‹ Otto Schneid Papers--Correspondence before 1939--Wenbaum, A.Chapitre 3 sur 4 · DIRECTION · texte numérisé non relu

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WENBAUM

Wenbaum, qui naquit en Ukraine, est fixé en France depuis vingt ans. Il accomplit ses premières études dans les Académies de Cracovie puis d'Odessa.

J'ai suivi toute son évolution depuis ses débuts où il connut, comme tant d'autres artistes réfugiés à Montparnasse et dont le nom est aujourd'hui célèbre, des heures terribles de découragement et de misère. Plus heureux que son ami Loutreuil, Wenbaum a pu vivre. Il représente une telle somme d'énergie et de difficultés vaincues qu'il mériterait, à ce seul titre, la défense la plus spontanée.

Mais Wenbaum, après des débuts ardus parce que dénués de toute concession à la facilité et à la mode, réussit la conquête d'un art profondément humain. Celui-ci empruntait ses éléments de base à cet esprit juif-slave, dont les représentants les plus qualifiés forment aujourd'hui un groupe extrêmement intéressant, précisément parce qu'il ne fut point le résultat de tactiques préconçues mais de faits absolument motivés. La première exposition de Wenbaum, en cette même Galerie Kodak, était toute empreinte de ce caractère, qui lui valut une excellente critique dans la presse belge.

Les gouaches que Wenbaum expose aujourd'hui émanent -à part quelques compositions - d'un autre sentiment. Elles sont le résultat de vingt ans d'amours parisiennes et provinciales : Porte de Châtillon rouge et sombre, Mairie du 14e et ses verdures, Métro Lancry, Marché aux Puces de S' Ouen, Bal Bullier. . . puys verts et villages d'Auvergne où je vécus adolescent, vous défilez, vous êtes l'oasis et le charme du peintre retrouvés après des années d'ancien malheur.

Fleurs, natures-mortes, un amour suit un autre amour, magie du travail d'art, qui pourrait penser que ces gouaches ne sont point le fait d'un autochtone ?

Mais, Wenbaum, arrivé depuis peu à Bruxelles, a vu passer hier au long de la triste gare du Midi, le vieux juif traditionnel de son pays : casquette rigide, tout de noir vêtu, barbe blanche... Et j'ai vu dans l'œil du peintre, miroir de l'âme, se refléter les couleurs et les formes d'une poésie d'entance, éternel point de départ et éternel retour.

Géo CHARLES

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