‹ Ostéographie, ou, Description iconographique comparée du squelette et du système dentaire des Mammifères récents et fossiles (volume 3)Chapitre 31 sur 36 · DES DENTS · texte numérisé non relu

DES DENTS

Le système dentaire des Phoques ne peut pas encore être considéré eu générai, comme tout à fait normal, quoiqu’il soit composé d’incisives, de canines et de molaires bien distinctes, disposées comme dans les Carnassiers ; mais pour le nombre et la forme , les différences deviennent sensibles, et, sous ce rapport, on trouve chez eux des particularités distinctives qui forment de ce genre d’animaux un groupe bien circonscrit.

Le nombre total des dents chez les Phoques n’est jamais au-dessus de Nombre, dix en haut, et de huit en bas, ni au-dessous de cinq en haut et de quatre en bas , et même c’est dans le cas tout à fait anomal du Morse ; car, le minimum normal est de huit en haut et de sept en bas, partagées en incisives, en canines , seules variables, et en molaires toujours au nombre de cinq et très-rarement de six.

Ces dents, par leur disposition aux deux mâchoires, s’entre-croisent ; Disposition, celles d’en bas avant leur correspondante en haut, incisives, canines et molaires, mais en totalité et jamais les pointes de la couronne, quand il y en a, entre elles, comme cela a lieu chez les véritables Carnassiers.

^Dansie^' ® ans ^ loc l ue commun qui doit nous servir de type , les deux séries p. vitulina sont bien complètes :

comme type.

— i ! — — - dan cote, ou — en totalité,

En totalité.

Étudiées dans leur Couronne.

Incisives supérieures, 3.

Inférieures, 2.

Canines.

Molaires :

en haut, 5.

en bas, 3.

C’est-à-dire trois incisives, en haut comme en bas; une canine en haut comme en bas , et cinq molaires en haut comme en bas , que l’on distinguerait difficilement en fausses et en vraies , et encore plus en principale, en avant et arrière-molaires.

Les trois incisives supérieures sont coniques, assez pointues , assez arquées en crochet , toutes presque terminales , subégales , croissant cependant un peu de la première à la troisième, qui est notablement plus forte.

Les inférieures , au nombre de deux seulement, sont également terminales , coniques , subaiguës , mais plus droites et plus petites.

Les canines sont, comme dans les véritables Carnassiers , coniques , robustes , pointues , assez cannelées à la partie postérieure , un peu arquées, surtout à la mâchoire inférieure, où elles sont en même temps un peu plus courtes.

Les molaires qui suivent immédiatement sans intervalle, surtout en haut, et qui sont cependant toujours en contact peu serré, prennent presque tout de suite le même caractère et la même forme générale, aussi bien à la mâchoire supérieure qu’à l’inférieure. Elles augmentent seulement un peu de la première à la troisième pour décroître ensuite , du moins en haut, car, en bas les quatre dernières sont sub-égales. Du reste , la couronne est presque tranchante ou comprimée, avec un simple épaississement plutôt qu’un véritable talon à la base; en haut, si ce n’est à la première qui est presque ronde et bien plus petite, son bord est assez peu profondément lobé par une pointe submédiane , accompagnée d’une seule pointe mousse en avant et de deux en arrière; mais en bas la lobure est plus profonde , ses denticules par conséquent plus distincts et autrement disposés, l’antérieur en ayant deux plus petits et

DENTS

décroissant en dedans, sauf à la première, plus petite, où le denticule antérieur est unique , et à la dernière où il est bifide et non rentré.

Le système dentaire des autres espèces de Phoques sans oreilles se simplifie d’une manière remarquable dans les espèces ascendantes , pour se compliquer ensuite jusqua un certain point chez les espèces à oreilles.

Parmi les premières, nous en voyons d’abord quelques-unes plus petites, peut-être peu distinctes, chez lesquelles les denticules des dents molaires sont, en général , un peu pins aigus et plus profonds et même un peu plus nombreux ; ce qui tient peut-être à l’âge ; aussi dans un très-petit Phoque d’un blanc laineux , rapporté d’Islande par M. Gaymard , et probablement le P. lagurus deM. G. Cuvier, la première molaire supérieure est trilobée comme l’inférieure , au lieu d’être bilobée seulement, comme dans le P. vitulina et dans le P. hispida , qui ne diffère, de celui-là qu’en ce que les denticules sont plus aigus.

Le système dentaire du P. barbota , du moins dans la partie molaire, s’éloigne de notre type , en ce que les dents sont plus petites , plus espacées , moins obliques. Du reste , le lobe médian plus large , moins élevé , est encore accompagné d’un denticule en avant comme en arrière; si ce n’est à la première , bien plus petite que les autres.

Dans le P. groënlandica , les molaires sont également espacées, non obliques; mais le lobe médian devient plus antérieur, par l’absence presque complète du denticule d’avant , le postérieur étant simple.

Quoique le P. gryphus appartienne encore à la section des espèces à §■ incisives , ses molaires se simplifient encore en ce que la couronne n’a plus , pour ainsi dire , qu’une assez grosse pointe mousse avec un simple arrêt à la partie antérieure , ce qui les fait un peu ressembler à celle des P. à oreilles, surtout en ce que la dernière supérieure est comme séparée des autres.

Dans les espèces de Phoques qui sont au-dessus, nous trouvons d’abord que le nombre des incisives est diminué d’une à la mâchoire supérieure , cette diminution portant sur la seconde; l’externe est seulement encore plus caniniforme que dans le Phoque commun. Les canines deviennent

Comparées.

Chez

les Espèces ascendantes à

incisives.

P, lagurus .

P, barbala.

P. groënlanclica.

P . gryphus.

à - incisives,

JL

P. ïeplonyx.

P, monackus.

a incisives

P. crut ata.

P. léonin a.

à - ou Morse.

Incisives,

Canines.

aussi de plus en plus robustes; quant aux molaires, elles présentent une forme particulière à chacune des deux espèces que nous connaissons dans ce groupe.

Dans le P. leptonyx , toutes les dents molaires , assez espacées en haut comme en bas, sont grandes, trilobées et comme palmées; le lobe moyen le plus long et vers lequel convergent un peu les terminaux.

Dans le P. monachus , au contraire, les dents obliquement serrées, au point de s’imbriquer latéralement, sont fort basses, à peine tricuspicles, la pointe médiane étant fort obtuse et comme striée. En haut c’est la troisième qui est la plus forte. En bas , où elles sont encore plus basses , la couronne n’est que bicuspide.

Les Phoques sans oreilles dont la taille devient très-forte sont ceux chez lesquels le système dentaire atteint le plus grand degré de simplicité. D’abord les incisives ne sont plus qu’au nombre de deux en haut, l’externe robuste et caniniforme , et d’une en bas fort petite. Les canines sont au contraire des plus robustes et ressemblent un peu aux dents de certains dauphins passant aux cachalots, par la brièveté de la couronne comparée à la racine. Mais les molaires surtout sont réduites , en haut comme en bas , à un simple mamelon un peu comprimé et comme plissé avec le rudiment d’un tubercule postérieur dans le P. cristata jeune, ou même d’une trilobure dans le P. leonina également jeune ; car, dans lage adulte, ces dents molaires ressemblent un peu à une papille sur un mamelon.

Enfin le Morse offre, outre l’anomalie qui le caractérise , le maximum dans la simplicité du système dentaire chez les Phoques. D’abord il n’y a qu’une paire d’incisives, et encore à la mâchoire supérieure seulement; déplus, cette incisive rentrée, par suite du développement anomal de la canine, est presque molaire, aussi bien par sa position que par sa forme.

11 n’y a aussi dans le Morse qu’une seule paire de canines, et également à la mâchoire supérieure; mais cette canine est remarquable par sa forme plus ou moins arquée, comprimée, cannelée dans sa longueur,

DENTS

Si

assez pointue, verticale, et surtout par son très-grand développement, qui fait qu’elle est toujours exserte.

Quant aux dents molaires , au nombre de trois seulement en haut et de quatre en bas , toutes très-espacées , ce ne sont plus , avant leur usure , que deux cônes obtus , opposés base à base , et dont le supérieur , formant la couronne , s’use d’une manière très-irrégulière.

Dans la seconde division des Phoques , composée des P. à oreilles de Buffon , le système dentaire est beaucoup plus fixe, plus normal que dans la première , et ne descend jamais au même degré de simplicité.

D’abord les incisives sont toujours au nombre de trois en haut et de deux en bas , comme chez le Phoque commun ; mais elles sont moins terminales, étant disposées en arc de cercle , et surtout elles sont en général plus fortes , et plus utiles sans doute. Des trois supérieures , les deux premières subégales ont un caractère tout particulier en ce que leur couronne est comme fendue en travers , de manière à être bifide d’avant en arrière. Quant à la troisième, elle est tout à fait caniniforme et trèsforte. A la mâchoire inférieure , la seconde dent est également caniniforme, mais plus courte, et la première est en palette épaisse légèrement bilobée ou même trilobéee à la tranche dans le jeune âge.

Les canines des Phoques à oreilles sont au moins aussi robustes que dans les dernières espèces de Phoques ordinaires , et peut-être aussi, proportionnellement, un peu plus longues.

Quant aux molaires, plus ou moins serrées et obliques, suivant l’âge de l’animal, et souvent inclinées en sens inverse, celles d’en haut en avant, celles d’en bas en arrière, elles sont en général formées d’une grosse pointe conique, un peu comprimée, obtuse, substriée, avec une pointe basse en avant , et quelquefois une autre , mais moins marquée, en arrière, surtout aux trois postérieures les plus fortes.

Je n’ai trouvé, parmi les crânes assez nombreux de Phoques à oreilles que j’ai examinés, d’autres différences dans le système dentaire complet, que suivant que les dents étaient plus ou moins usées, ce qui en change souvent considérablement la forme.

Molaires

Dans

les Espèces descendantes.

P à Oreilles

Incisives.

Supérieures, 3 „

Inférieures, 2.

Canines

Molaires.

Suivant les Espèces.

Dans

les Racines.

Lu général

En particulier.

Chez le F. commun les Espèces

incisives.

Chez les , 2

Especes a -.

Chez les , 3

Especes a - e le Morse.

Chez les P, à Oreilles.

Dans

les Alvéoles.

Je dois cependant noter ici que sur certains crânes, jeunes et vieux , j’ai quelquefois trouvé six dents molaires à la mâchoire supérieure , la dernière un peu plus petite que la précédente étant complètement hors la série d’entrecroisement , en sorte qu’il y en avait deux en arrière de la première d’en bas.

Je crois aussi que dans le P . pusilla les molaires sont plus aiguës , plus comprimées, même que dans le P. australis qui en est si voisin.

Les racines des dents des Phoques ont cela de particulier que généralement elles ne sont pas en proportion avec la couronne , étant toujours plus fortes quelle.

Comme dans tous les Mammifères, du reste, celles des incisives ce.

des canines sont toujours simples.

Quant aux racines des molaires, elles ne sont jamais au-dessus de deux dans le même plan, chacune d’elles correspondant à chaque côté de la couronne, par conséquent jamais à la pointe la plus saillante.

Dans le Phoque commun et dans les espèces qui lui ressemblent, toutes les molaires, en haut comme en bas, ont deux racines, sauf la première et quelquefois la seconde, qui n’en ont qu’une seulement ; ces racines sont plus ou moins divergentes , elles le sont généralement d’autant moins que la couronne est moins multilobée; aussi, dansl e P.gryphus , elles sont quelquefois assez connées pour paraître n en former qu’une alors plus large qu’épaisse.

Dans les deux espèces de Phoques à \ incisives , les racines des dents molaires sont encore comme dans les espèces précédentes à deux racines ; seulement elles sont bien plus séparées dans le P. leptonyx que dans le P. monachus de la Méditerranée.

Mais dans toutes les autres espèces qui n’ont plus que de -f incisives, ainsi que dans les Morses , les molaires , comme les incisives et les canines, n’ont plus qu’une seule racine plus ou moins conique.

C’est ce qui se voit également dans les Phoques à oreilles pour toutes les molaires.

De ce qui vient d’être dit des racines des dents chez les Phoques , il

DENTS, 33

est aisé de voir que les alvéoles proportionnelles a celles-là ne formeront qu’une seule et unique série, depuis la première incisive jusqu a la dernière molaire , et cela aux deux mâchoires ; il n y aura de différences que dans le nombre avant et après celle bien plus grande de la canine.

Dans le Phoque commun et dans les espèces voisines, on trouvera avant l’alvéole de la canine trois trous en haut, deux seulement en bas , et après elle neuf alvéoles assez bien décroissantes , en haut comme en bas, une plus grosse pour la première molaire, et huit rapprochées deux à deux pour les quatre autres.

Chez les Phoques , où le nombre d’incisives est moindre , on pourra avoir avant celle de la canine deux alvéoles en haut comme en bas, et ensuite les mêmes neuf que dans le Phoque commun , ou bien deux alvéoles en haut et une en bas pour les incisives; niais dans ce dernier cas , il n’y a plus en arrière de l’alvéole de la canine que cinq trous subégaux et un peu ovalaires.

Avec cette dernière particularité pour les alvéoles qui sont en arrière de celle de la canine , on peut encore rencontrer trois alvéoles en avant à la mâchoire supérieure et deux à l’inférieure ; c’est le cas des Phoques à oreilles. Quelquefois cependant le nombre des alvéoles molaires de la mâchoire supérieure est de six, Ja dernière étant assez écartée de la précédente.

La disposition alvéolaire chez le Morse est si particulière qu’il est impossible de la confondre avec celle d’aucune autre espèce de Phoque : cinq alvéoles à la mâchoire supérieure, dont la seconde , infiniment plus grande, en dehors et en arrière de la première, et trois postérieures plus rapprochées ; et quatre correspondantes à la mâchoire inférieure , décroissant de la première à la derniere.

Les différences que présente le système dentaire des Phoques suivant l’âge et les sexes ne nous sont pas complètement connues.

Suivant les sexes , on sait seulement que les canines sont toujours bien

En général

En particulier.

Chez le P. commun el Espèces voisines.

Chez les Phoques

a - incisives.

Chez les P. à Oreilles

Chez

les Morses

Différences.

Suivant les sexes.

G. PfîOCA.

L’âge.

Très-jeune.

Chez

les Phoques ordinaires.

Chez

les Morses.

Chez les P. à Oreilles.

Avancé.

plus prononcées dans les mâles que dans les femelles; cela est surtout évident chez le Morse.

Suivant lage, il me semble d’abord que tous les Phoques sans oreilles n’ont pas de système dentaire de jeune âge; du moins je n’ai trouvé aucun individu de l’espèce commune dans nos mers, quoique assez jeune quelquefois , qui m’ait offert plus ou moins de neuf dents en haut et de huit en bas; et dans le Morse, dont M. Gaymard nous a rapporté des mâchoires d’individus très-jeunes, c’est le même nombre et la même forme que dans l’adulte ; seulement la canine est évidemment plus grêle et plus droite, ce qui porte à penser quelle appartient à un premier système dentaire.

Dans les Phoques à oreilles , j’ai pu au contraire m’assurer bien positivement que ce premier système dentaire a lieu pour les trois sortes de dents qui le composent ; peut-être, il est vrai, pour les incisives et les molaires du moins à l’état presque fœtal.

Quoiqu’il en soit, je suis certain que dans ces Phoques il n’y a, pendant un certain temps de leur vie, que deux incisives en haut comme en bas, très-petites, coniques et très-espacées ; une canine bien plus grêle et bien plus faible que celle d’adulte , et enfin trois molaires seulement en haut comme en bas , également petites et coniques , et fort distantes entre elles.

Les dents de remplacement commencent certainement par les incisives; viennent ensuite les trois premières molaires, qui poussent intermédiairement aux trois de lait; et enfin les canines 11e sont remplacées que les dernières.

Quand une fois toutes les dents de seconde dentition ont remplacé celles de la première , les changements quelles éprouvent consistent un peu dans la disposition, en ce quelles s’écartent de plus en plus entre elles, surtout les molaires, et principalement dans l’usure qui agit aussi bien sur les incisives et les canines que sur les molaires, et qui finit par les rendre méconnaissables. Cet effet a lieu aussi bien dans les Phoques sans oreilles que dans les autres, et sans doute que son intensité et sa

HISTOIRE LITTERAIRE ET ARTISTIQUE, rapidité sont en rapport avec l’espèce de nourriture qui nous est en général assez peu connue.

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