‹ Ou en est l'hypnotismeChapitre 2 sur 7 · PRÉFACE DE LA PREMIERE EDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA PREMIERE EDITION

Tout le monde parle de l'hypnotisme. Or, comme îl est bon de connaître ce dont on parle, et que c'est pourtant encore assez rare, nous avons résumé pour ceux qui pourraient s'intéresser à cette question, ce que les docteurs ont expérimenté et ce que les érudits, les philosophes ou les théologiens ont recueilli d'après l'expérience d'autrui.

Ce petit volume peut être mis en toutes les mains ; c'est un thème vulgarisé de philosophie tant naturelle que religieuse, et c'est avant et après tout, selon l'expression de Montaigne, un livre de bonne foi.

gON HISTOIRE, SA NATURE ET SES DANGERS

Qu*est-ce que l'hypnotisme ou quel est son caractère essentiel ?

Ce n'est point telle ou telle circonstance variable : des crises en rapport avec celles de l'hystérie, mais beaucoup moins régulières, l'acuité anormale des sens, leur transposition vraie ou prétendue, ce n'est pas même le sommeil (^ttvoç), puisque l'école de Nancy prétend s'en passer (1). Ce caractère constant, nous croyons, avec Bernheim, que c'est l'aliénation de la volonté du sujet, en d'autres termes, la suggestion, d'où le nom de suggestionisme adopté par ses disciples.

Rien de fixe, d'ailleurs, dans cette prétendue sciencèTles procédés pour endormir importent peu. C'est une série de gestes ou de passes variables^ <î'est le regard de l'hypnotiseur, c'est la fixation d'un objet brillant ; c'a été jadis un souffle, le souffle aujourd'hui ne sert que pour réveiller. On a eu recours avec Mesmer à un aimant, puis à un baquet, qui

(1) Od appelle école de Nancy, les disciples de Bernhoim qui «roient 4 la possibilité de la suggestion sans endormir.

souvent ne servait pas, avec Puységur à un arbre magnétisé, entouré de cordes que les malades saisissaient avidement pour y puiser le fluide réparateur circulant au long de ces conduits magiques. Aujourd'hui l'on se passe au besoin de toute autre chose que du commandement ou verbal ou mental de l'hypnotiseur.

Charcot l'appelle vaguement une névrose expert'^ mentale^ ce qui peut être une classification, mai» n'est point une définition.

Nous préférerions la définition de Littré : « L'hypnotisme est un sommeil somnambulique provoqué. » Mais nous ajouterions avec M. Guibert : « dans lequel une volonté étrangère au sujet prend la direction de toutes les facultés. » Encore aurionsnous laissé sans mention le suggestionisme san» sommeil, qui n*est pas proprement hypnotisme et qui est pourtant compris scientifiquement et pratiquemeriL dans une même étude.

Paul Hicher reconnaît l'identité du magnétisme et de l'hypnotisme. Dupotet y voit avec raison « une puissance alternativement oubliée et retrouvée dans la suite des âges ». L'Indoustan, traditionnel avec excès, ne semble pas l'avoir jamais perdue. L'autosuggestionisme est habituel aux fakirs qui s'endorment eux-mêmes du sommeil des esprits en regardant obstinément le bout de leur nez ou telle autre partie d'eux-mêmes . Alors ils deviennent raides et insensibles, et c'est dans cet état qu'ils s'enlèvent

par-dessus de vastes étangs ou font pousser, dit-on, des plantes de plusieurs mètres en deux ou trois heures (1) .

On peut, avec Grasset de Montpellier, diviser l'histoire de l'hypnotisme en trois périodes : Mesmer et le magnétisme, de 1778 à 1841 ; Braid et l'hypnotisme, de 1842 à 1874 ; somnambulisme et suggestionisme, de 1875 à notre époque.

HISTOIRE DE L H^PN0TI8ME, NfESMER, PUYSEGUR, ETC.

Un médecin de Vienne nommé Mesmer arriva à Paris en 1788. Il avait cru découvrir un fluide astral qui influait sur toutes choses. 11 traitait ses malades par l'aimant minéral. Il crut s'apercevoir que les êtres animés possédaient aussi leur magnétisme ; il avait, prétendait-il, trouvé l'art de s'emparer de ce nouvel aimant, et il se mit à opérer sur ses clients en s'effbrçant de le leur communiquer en grande abondance. Où le prenait-il ? En lui-même, sans doute.

La faculté de Vienne s'en émut et Marie-Thérèse l'envoya porter ailleurs son charlatanisme. Il le porta à Paris : c'était avoir du coup d'oeil.

Le fameux baquet ne fut pour lui qu'une mise en

(l) Paul Gibier, Le Spiritisme, fakirisme occidental. Dentu.

scène et un accessoire ; pour rendre plus promptes les crises de nerfs et les pâmoisons qui commençaient la magnétisation, il avait imaginé de faire des passes sur toutes les parties du sujet, tournant luimême le dos au Nord et serrant de ses membres les membres de la victime ; nous avons dit le mot sans y songer. Il ne s'en prit d'abord qu'aux maladies incurables. Mais la mode lui amena bientôt tous les gens du grand ton. Son exemple fit fureur, il y eut bientôt trente docteurs magnétisants. Il y eut des traitements magnétiques à Versailles, à Amiens, à Auxerre, à Dijon, à Saint-Etienne, à Lyon, à Valence, à Marseille, à Bayonne, à Brest.

Les plus ardents magnétiseurs se trouvèrent dans l'armée. On vanta les guérisons du capitaine du génie Tardy de Montravel, puis et encore bien davantage celles de MM. de Puységur.

Mesmer quitta son modeste hôtel pour une habitation splendide : en 1781 le gouvernement lui offrit une rente viagère de 20,000 francs, plus dix mille livres pour le loyer qu'il voudrait choisir. Il refusa, il voulait la rente de 20^000 livres avec la propriété d'un château qu'il désignait et de toutes ses dépendances.

Mais, le 12 mai 1785, le gouvernement ayant nommé une commission pour examiner le magnétisme, celle-ci décida que le magnétisme animal, vieux système oublié et retrouvé, était inutile et même nuisible pour la santé. Un seul membre, Laurent de

Jussieu, déclara que quelques phénomènes eussent ^ demandé un examen plus sérieux.

Mesmer, outré, quitta Paris, laissant la place à Cagliostro dont les prétendus miracles étonnèrent et ravirent Paris jusqu'au jour où, mêlé à l'affaire du collier, et acquitté, il fut aussitôt prié de quitter la France .

Les Puységur et Deslon continuèrent le magnétisme . Le marquis de Puységur découvrit même par hasard le somnambulisme lucide et il eut bientôt dix somnambules. Pour arriver à satisfaire tous ses •clients il magnétisa un orme séculaire qui, muni de grosses cordes, qu'on s'enroulait autour du corps, put remplacer son maître au besoin dans l'exercice de son art . Le marquis endort et réveille par différents procédés en usage aujourd'hui, suggère l'oubli ou le souvenir et se fait suivre à volonté.

Le docteur Pététin découvre en 1787 la catalepsie €t la transposition des sens dont la réahté est aujourd'hui fort contestée. Il ne paraît pas possible, en €ffet, d'entendre par les yeux et de voir par les oreilles ; il est plus naturel d'entendre par les oreilles d'un «lutre et de voir par ses yeux.

Puis vient le chevalier Barbarin qui attribuait tous les phénomènes à la force de l'âme et les obtenait par la prière .

La Révolution vint couper court au magnétisme, €t ce fut seulement en 1815 que le marquis de Puyfiégur put restaurer la Société de r Harmonie,

L'abbé Faria, né d'un Indou idolâtre et d'une Portugaise, fut le plus célèbre magnétiseur du moment. Comme Bernheim plus tard, il disait : Dormez ! et l'on dormait. C'est lui qui a inventé le mot de Sommeil lucide.

Les expériences faites en 1820 à THôtel-Dieu par Dupotet convainquirent un grand nombre de médecins de la réalité de certains phénomènes : l'anesthésie du patient, sa dépendance absolue de l'hypnotiseur, son advertance exclusive à ce même hypnotiseur.

Le 28 juin 1831, le docteur Husson lit à l'Académie de Médecine, au nom de l'importante commission nommée en 1826, un rapport entièrement favorable au magnétisme, acceptant même les faits de lucidité et de prévision, comme d'anesthésie.

Mais, sur quelques observations erronées ou prématurées du rapport, l'Académie se butta contre le magnétisme et, en 1837, ayant établi un concours avec un prix de 3.000 francs pour la personne qui aurait la faculté de lire sans yeux et sans lumière, et n'ayant pas eu satisfaction, déclara qu'elle opposerait désormais une fin de non-recevoir à toute communication sur le magnétisme animal.

ou KN EST L'HYPNOllSME 11

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