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NOTRE PRESENTE SITUATION

L'heure présente n'est pas seulement grave pour la civilisation et pour l'Europe ; elle est grave aussi pour le Canada et pour notre race canadienrefrançaise. Dans un sens très réel, encore qu'iniparfait, la guerre actuelle est comme un jugement anticipé des nations.

Rien de surprenant que les décisions et les actes des gouvernements et des peuples aient, aujourd'hui, une portée incomparablement plus grande et plus redoutable qu'ils n'auraient, en temps de paix. Très vraisemblablement, nous assistons à des évènements qui vont décider de l'avenir et du sort de bien des peuples : de ceux, naturellement, qui sont engagés directement dans l'immense conflit, de ceux aussi qui n'y sont pas immédiatement engagés, mais qui seront tout de même atteints, et profondément, par les résultats de la grande guerre.

Quand le sort de l'Angleterre et de la France est en danger, il ne peut être douteux que le sort du Canada colonie anglaise peuplé d'anglais et de français, est lui aussi en jeu.

Il n'a pas dépendu de la volonté de nos gouvernements ni de notre peuple que nous ayons été entraînés dans la lutte. La force des évènements nous y a jetés. On peut même dire que nous v étions engagés, avant même l'ouverture des hostilités sanglantes, et par les conditions de vie nationale et internationale que l'hiswoire nous a faites, et par la volonté, aujourd'hui bien connue, de ceux qui ont voulu et engagé cette guerre, comme moyen de conquérir et d'exploiter IL monde, comme moyen de conquérir et d'exploiter le Canada.

Successivement colonie française et colonie anglaise, colonisé et habité par des français et par des anglais, faisant toujours partie des possessions britanniques, le Canada, de droit, est en guerre quand l'empire britannique est en guerre, comme l'a déclaré un jour Sir Wilfrid Laurier : il est nécessairement exposé à toutes les incursions et à toutes les invasions des ennemis de l'Angleterre. Ceux-ci n'ont aucune difficulté à soulever, aucune déclaration de guerre à nous signifier, aucun droit international à transgressel, Pour nous attaquer, du moment qu'ils sont en guerre avec la Métropole.

Au point de vue des faits, les Allemands avaient fait chez nous de nombreux préparatifs d'avant-guerre : leurs espions, masqués en industriels, en touristes, en ouvriers, en domestiques, avaient fait l'exploration soignée de tout notre pars, de nos côtes, de notre fleuve, de nos fortifications, de la mentalité de notre peuple et des ressources de nos immenses contrées. De fait encore, leurs vaisseaux de guerre, en nombre assez imposant, se Préparaient à nous attaquer vigoureusement sur les côtes du Pacifique.

C'est donc une erreur de croire que le Canada pouvait de droit ou de fait se soustraire à cette guerre voulue, préparée et engagée par l'Allemagne ; c'est une fausseté de dire que le Canada s'est jeté de lui-même dans cette guerre, sans y être obligé et qu'il eût pu s'en dispenser.

Il'est vrai de dire que nous n'avons pas été torcés par l'Angleterre de combattre avec elle, mais nous y avons été obligés par ses ennemis qui sont aussi les nôtres, ses ennemis qui mettaient en péril les droits, les intérêts et l'existence du Canada, avec les droits, les intérêts et l'existence de l'Empire Britannique, dont le Canada fait partie,

Nous avons été obligés, bien qu'à des titres différents, de combattre avec l'Angleterre et ses Alliés, comme l'Angleterre à été obligée de combattre avec la France et la Belgique. L'Angleterre était liée par des traités et par le besoin de sauvegarder ses intérêts : nous étions liés par notre qualité de sujets ‘ britanniques ", et par la nécessité de défendre nos intérêts et notre existence.— Ajoutons ici, en Passant, que notre concours, à la fois obligé et libre, avec l'Angleterre n'affecte pes plus notre constitution, ne nous crée pas p'us de nouvelles obligations constitutionnelles ou internationales, que l'Angleterre ne Change sa constitution, ne se crée de nouvelles obligations, ne lie son avenir, du seul fait qu'elle remplit loyalement les obligations qui l'engageaient à coopérer avec la France et la Belgique.

Ce double point de vue, du droit et des faits, ne doit pas être oublié : c'est lui qui nous fait connaître exactement notre condition présente comme peuple, telle qu'elle est reconnue et acceptée par tous nos hommes politiques de l'un et de l'autre parti, de l'une et de l'autre race, par tous les juristes de quelque renom, parmi lesque! personne ne s'est levé pour soutenir que nous soyons exempts d'obligations nationales dans la présente guerre. À vouloir l'oublier ou le méconnaître, on se lance, à l'aventure de l'imagination, et au souffle des passions, dans les aspirations d'indépendance révolutionnaire ou nationaliste, dans les hautes fantaisies de M. Bourassa jouant, sur le thème pourtant gra + de la constitution, les variations fausses les plus sautillantes et les plus démocratiquement écheveltes.

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