petite , mais la branche verticale est dilatée en spatule , et bombée à son extrémité supérieure nasale.
L’appendice céphalique inférieur présente, dans sa racine, c’est-àdire dans le temporal en totalité, la particularité d’être presque entièrement à la partie inférieure de la tête.
Le rocher est , du reste , proportionnellement assez grand , de forme ovale, arrondi en avant et creusé en dedans d’une cavité considérable entre les canaux semi-circulaires.
Les osselets de l’ouïe sont dans le même cas que le rocher, c’est-à-dire proportionnellement assez forts; aussi l’étrier a sa plaque ovale fort mince au milieu , mais bien rebordée , et ses branches très-évidées , bien arrondies; le lenticulaire est ovale, aplati; l’enclume a ses deux bras subégaux en longueur, mais le postérieur plus épais; le marteau a sa tête longue , difforme , comme tubéreuse; l’apophyse de Raw assez forte , mais courte, et le manche parallèle à cette apophyse.
Le mastoïdien , comparativement fort grand, est renflé et comme bulleux.
La caisse est, au contraire, fort peu saillante, et son ouverture, trèsantérieure ou fort avancée, est ovale, déprimée et tout à fait en dessous.
Le squammeux est extrêmement petit, fort mince; l’apophyse zygomatique est aussi fort grêle , et la cavité glénoïde peu excavée et sans limites.
Enfin , la mandibule, longue , étroite dans sa branche horizontale, qui est en même temps assez courbée en sens opposé sur ses deux bords,
Palatin
antérieur.
Maxillaire.
Prémaxillaire.
Inférieur.
Rocher.
Osselets de l’ouïe.
Étrier.
Lenticulaire.
Enclume.
Marteau.
Mastoïdien.
Caisse.
Squammeux
ou
Temporal.
Mandibule.
Ses Apophyses.
Condyloïde.
Coronoïde.
Angulaire.
La Tête en totalité.
Ses Orifices :
/Sstérieur.
antérieur.
Intermédiaire.
i.a Cavité cérébrale.
Les Loges sensoriales.
Auditive.
Oculaire.
Nasale.
présente, dans sa branche verticale, une sortedepalmature trilobée, proportionnellement fort large; l’apophyse condyloïde en tête de clou un peu oblique, bien élevée au-dessus du niveau de la ligne dentaire ; l’apophyse coronoïde large , obtuse, un peu recourbée plutôt en avant qu’en arrière , et l’apophyse angulaire presque de même forme , mais dirigée en arrière.
La tête de la Taupe, considérée en totalité, est déprimée, triangulaire, élargie en arrière, atténuée en avant, et un peu en forme de soufflet , sans traces de crêtes ni d’apophyses d’insertion musculaire ; ses condyles articulaires étant larges, presque terminaux, fort distants, et l’angle facial fort peu ouvert, de dix degrés au plus.
Ses orifices sont complètement terminaux; le postérieur ou occipital fort grand, plus haut que large; et l’antérieur subcirculaire, oblique et entièrement circonscrit par les incisifs et les nasaux. Quant à l’intermédiaire ou palatin, il est assez petit, aumiüeu environ delà longueur totale , transverse et un peu rebordé.
La cavité cérébrale est proportionnellement assez grande, large, déprimée, élargie sur les côtés, mais sans que les différentes fosses soient bien nettement séparées, et surtout les fosses médianes, basilaire, pituitaire , ou selle turcique. Au contraire, les fosses criblées ou olfactives sont très-considérables, chacune demi-circulaire, entièrement recouvertes par les frontaux , et régulièrement percées de trous très-fins , séparés par des espèces de côtes, ce qui donne au fond de toute la fosse une certaine ressemblance avec une rosace de verrière du moyen âge.
Les loges sensoriales sont en général fort peu développées.
Celle de l’ouïe l’est cependant un peu plus que toutes les autres, parla grandeur des canaux semi -circulaires, et par la cellulosité de la caisse, dont le canal guttural est fort court.
L’orbite est nulle et entièrement confondue avec la fosse temporale , sans le moindre indice du frontal pour le former.
La cavité nasale est longue et étroite , se prolongeant en arrière de l’orifice palatin par une sorte de canal sous-sphénoïdal.
Les cornets ont aussi une forme assez surbaissée; les ethmoïdaux ou se* cornets, supérieurs, courts, mais encore assez compliqués; les maxillaires ou inférieurs, plus allongés , et presque bornés à deux lames longitudinales, l’interne simple , l’externe repliée une fois sous elle-même , et multiforée à sa base.
La cavité buccale est également longue et étroite ; la partie palatine Buccale, assez profondément excavée, percée en arrière de trous palatins peu distincts , et en avant d’incisifs médiocres ; et l’inter-mandibulaire bien plus étroite et triangulaire-allongée.
Quant aux fosses externes, elles sont généralement fort peu profondes ou presque nulles.
Les vertèbres cervicales sont en général larges et courtes; les pre- v. cervicales, mières cependant bien plus que les postérieures.
La première, ou atlas, est surtout remarquable par la manière dont i" ou Atias, elle est évasée , élargie en soucoupe à sa face antérieure , sans apophyses un peu marquées.
La seconde, bien plus étroite, offre une apophyse odontoïde consi- *ou Axis, dérable , dépassant le corps de l’atlas, et son apophyse épineuse assez saillante , arrondie , est plutôt inclinée en avant qu’en arrière.
La troisième a encore une apophyse épineuse styliforme, assez sail- 3*. Jante, qui se soude, ou du moins se colle, d’une manière fort serrée, à celle de la seconde.
Les quatre dernières se ressemblent en ce que leur arc , fort étroit , 4 dernières,
ne présente aucune trace d’apophyse épineuse; les transverses sont également peu marquées, sauf le lobe inférieur de celle de la sixième, assez dilaté, du moins transversalement.
Les vertèbres dorsales, dont les deux premières ont presque la forme v. dorsales, des cervicales, et les deux dernières celle des lombaires, n’ont presque f' pas non plus d’apophyse épineuse, sauf celles-là, dont la dernière même en a une assez forte; mais les apophyses transverses sont, au contraire, assez fortement prononcées et dirigées en avant.
Les vertèbres lombaires, décroissantes des trois premières aux trois v. lombaires,