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Où est né Charlemagne [microform]

On ignore où est né Charlemagne! La Belgique, l'Allemagne el la France Font tour à tour revendiqué, sans que, jusqu'aujourd'hui , ce problème ait été résolu. Les contemporains même de ce grand homme ne semblent pas avoir été mieux informés que nous à cet égard : « On n'a rien écrit sur sa naissance, sa première enfance, ni sa jeunesse, dit Éginard; parmi les gens qui lui survivent, je n'en sais aucun qui puisse se flatter de connaître les détails de ses premières années; ce serait donc folie d'en parler, et laissant de côté ce que j'ignore, je passe au récit el au développement de ses actions el de ses mœurs (1). »

{\) De cujus nativitate atque infamia, ml etiam pueritta^ quia ncque scriptis usquam aliquid declaratum est, neque qui squam modo superesse videlur, qui horum se dicat habere nolitiam, scribere ineptum judicans , ad actus et mores ceterasque vitae illius partes explicandas ac demonstrandas , omissis incognitis , transire disposui. Einliardus, Fila KaroUimperatoris j apud Peitz, Monumenta Germaniae hislorica , l. II, p. 445.

Après cet aven d'un homme qui vécut dans Tintimilé de Tempereur, et qui fut tout à la fois son secrétaire et son gendre; après les nombreuses controverses auxquelles ce point d'histoire a donné lieu, peut-on encore utilement établir une discussion là-dessus? L'Académie de Belgique a été de cet avis, et, à la prière d'un généreux anonyme, qui a fondé pour cela un prix de six mille francs, elle a placé, dans son programme de 1856, la question suivante :

Charlemagne est-il né dans la province de Liège?

La personne qui a proposé le prix, et l'Académie qui a accepté d'être juge du concours, savent fort bien qu'il n'existe , dans les monuments du VIII™^ siècle, aucun texte indiquant le lieu de naissance du fils de Pépin le Bref; ni l'une ni l'autre, par conséquent, n'ont pu songer à imposer aux concurrents la production d'une pièce semblable; c'eût été demander l'impossible.

La question, telle qu'on l'a formulée, n'avait pas non plus pour objet de faire déterminer, d'une manière précise, la localité où Charlemagne a vu le jour, mais seulement sa patrie, que celte patrie fut la province de Liège ou toute autre contrée de la Belgique, de la France et de l'Allemagne.

Dans ces conditions, la solution du problème ne nous paraît pas, comme on l'a prétendu, au-dessus des efforts de l'érudition historique. En soumettant à une critique sévère et judicieuse les divers systèmes que la recherche de cette solution a enfantés jusqu'à présent ; en combinant ces systèmes avec les renseignements positifs qu'on trouve dans les annalistes de l'époque, on peut arriver à démontrer le peu de fondement de la plupart des opinions qui

ont été débattues à ce sujet, et donner à l'une d'elles un degré de probabilité équivalent presque à la certitude; c'est, je pense, tout ce qu'on est en droit d'exiger.

Nous suivrons cette marche dans le jugement que nous avons à porter sur les mémoires adressés à l'Académie en réponse à la question proposée. Disons d'abord un mol de quelques événements qui précédèrent ou qui suivirent le fait en discussion; ces notions préliminaires sont indispensables pour l'intelligence de notre travail.

Parti des bords de la Meuse, le fils de Pépin d'Herstal, Charles Martel, après avoir étendu peu à peu sa dominalion sur la plus grande partie de la Gaule, mourut à Kiersysur-Oise, près de Compiègne, le 21 octobre de l'an 741. Il avait, avant d'expirer, partagé le royaume entre ses fils Carloman et Pépin , laissant au premier l'Austrasie, avec la SouabeetlaThuringe, au second la Neuslrie, la Bourgogne el la Provence (1). Un autre fils, nommé Griffon, qu'il avait eu de Sonnechilde, sa seconde femme, reçut en apanage une portion de territoire placée entre les Élats desesaînés. Mécontent delà part qui lui était faite. Griffon, excité par sa mère, leva aussitôt l'étendard de la révolte, et s'empara de la ville de Laon; mais il ne tarda point à

(1) Igitur memoratus pr inceps ^ consilio optimatum suorum expelito, fiHis suis régna dividit Itaque primogenito suo, Carolomanno nomine, Auster et Suaviam , quae mmc Alemannia dicitur, atque Thoringiam tradidit; alteri vero secundo filio juniori, Pippino nomine, Burgundiam et Neusler et Provinciam permisit. Fredegarii Chronicon contin., apud Duchesne, ffistoriae Francorum scriptores, t. I, p. 772. — Voy. également : Gesta regum Francorum, Jppendix, ibidem, p. 720. Brève Chronicon, apud Bouquet, Scriptores, t. III, p. 366. Annales Mcitcnses, apud Pertz, t. I, p. 527.

(8) tomber au pouvoir de ses frères, et fut remis entre les mains de Carloman, qui l'enferma à Neufchâleau, près de TArdenne (1). Ces événements se passaient pendant l'hiver de 741 à 742.

Au printemps suivant, mais pas avant le 21 avril , puisque, à cette date, Carloman assista à un synode d'évêques, dans ses États (2), les deux frères marchèrent contre Hunald , duc d'Aquitaine , qui ne se montrait point disposé à reconnaître l'autorité des maires du palais. Ils ne revinrent de cette expédition que vers l'automne de la même année; après quoi, ils envahirent la Bavière, qui voulait également abandonner la confédération des Francs , livrèrent bataille au duc Odilon , et dispersèrent son armée (3). Charlemagne vit donc le jour pendant le court intervalle qui sépara la fin de la révolte de Griffon de la guerre d'Aquitaine, puisque le 2 avril 742 est la date généralement assignée à sa naissance (4).

Nous aborderons maintenant l'examen des traditions

(1) Haec illum maîigno consilio ad spem totius regni concilavitj in tantum ut sine dilatione Laudunum civitatem occuparet^ ac hélium fratribus indiceret. Qui celeriter exercitu collecta Laudunum ohsidentes, fratrem in deditionem accipiunt, atque inde ad regnum ordinandum , et provincias quae post mortem patris a Francorum societate desciverant recuperandas, animos intendunt. Et ut in externa profecti domi omnia tuta dimitterentj Karlomannus Grifonem sumens , in Novo Castello j quod juxta Arduennam situm est, custodiri fecit. Einhardi Annales , ad annum 741 , apud Pertz, t. I, p. 135.

(2) Voy. dans les Monumenla de Pertz, 1. 1 Legum, p. 16, le capitulaire qui fut publié à l'occasion de ce synode.

(3) Einhardi Annales, ad annos 742 et 745.

(4) Cette question a aussi été, pendant longtemps, un objet de controverse parmi les savants : les Annales Petaviani, les Jnnales Laubacenses, et rhistorien anonyme de la Translation de saint Germain des Prés,

qui existent à ce sujet, en commençant par celles de l'Allemagne, et nous chercherons à préciser l'époque à laquelle chacune d'elles apparaît.

Parmi les localités, situées au delà du Rhin, qui ont réclamé l'honneur d'avoir été le berceau de Charlemagne, il en est plusieurs auxquelles il est inutile de s'arrêter, leurs prétentions n'ayant d'autre fondement que le témoignage de quelques écrivains modernes, témoignage dénué de preuves, et sans racines dans le passé. Nous nous bornerons à parler de Carlsberg, dans la Bavière, de Vargel, près de l'Unslrudt, sur les contins de la Saxe et de la Thuringe, et d'Ingelheim, dans le voisinage de Mayence.

La tradition de Carlsberg remonte au XVI™® siècle. Le plus ancien écrivain qui la mentionne est Thurmayer, plus connu sous le nom d'Aventin, à qui l'on doit une histoire de la Bavière. Selon cet auteur, Pépin et Carloman marchant, en 745, contre les Suèves et les Bavarois,

suivis par le père le Cointe, ont fixé la naissance de Charlemagne à l'année 747; mais d'autres monuments contemporains, méritant plus de confiance, la placent à Tannée 742, date universellement admise aujourd'hui, et conforme, d'ailleurs, au témoignage d'Éginard, qui fait mourir l'empereur en 814, à l'âge de 72 ans, dans la 47""^ année de son règne. Voy. notamment les Annales S. Amandi brèves, les Annales Fuldenses antiqui , les Annales Juvavenses , les Annales Salisburgenses , etc., apud Pertz, t. I, II et III. — Voy. également le Chronicon Saxonicum , la Fie de saint Goar, et la chronique de Lambert de Schafnabourg , etc., apud Bouquet, t. III et V.

Quant à la date du 2 avril, c'est Mabillon qui l'a découverte dans un vieux calendrier du IX""' siècle, provenant de l'abbaye de Lorsch : IF nonus aprilis, nativitas domni et gloriosissimi Karoli imperatoris et semper augusli.

s'avancèrent jusqu'au Lech, près d'Augsbourg, et y délirent Tarmée d'Odilon. Ensuite, les deux frères partagèrent leurs forces : Carloman se dirigea vers les Saxons, et Pépin passa le Lech, pour achever la conquête de la Bavière. C'est alors, au dire d'Aventin, à Carlsberg, non loin de Munich, que la reine Berthe, accompagnant son époux , donna le jour à Charlemagne (1). L'auteur invoque à l'appui de son récit une vieille chanson de geste, qu'on a retrouvée depuis et imprimée à Munich , en 1805; mais il a été reconnu que ce roman n'est qu'une version ampli-

(1) Pipinus Lycam superat, superiorem Boiariam invadit : FruxinuïYij quae tune caput et regia principum in ea regione erat, occupât , politusque tota superiore Boiaria, Utilo se Reginoburgii continet , Pipinus ad se déficientes bénigne suscipit, Bertham uxorem accersit: truxini et in conterminis regiis et arcibus cum ea quievit, venationibusque opérant dédit. Peperit tune Bertha ( siculi fama constantissirna est et antiquis morepatrio eelebratum carminibus) Carolum Magnum in ea arce, quae inde Carolobergomum , hoe est Caroli mons, vocalur. Nam isthoc anno Carolum natum esse convenit inter autores. Osteniitur Hla arx elsi semidiruta in superiore Boiaria , supra Monachium quindecim millia passuum , pr opter Ferrem lacum Findelicorum maximum, ubi ejusdem nominis fluvius effunditur , etc. J. Avenlini Jnnalium Boioriim libri FIL Basileae, 1580, in-fol.,p. 217. — Natus est D. Carolus anno ab orbe servato septingentesimo allero et quadragesimo; quidam Angilemis , haud procul Mogontiaco , genitum existimaverunt y secuti levem conjecturam y quod ibi vestigia praetorii nutrimentorumque ejus adhuc locus ostendatur : quasi veto non constet inler autores rerum, Carolum jam rerum potientem illas aedes Palatinas condidisse; nec desunt, qui in Brabantia natum opinenturj decepti afjînitate nominum, quippe Carolomannos ibi régnasse natosque fuisse y convenit inter scriptores annalium. Sed ut apud nos canitury certioresque tradunty natus est in Carlsburg , quae arx est superioris Boiariae et inde hoc nomen retinet, religioscque adhuc colitur ac monstratur.... Nam apud nos de ea re extat liber vcrsibus antiquis more majorum confeclus y etc Ibi«lpm, p. 257.

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liée de celui de Berle aux gratis pies, postérieur, par conséquent, à celui-ci, et sans valeur historique. La date assignée par Aventin à la naissance du fils de Pépin, est contraire, d'ailleurs, aux documents les plus dignes de foi, qui la placent à Tannée 742, et l'expédition en Bavière, à l'année suivante seulement.

La tradition de Vargel a pour fondement une charte dont Brovver a donné des extraits, et qui a été également publiée par Schannai (1). C'est une prétendue donation faite à l'abbaye de Fulde, par Charlemagne lui-même, d'une terre située sur les bords de l'Unslrudt, que l'empereur désigne comme étant le lieu de sa conception, terram conceptionis nostrae (2). Mais l'authenticité de cette charte, qui ne nous est point parvenue en entier, a été justement contestée. On n'est pas non plus d'accord sur la vraie signilicalion des mots qui s'y trouvent; les uns y voient la lerre franque; d'autres une certaine étendue de terrain entouré de haies, consepiio (5). Mabillon, qui les cite, ne s'en inquiète guère : « Que Charlemagne ait été conçu sur les bords de l'Unstrudt, dit-il , il n'en reste pas

(1) Browei'us j Jntiquitatum Fuldensium libri IF. Antverpiae, 1612, \n-A% p. 210. — Scbannat, Corpus traditionum Fuldensium y etc. Lipsiae, 1724,in-fol., p. 36.

(2) Donamus et contradimus Domino Noslro Salvatori Jesu Chrislo sancloque Bonifacio martyriy qui in Fuldensi requiescit monasterio y TKRRAM coNCEPTior^is NOSTRAE, hoc cst totam comprovincîam circa flumcn Unstrut, ipsamque curtem noslram in Fargalahay cum omnibus compertinentiis suis, et cum omnibus villis longe vel prope posilis , quae ad eam respiciunt y cum omni proprietate , sicut nos cam a parentibus nostris in proprietatcm accepimus. Schannat, loco citato.

(3) J. Heumanni Commenlarii de re diplomatica imper atorum ac regum Germanorum, inde a Caroli Magni temporibns adornati. Noiimberfjae, 1745,1. I,p. 34.

( «2) moins à trouver l'endroit où il est né (1). y> Nous n'avons heureusement que ce dernier point à éclaircir; il faudrait, pour résoudre l'autre, posséder des détails intimes que l'histoire s'abstient assez généralement de transmettre à la postérité.

La tradition d'Ingelheim a été longtemps populaire, et c'est l'une des plus anciennes que Ton connaisse; elle remonte au XII"^« siècle. Son premier auteur est un Italien, Godefroid de Viierbe, qui s'exprime ainsi dans son Panthéon :

Pipinus moritur, consurgit Karolus acer.

Nalus in Ingelehcùrif cm Berta sit Ungara mater.

Godefroid de Viterbe, suivant en cela la plupart des productions romanesques de son temps, fait de Berlhe une Hongroise; elle a été désignée par d'autres comme la fille du roi de Conslantinople. On sait aujourd'hui, à n'en point douter, qu'elle était fille de Caribert ou Heribert, comte de Laon (2). Voilà une première rectification qu'il faut faire au texte de Godefroid de Viterbe; voyons si son témoignage est plus digne de foi , en ce qui concerne la patrie de Charlemagne.

Constatons, d'abord, que l'assertion de Godefroid demeura entièrement inconnue jusqu'au XVP^ siècle; elle reparaît alors avec le géographe Sébastien Munster, né lui-même à Ingelheim, en 1489, et qui n'en parle, loule-

(1) Mabillon, De re diplomatica, Supplementum ^ cai)ul IX, p. 38.

(2) Yoy. notamment un diplôme du roi Pépin pour la conslruclion el la dotation de Pabba^e de Prum, anno XI regn. Pippino , apud Mabillon, annales ordinis S. Benedkli, t. II, p. 705. - Voy. également les Jnnales de S' -Berlin à l'année 749.

fois, qu'avec beaucoup de réserve : « Aulcuns escrivent, dit-il, queCliarlemagne estoit natif de là, mais lesaultres mettent Liège pour le lieu de sa nativité (1). » On sait le succès qu'obtint la Cosmographie de Sébastien Munster, et les nombreuses éditions qui en furent publiées; c'est ce livre qui a le plus contribué à répandre la tradition d'Ingelheim. II a suffi d'un mot pour la renverser : le palais d'Ingelheim, où l'on veut que Charlemagne soit né, n'existait point en 742, puisque c'est lui-même qui l'a bâti plus tard (2). Cette circonstance et les fréquents séjours qu'y fit l'empereur ont pu seuls donner lieu à la tradition qui y place son berceau.

Il est d'ailleurs une chose avérée, c'est que ni Carloman ni Pépin n'envahirent l'Allemagne au printemps de l'an 742, et que leur première expédition au delà du Rhin n'eut lieu qu'à la fin de cette année et au printemps de la suivante. Nous croyons donc inutile de nous arrêter davantage là-dessus; la tradition d'Ingelheim, comme celle de Carlsberg et de Vargel , doit être mise hors de cause dans ce débat, el le mémoire qu'a reçu l'Académie pour la défendre n'est assurément point de nature à modifier notre sentiment à cet égard. C'est un ramassis de fables

(1) Munster, La Cosmographie universelle y p. 603. A la page 353 du même ouvrage , l'auteur s'exprime différemment : « Il habitoit en Germanie, dit-il, à savoir à Aix-la-Chapelle et Ingelheim qui est mon pays, où plusieurs affirment qu'il naquit; mais les autres disent que ce fust à Frisinge. »^ Voy. également l'édition latine de Bâie, 1552, in-folio, p. 289 et 491.

(2) Jnchoavit et palatia operis egrcgii, unum haud longe a Moguntiaco civilate j juxta villam cujus vocahulum e«f Engilknheim. Einhardus, in Fita KaroU imperutoris , cap. 17, p. 452»— Voy. la liste des anciens palais royaux, etc., dans Bcsselius, Chronicon Golwicense , p. 484, et dans Mabillon, De fie diplomatica , lib. IV.

eX de niaiseries qu'on dirait avoir élé écrites par nn contemporain de Jacques de Guyse ou de Lucius de Tongres. On y trouve, entre autres, Thisloire des empereurs de Constanlinople et de l'exarchat ; la suite des rois lombards; celle des papes de Rome depuis Marlinus jusqu'à Eugenius; celle des ducs de Brabant depuis Albero, en 445, jusqu'aux Pépins; les premiers comtes de Hollande; la description du colosse de Rhodes et celle des orgues envoyées en France par l'empereur Constantin Copronyme; la mort de deux seigneurs cléricaux liégeois, tués par la loudre, l'an 1117, dans l'église cathédrale de S^-Lambert, etc.; mais de la question mise au concours, pas un mot, si ce n'est que Karolus était fds de Pipini, roi de France, duc de Brabant, de la Lorraine et de l'Alsace, dont le père était lui-même grand maréchal et connétable de France, et que ce Karolus naquit au château d'ingelheim, l'an 741. L'auteur en donne pour preuve une œuvre historique et authentique (\\\"\\ possède, et dont son mémoire n'est probablement qu'une nouvelle édition revue et fort peu corrigée. Cette autorité ne nous a point paru suffisante pour oser proposer à l'Académie de lui adjuger le prix.

De toutes les traditions relatives au berceau de Charlemagne, l'une des plus considérables est assurément celle d'Aix-la-Chapelle. Elle a eu pour défenseur l'illustre Mabillon, et a été adoptée par les savants auteurs de VHistaire littéraire de la France (1). Cette tradition ne repose, cependant, que sur un passage du moine de S*-Gall, qui s'exprime de la sorte en parlant de la basilique que

( 15) Charles fit construire dans celte ville : Cum slrenuissimus imperator Karolus aliquam requiem habere poluisset , non otio torpere, sed divinis sermliis voluit insudare, adeo ut in GENiTALi SOLO basHicam anliquis Romanorum operibus praestantiorem fabricare propria dispositione molitus , in brevi compotem se voti sui gauderet (1); c'est-à-dire, selon la traduction de M. Guizol: « Lorsque le vaillant empereur Charles put jouir de quelque repos, ce ne fut pas pour languir dans l'oisiveté, mais pour s'occuper avec zèle de tout ce qui intéressait le service de Dieu. Son ardeur à bâtir, d'après ses propres plans, et dans son pays natal, une basilique beaucoup plus belle que les ouvrages des anciens Romains, fut telle qu'il eut bientôt le plaisir de jouir de l'accomplissement de ses vœux. »

Ces deux mots : génitale solum, ont suffi un moment pour mettre à néant toutes les autres traditions et faire considérer le problème comme résolu. On a cherché, depuis, à les expliquer, et, tout récemment, un écrivain belge les a repris pour en appuyer les prétentions de Liège (2). Ils ont quelque importance pour Aix , sans doute; mais leur auteur mérite-t-il la confiance qu'on veut bien lui accorder? Son témoignage peut-il se concilier avec les indications qu'on trouve dans les monuments contemporains? enfin, ces deux mots ont-ils eu, dans son esprit, la signification qu'on leur a prêtée? C'est ce que nous allons examiner.

Le moine de S'-Gall, que l'on croit être Notker le Bègue, écrivait, comme on sait, vers l'an 884. Le livre

(1) Mabillon, De fte diplomatica , Supplem., p. 38. - ffistotre littéraire de la France^ t. IV, p. 369.

(1) Monachi Sangalleosis Gesta KaroU,. lib. I, apud Pertz , t. II, p. 744.

(2) F. Henaux, Sur la naissance de Charlemagne à Liège, Recherches historiques. Liège, 1854, in-S".

( 10) (ju'il nous a laissé et qu'il a iolilulé : Des faits et gestes de Charles le Grand, n'est pas, à proprement parler, une histoire, nfiais un recueil d'anecdotes qui a toujours inspiré fort peu d'estime aux érudits : « Il est inutile, dit dom Bouquet, de nous mettre en peine davantage de rechercher le nom de cet auteur, car son ouvrage le déshonore plutôt qu'il ne l'honore.... Il est rempli de fables et d'historiettes mal assorties Enfin, il s'y trouve de nombreuses erreurs, et des fautes énormes de chronologie (1). »

M. Guizot s'est montré plus indulgent envers cet écrivain, non pas qu'il le considère comme une source authentique et sûre : « Il se peut, dit-il, que parmi les anecdotes recueillies par lui, beaucoup soient controuvées, mais ce qui nous importe le plus maintenant, ce n'est pas l'exactitude scrupuleuse des souvenirs, c'est leur ensemble, c'est l'état général des mœurs qu'il nous révèle et qui ne s'invente point : authentiques ou altérées, vraies ou fausses même, les anecdotes du moine de S*-Gall sur le caractère et la vie de Charlemagne ne peuvent manquer de nous intéresser vivement, car c'était là ce qu'on disait, ce qu'on racontait de lui soixante et dix ans après sa mort (2). »

Nous sommes de l'avis de M. Guizot dans le jugement qu'il porte sur le moine de S*-Gall; il n'en est pas moins vrai que ce chroniqueur manque précisément des qualités

(1) Bouquet, Recueil des historiens des Gaules et de la France, t. V, Préface , p. x.

(2) Des faits et gestes de Charles le Grand, par un moine de S'-Gall, Préface, dans le t. IV de la Collection des mémoires relatifs à l'histoire de France, depuis la fondation de la monarchie française jusqu'au XIII""*" siècle, trad. par M. Guizot; Paris, 1824, in-8". — Vov. éffalemenf ce qu'en dit Perlz, t. II, p. 7o0.

propres à gagner notre confiance; que ses récits n'ont d'autre base que les souvenirs d'un vieux moine de son monastère, contemporain de Louis le Débonnaire et de Charles le Chauve, et ceux du père de ce moine, près de qui il avait passé son enfance; enfin, que les mots génitale solum, tombés de sa plume, en leur supposant même la signification qu'on leur a attribuée, ne sont, en tout cas, que l'expression d'une opinion tout à fait individuelle, émise par un auteur étranger à nos contrées, écrivant cent cinquante ans après la naissance de Charlemagne et qui n'a pu être mieux informé qu'Éginard sur ce point.

Son témoignage, en lui laissant le sens indiqué plus haut, serait, du reste, en désaccord avec les renseignements historiques que nous possédons sur les commencements de l'an 742. On a vu qu'à cette époque Pépin faisait la guerre à Griffon, dans les environs de la ville de Laon , et que, cette guerre terminée, il partit presque aussitôt pour l'Aquitaine. A quel propos la reine Berthe, sur le point d'être mère, aurait-elle été s'établir, aj mois de mars, à Aix-la-Chapelle, qui n'était pas compris dans les États de son époux, dont l'histoire n'avait jamais fait mention jusqu'alors, etoii il n'est rien moins que certain qu'il y eût un palais pour la recevoir (1)?

Le génitale solum du moine de S^-Gall signifie-t-il bien, d'ailleurs, le pays natal? L'un des auteurs des mémoires

(!) La plus ancienne mention qui soit faite d'Aix-la-Chapelle existe dans une charte du 26 août 753; v. Baluze, Capitularia , etc., t. Il, p. 1391. Pépin y célébra les fêtes de Noël et de Pâques en 765. Voy. Éginard à cette année ^ Besselius, Chronicon Gotwicense , p. 453; Mabillon, De Re diplomatica, Supplem. Nous ne faisons point état d'une prétendue charte de Sigebert II, de l'an 653, la fausseté de ce document ayant été suffisamment démontrée. V. Pardessus, Diplomata, etc., t. II, p. 97.

Ji

( 18) présentés à TAcadémie, favorable aux prétentions de Liège, a combattu celte version , en faisant remarquer, avec raison , que le mot solum a un sens très-large; que si le chroniqueur eût voulu désigner un lieu plus circonscrit, il avait à sa disposition locus, oppidum, casiellum, villa, cinctus, etc.; entin, que l'expression solum ne doit servir qu'à faire rejeter les prétentions de toutes les localités qui ne sont pas situées dans le rayon d'Aix-la-Chapelle, et à restreindre ainsi la question à cette ville, à Liège, à JupilleetàHerslal.

C'est fort bien; mais comment préciser les limites de ce rayon? Pourquoi ne pas admettre plutôt que le moine de S*-Gall, par les mots dont il s'est servi, a simplement voulu désigner le pays de ses pères? Qui ne sait, en effet, que le pays de Liège a été le berceau de la race Carlovingienne, la terre glorieuse d'où est sortie cette lignée de héros qui sauvèrent la chrétienté et placèrent la France au rang qu'elle occupe encore aujourd'hui? C'est à Liège et dans les territoires environnants, depuis Landen jusqu'à Aix-la-Chapelle, qu'étaient leurs domaines patrimoniaux; c'est là qu'ils aimaient à célébrer les fêtes de Noël et de Pâques; c'est là que Charlemagne vint mourir!...

Aix garde le tombeau de l'empereur, et cela suffît à sa gloire; jamais celte ville n'a réclamé d'autre honneur; tous ses historiens, ses propres enfants, vantent à l'envi l'afFection que Charlemagne eut pour elle, mais, avant Mabillon, pas un, croyons-nous, n'avait songé à y placer son berceau; pas un, aujourd'hui, ne s'est levé pour le revendiquer (i).

(1) Pierre de Beeck, lui-même, dans son Jquisgranum, rappelle la plupaH ée9, traditions qui avaient cours de son temps, au sujet de la patrie de Charlemaffne, sans faire aucune mention des prétentions d'Aix-la-Chapelle. Voici

Nous voici arrivé à l'examen de l'opinion qui fait naître le fils de Pépin sur les bords de la Meuse, à Liège, ou dans l'un de ces palais royaux, Herstal, Jupille, d'où les premiers Carlovingiens datèrent parfois leurs diplômes. Pourquoi n'en ferions-nous point l'aveu, toutes nos sympathies sont pour elle; Liège est notre mère, et nous voudrions pouvoir ajouter ce fleuron à sa couronne! Mais c'est la recherche impartiale de la vérité qui nous est imposée; nous n'avons pas dû l'oublier.

Un écrivain a dit : »( Tous les historiens liégeois sont unanimes sur le fait de la naissance de Charlemagne dans leur pays! d Un autre a répété : « La tradition liégeoise est seule vivante et manifeste; on la rencontre partout, dans les auteurs nationaux et étrangers. » Notre premier soin a naturellement été de constater cette tradition , et de rassembler les textes qui Font établie.

Eh bien, force nous est de l'avouer, nous l'avons vainement cherchée dans les monuments liégeois antérieurs au ^Yjjme siècle. C'est Fisen, croyons-nous, qui l'a rap-

comment il s'exprime à cet égard : De natalitio loco ipsius ambiguum est, contendentibus aliis in aula viîlae Ingellieim prope Magonciacum, ad ripam Rheni fluminis in terra liinconensi, quam aulam Karolus tmperator magnus pro Castro residentiae majestatis suae cisrhenanae quondam habuit , quamque Karolus IF tmperator in monasterium canonicorum regulae S. Augustini commutavit, progenitum , juxta vettfs Godefridi Fiterbiensis carmen :

Pipinus moritur cum surgit Carolus acer ,

Natus in Ingelheim , cui Bertha fuit Ungara viater;

aliis mordicus asserentibus Karlsbergi in castro non longe a flJonachio dissito lucein primum aspexisse , nec pauci in regia Jopilla vel Jopilia dimidio miliari ab urbe Leodio natum volunt, e regione Herstalli vicij etc. P. à Beeck, Aquisgranum, etc. Aquisgrani, 1620, in-4'', p. 34.

perlée l'un des premiers, en invoquant le témoignage de Marliano, géographe italien du XV"'' siècle, dont il tronque le texte en le citant. Marliano avait écrit : « Les ancêtres de Charlemagne sont, au dire des Liégeois, originaires de Jupille, dans le voisinage de Liège (1). )> Après lui, Fisen s'exprime de la sorte : « Charlemagne naquit à Jupille, selon le témoignage de Marliano et l'opinion la plus répandue aujourd'hui parmi nous, d Puis, il ajoute : « Si quelqu'un prétend le contraire, je n'en considérerai pas moins ce grand homme comme noire, parce qu'il passa une bonne partie de sa vie dans notre diocèse, qu'il en fit le siège de son empire et qu'il y mourut (2). »

Jean de Chokier, chanoine iréfoncier de la cathédrale de S*-Lamberl, écrivait en même temps que Fisen : « Aucuns disent que Charlemagne naquit à Liège (5), » et son assertion fut reproduite par les pères Foullon et Mantelius (4);

(1) ^ pud Eburones sTiRVEM Caroli Magni, in vico Jupilia, leodiensi civitati proxtmo , ortum habuisse tradunt , etc. R. Marliani, Feterum Galliae locorum, populorum, urbium, montium ac fluviorum alphabetica descriptio.

(2) Carolus.... natus est Jupiliae , ut fere nostratibus omnibus placet. Si negat aliquis , nostrum esse nihilominus contendOj quod intra nostrae dioeceseos fines ut plurimum commoratus sit, imperiiqae totius regiam constituerit , ac denique diem obierit et sepultus sit. Fisen Flores Ecclesiae Leodiensis , etc. Insulis, 1647, in-folio, p. 87.

(3) .... Quem nonnulli dicunt Leodii nalum, teste MuNsxiiRo. J. de Chokier, Findiciae libertatis ecclesiasticae. Leodii, 1630, in-4» p. 79.

(4) In eadem regione Tongrensi dioecesique Leodiensi imperatorum christianissimus vitam posuit ubi acceperat. Jupiliae enim natum eonstans apud nos fama est, placuitque externis quibusdam scriptoribus. Foullon, ffistoria leodiensis, etc. Leodii, 1735, t. I, p. 141. — Cum itaque Carolus Magnus , natalis soli captus dulcedine, Jupiliae aut fferistallii frequens ageret , etc. Manlelius, ffistoria Lossensis, etc. Leodii, 1717, in-4% p. 21.

mais cette opinion trouva peu d'écho et demeura oubliée jusqu'à nos jours.

Nous venons d'indiquer les seuls textes nationaux qu'on invoque à l'appui des prétentions de Liège; voyons si les autres sont plus anciens et plus concluants.

Le premier écrivain étranger qui ait parlé de la tradition liégeoise est Sébastien Munster, dont nous avons tantôt cité le passage à propos d'Ingelheim : a Aulcuns escrivent que Charlemagne estoit natif de là, dit-il, mais les autres mettent Liège pour le lieu de sa naissance; » et ailleurs, il remplace Liège par Frisingue, près de Carlsberg. Après Munster, c'est Pierre de Beeck, l'historien d'Aix-la-Chapelle; c'est Charron, l'obscur auteur d'une histoire universelle des Gaulois; c'est du Bosc de Monlandré, dans sa suite historique des ducs de la basse Lorraine; c'est Le Cointe et Mabillon; c'est Pagi, enfin, qui, discutant la question dont nous nous occupons en ce moment, constatent, en se répétant uniformément l'un l'autre, l'existence de la tradition liégeoise (1).

Cette tradition ne remonte donc pas au delà du XVI™* siècle, et les textes qui l'ont établie se confondent avec ceux où il est dit qiie les Carlovingiens sont d'origine liégeoise. Elle a trouvé, néanmoins, quatre ardents défenseurs dans le concours ouvert par l'Académie. Nous indiquerons rapidement le système de chacun d'eux.

(1 ) Nec pauci in regia Jopilla vel Jopilia natum volunt{V. de Beeck). Jucuns assurent, avec plus d'apparence de vérité, que Charlemagne estoit natif de Liège (Charron). Charles naquit, selon la tradition du pays, dans Jupille , auprès de Liège (Du Bosc de Monlandré). Nonnulli ad Mosam Leodii Carolum natum volunt (Le Cointe). Nonnulli Leodii ad Mosam contendunt (Mabillon). Nonnulli ad Mosam Leodii Carolum natum esse volunt (Pagi).

Le premier mémoire, portant pour épigraphe ces mois : Verilas lemporis filia , reproduit les arguments développés dans une brochure publiée à Liège, il y a quelques années, et dont il a paru en peu de temps trois éditions. Charlemagne, selon Fauteur, est né sur le sol d'où sa race était originaire et où fut le berceau de sa puissance; ce fait, tout naturel , n*a pas eu besoin d'être relevé par les annalistes, de là leur silence. Ce silence, d'ailleurs, n'est pas absolu; on possède un texte contemporain qui résout la question en faveur du pays de Liège, ce sont les deux mots du moine deS^-Gall. Au VIII"« siècle, Aix formait un district ôupagus leodiensis; le chroniqueur a donc pu donner à cette ville la qualification de pays natal (génitale solum) de l'empereur.

Un siècle avant la naissance de Charlemagne, Liège était déjà réputée ville royale; mais quoique étant une des localités considérables de l'Austrasie, elle n'avait encore qu'une existence assez modeste. Après la translation du siège épiscopal dans cette ville, en 709, grâce à la résidence permanente de l'évêque et de son clergé et aux longs séjours que firent dans ses murs Pépin de Herstal, Charles Martel et Pépin le Bref, elle passa tout d'un coup de l'état de ville sans nom à celui de cité noble et célèbre. Sa physionomie intérieure surtout se transforma par les soins des Pépins, qui y entreprirent de grands travaux publics. Vers l'an 725, Ogier le Danois, avoué de la cité, et surintendant des premiers Carlovingiens, y construisit un palais qui devint le séjour habituel des membres de cette famille; c'est dans ce palais que naquit Charlemagne!... (i).

(I) Voici comment l'auteur démontre l'existence, à celte époque, d'un palais, à Liège, sur l'emplacement du palais actuel . .- En 740, un matin,

La mère de ce prince, Berthe aux grands pieds, était liégeoise aussi; elle habita constamment Liège et y mourut. Tout, dans ce beau pays, parlait donc au cœur du héros; cela explique les nombreuses marques d'affection qu'il lui a prodiguées : ces églises qu'il a relevées et enrichies; ces diplômes qui confirment aux Liégeois leurs franchises et les déclarent les plus nobles citoyens de ses États; l'exemption de tailles et de services militaires qu'il leur a octroyée; la riche bannière dont il fit présent à la cathédrale de S*-Lambert; ces privilèges qui donnèrent naissance au pro-

dans V église S' -Pierre, attenante au palais, il s'exhala une odeur suave du tombeau où était inhumé le corps de l'évêque Hubert : un tel cri d'étonnement s'éleva parmi la foule, qu'il parvint jusqu'au palais : ad palatium usque pervenit; Carloman, tout surpris, se lève de son siège ro)'al, regali solto exiluitj et avec la reine et prinioribus palatii sui accourut en hâte, voir ce miracle, écrivait, en 820, l'évêque Jonas, dans sa Fita S. Huherti. « Nous donnerons maintenant le texte de Jonas, qui sert de base à ce récit : Karlomanno rege, tertio jam anno regni Francorum sccptra régente (744), aeditui hasilicae , qua sancti viri Huherti membra tegebantur, de-

texere et introspicientes , gloriosum ejus corpus nulla detrimenta pas

sum, illaesum a dissolutione atque putredine reppcriunt Ecce enim,

ad augmentandam tut nominis magm'ficentiam , non modo corporis integritaSj vetusque venustas, sed et indumentorum ejus conservata est pulchritudo j et quodammodo antiqua novitas. Eodem \ero die, hujusce

REI FAMA CIRCUMQCAQUE DECUIIRIT, ET PER CUNCTORDM ORA VOMTANS, AD

PALATIUM USQUE PERVENIT. Vknit ENIM ET iLLUc NUNCius rcferens heatissimï viri corpus, in conditorio quo olim exanime est condilum, nunc oculis visentium se offerre, etc.... Quod postquam, fama vulgante, per cuncto rum aures disseminatum est, certatim tant proximi quam et longinqui

quique viri studuerunt illuc adventare Ut autem in tanto miraculo

Domini potentia potissimum magnificaretur , et virtus nota redderetur , pars permaxima princeps clarissimus atque orthodoxus extitit Karlomannus. Qui talibus auditis , regali solio exiluit, unaque cum uxore et primoribus palatii sui ad viri Domini corpus periidendum accessit, nta S. IJubcrti, apud Roberli, Historia S ffuberti. Luxemburgi, 1621, in-4", p. r.O-fil.

verbe liégeois : Pauvre homme en sa maison roi est; tous ces faits historiquement constatés, toutes ces traditions qui se rattachent au grand nom de Charlemagne, n'atteslent-ils point, en l'absence de documents plus positifs, que le grand empereur est liégeois!...

Le système que nous venons d'analyser repose en entier, comme on le voit, sur les deux mots du moine de S'-Gall, que Fauteur applique au pays de Liège, Aix-la- Chapelle formant, dit-il, au VIII™« siècle, un district du pagus Leodiensis.

Une première objection à faire à ce système, c'est qu'il n'y avait point de pagus portant ce nom, à l'époque où naquit Charlemagne. Liège, en effet, naissait à peine, et avait encore trop peu d'importance pour qu'on eût songé à en faire la capitale d'une circonscription territoriale quelconque. Nous attendrons, pour croire à l'existence du pagus Leodiensis, dans la première moitié du Vin™« siècle, la découverte d'un monument contemporain où il en soit fait mention (1). Il faudra, ensuite, prouver que la ville d'Aix y était comprise, ce qui n'offre pas moins de difficulté (2).

(1 ) L'existence du pagus Leodiensis, dans la seconde moitié du VIII^^ siècle, nous paraît aussi fort contestable. Nous ne considérons point, en effet, comme pouvant s'appliquer à Liège, le pagus Leotincinsis (le Laçois), mentionné dans une charte de 721 (Pardessus, Diplomata, H, p. 324), ni le pagella Leuchius, cité dans une autre de 779, publiée par Lacomblet {Urkundenbuch fur die Geschtchte des Niederrheins j etc. Dusseldorf, 1840, in-4'', t. I, p. I) et qui devient, en 844, dans un diplôme du roi Lothaire, rapporté par le même (p. 26), le pagus Lenkius, tandis que Liège est désigné sous le nom de Leodium ou plutôt Leodicum , dans Godescalk, écrivain du VIII-^ siècle, de vicus Leodicus, dans les annales de Lorsch et dans celles d'Éginard, à Tannée 779, et de Liugas (forme romane), dans le partage de 870.

(2) A l'appui de ce qu'il avance, l'auteur du mémoire invoque le témoignage de Besselius. C'est une autorité considérable, sans doute, mais Besselius n'a-t il pas pu se tromper? Rendons lui toutefois justice sur ce point; le savant

Que dire des autres arguments de l'auteur! La plupart n'ont de fondement que dans son imagination, ou ont été empruntés aux traditions fabuleuses qu'a mises en vogue parmi nous le chroniqueur Jean d'Outremeuse. Liège, déjà ville royale avant saint Lambert!... L'existence dans cetie cité, au commencement du VIII'"' siècle, d'un palais qui servait de demeure habituelle aux membres de la famille carlovingienne!.... Les longs séjours qu'y firent les Pépins et Charles Martel!... La reine Berthe, liégeoise, habitant constamment Liège et y terminant ses jours!... Il y a là autant d'erreurs que de mots. Et quant aux prétendus privilèges que le fils de Pépin le Bref octroya, dit-on, aux Liégeois, l'auteur serait bien embarrassé si on lui demandait de les produire. En quoi, d'ailleurs, pourraient-ils servir à démontrer que Charlemagne est né sur les bords de la Meuse?

Le second mémoire, présenté à l'Académie à l'appui de

émule de Mabillon n'a cherché qu'à constater l'existence du pagus Leodiensis au IX""' siècle, à l'occasion d'une charte à laquelle il assigne la date de 844, et que nous croyons plus récente (862? Besselius, De pagis Germaniae mediae, p. 656 Prodromi chronici Gotwicensis). Cette charte que les bénédictins Martene et Durand ont publiée dans leur AmpUssima coUectio , porte la souscription suivante : Actum Novo Castro, in pago Leochensi (Leschensij Bôhmer). Or, en admettant, ce qui nous semble fort douteux, que le pagus Leochensis ou Leschensis figurant ici , signifie bien réellement le pays de Liège, il faudrait encore, pour y comprendre Aix-la-Chapelle, démontrer que les mots Novum Castrum désignent cette ville. C'est ce qu'a prétendu, avec peu de critique, Aubert le Mire, auquel Besselius se réfère; mais on a depuis longtemps reconnu la fausseté de cette opinion. Voy. Germon, Depalatiis, chap. IV de la Diplomatique de Mabillon; Ernst, Histoire du Limbourg, 1. 1, p. 332 et suiv.; Lacomblet, Urkundenbuch, etc., loco citato ; Bouquet, etc. La ville d'Aix apparaît dès 753 dans les monuments publics, avec cette désignation qu'elle a gardée pendant toute la période carlovingienne : Aquisgrani , paîatio regio.

la tradition liégeoise, ne porte point d'épigraphe; il est intitulé : Notes pour servir à C histoire de la naissance de Charlemagne, à Liège.

C'est un travail volumineux, que le manque de certains livres a empêché Fauteur d'achever et qu'il n'a pas eu le loisir de revoir; cela explique les négligences qui s'y trouvent. La discussion y est extrêmement confuse, difficile à suivre, et dénuée de critique. Pour faire naître l'empereur à Liège, l'écrivain cherche à établir, comme l'auteur du mémoire précédent, qu'il y avait dans cette ville, au commencement du VÏII'"* siècle, un palais royal, et, comme lui , il tronque un passage de l'évêque Jonas, l'hagiographe de saint Hubert, dont le texte a une signification toute différente de celle qu'il lui prête; il va plus loin , et veut constater l'existence de ce même palais, à l'aide d'un plan de Liégeau VIII'"^ siècle, qu'il a découvert dans une chronique du XVIP'' (1). Il invoque aussi le témoignage du moine de Saint-Gall, dont le génitale solum, selon lui, ne peut s'appliquer qu'à Liège, et les séjours continuels de l'empereur dans cette contrée lui semblent justifier de tous points cette opinion : c'était le foyer de ses pères et de ses ancêtres, dit-il; d'Aix, Charlemagne pouvait venir, chaque jour, visiter ses châteaux liégeois, consulter ses évêques, son clergé, ses savants, visiter ses écoles, étudier les archives de sa famille et de son gouvernement, qui reposaient à Jupille et à Liège?.,.. Voilà des archives qu'on ne s'attendait guère à trouver là, et qui

(1) Celle chronique esl conservée à la Bibliothèque royale. On rencontre fréquemmenl des plans semblables dans nos manuscrits vulgaires, comme on les appelle; ils sonl l'œuvre des rédacteurs mêmes de ces manuscrits, et n'ont d'autre objet que d'indiquer aux lecteurs les premières enceintes de la cité.

seraient bien utiles aujourd'hui, pour débrouiller la question que nous traitons. En somme, ce travail a coûté beaucoup de recherches à son auteur, notamment pour l'appréciation des diverses traditions relatives à la naissance du héros; il dénote des connaissances bibliographiques assez étendues; mais il ne renferme pas un seul argument nouveau, pas une preuve qui ait nécessité de notre part le plus simple examen.

Le mémoire portant pour épigraphe : Si désuni vires, tamen est laudanda voluntas , est écrit en allemand, contrairement aux règles du concours. Nous n'avons pas cru, toutefois, que, dans une circonstance où il ne s'agit, en définitive, que de produire la preuve d'un fait, la question de langue fût un motif d'exclusion, pas plus que ne le serait à nos yeux la forme peu littéraire et même étrange de quelques-uns des mémoires, si la preuve demandée s'y trouvait. Nous avons donc compris l'analyse de celui-ci dans notre rapport, et nous avons été d'autant plus disposé à agir de la sorte que ce travail est le meilleur de ceux qui ont été adressés à l'Académie, celui où l'on découvre le plus de méthode et la connaissance la plus sûre des sources.

Dans le doute existant au sujet de la patrie de Charlemagne, en l'absence de tout texte positif à cet égard, le mieux, selon l'auteur, est de dresser une sorte d'enquête sur ce fait et de l'isoler de tous les renseignements incertains ou erronés. En premier lieu, il faut chercher à connaître la résidence de la reine Berlhe pendant l'année 742. Les considérations suivantes peuvent conduire sur la voie de la vérilé.

Il est reconnu que, à de rares exceptions près, l'épouse

d'un prince, à l'époque dont il s'agit, ne le suivait ni à la guerre, ni dans ses voyages; elle attendait son retour au lieu de sa résidence habituelle. Or, quels étaient les domaines privés de Pépin le Bref? Il y avait en Hesbaye ceux de Liège; dans les environs de Metz, les terres provenant du duc Ansegise, et au voisinage de Laon et de Tabbaye de Prùm, les alleux de la reine Berthe. De ces diverses possessions, celles de Liège doivent être réputées le domaine essentiellement patrimonial des Carlovingiens, témoin les séjours fréquents qu'ils y firent; les environs de Metz ne sont presque jamais cités, et les possessions de Prùm ne tardèrent point à passer entre les mains de l'abbaye de ce nom. On peut induire de là que le pays de Liège fut considéré par Charles Martel et Pépin le Bref comme le lieu principal de leur résidence; que généralement leurs femmes y eurent leur demeure, et que c'est là, par conséquent, qu'il faut chercher le berceau de Charlemagne. D'anciennes traditions viennent confirmer cette hypothèse : l'auteur de la chronique rimée des ducs de Brabant, Jean de Klerk, poète flamand du XIV« siècle, fait naître Charles et Carloman, son frère, à Herstal :

Ende waren gehoren recht Tusschen Ludicke ende Maestrecht Staet een dorp ende heet Herstale :

Daer stont wilen hare sale.

A ces considérations, l'auteur en ajoute d'autres, que voici : S'il est fâcheux que pas une seule chronique contemporaine n'indique le lieu de la naissance de Charlemagne, il en existe néanmoins qui en mentionnent l'année. C'est là un fait considérable et qui conduit à admettre que si les auteurs de ces chroniques furent mieux informés que d'autres, c'est que, apparemment, ils se trouvaient

plus rapprochés; car chaque église n'a d'abord inséré dans ses annales que les événements accomplis à ses côtés, et particulièrement la date de la mort de ses bienfaiteurs, ou les événements importants relatifs à leurs familles. L'auteur en conclut que Charlemagne a dû naître dans le voisinage des monastères où il a été le plus exactement tenu note de sa naissance.

C'est là une idée ingénieuse, qui ouvre une perspective nouvelle dans ce débat et qui nous a séduit tout d'abord, bien qu'elle ne puisse, en définitive, conduire qu'à des hypothèses. Malheureusement, l'examen auquel fauteur se livre, après ces préliminaires, est loin de donner raison au système qu'il défend. En effet, s'il est bien vrai que les chroniques belges de Saint- Amand et de Lobbes fassent mention de la naissance de Charlemagne, il en est aussi question dans celles de Fulde, de Salzbourg et de Saint-Emmeran de Ratisbonne qui leur sont antérieures (t). Nous laissons de côté celles qui ne peuvent être considérées comme monuments contemporains ou à peu près. Enfin, le document le plus complet et le plus précis à cet égard , puisque seul il mentionne le jour de la naissance du fils de Pépin, le fameux calendrier du

(1) annales Juvavenses majores (742-804) : 742. Natus est Carolus; apud Pertz, tom. 111, p. 122. — Annales Juvavenses minores (742-814) : 742. Natus est Carolus. Ibidem, tom. I, p. 88. — Annales Fuldenses antiqui (651-814) : 742. Karolus rex Francorum (natus est). Ibidem, tom. III, p. 116. — Annales S. Emmerani Batisponensis minores (écrites par différents auteurs qui se sont succédé de 732 à 1062) : 743. Karolus imperator natus est. Ibidem , tom. I , p. 90.

Tous ces textes sont contemporains de Charlemagne; les Annales S. Amandi brèves, au contraire, quMl ne faut pas confondre avec les Annales S. Amandi, et les Annales dites de Lobbes, mais dont la provenance est incertaine, sont de la fin du IX""» siècle ou du commencement du X"". y. Pertz, tom. I et III.

■Isi

IX'"' siècle, où iMabillon découvrit cette date, provenait du monastère de Lorscli , aux environs d'fngelheim (1).

L'auteur ne s'est point dissimulé la force de cette objection , et a naturellement cherché à la détruire; mais il s'en débarrasse trop aisément , à notre avis, en attribuant, ce qui est inexact, une origine belge et commune aux différentes chroniques que nous venons de citer; en prétendant que le calendrier découvert par Mabillon n'a pas été rédigé à Lorsch , et qu'il n'est pas, en tous cas, bien certain qu'il fût du IX"^ siècle. Si un calendrier semblable eût existé dans ce monastère, dit-il , comment expliquer Tabsence de toute mention relative à la naissance de Charlemagne dans les chroniques qui en proviennent? Comment Éginard, qui travailla d'après elles et les remania, n'a-t-il point profité de la précieuse indication qui s'y trouvait? Il faut donc croire que ce calendrier fut primitivement composé ailleurs, en Belgique peut-être, et qu'on ne l'a transporté que plus lard à Lorsch, d'où il vint ensuite à Paris.

Voilà bien des hypothèses, pour en établir une autre, sur laquelle on ne saurait même asseoir rien de solide. Le plus sûr est de s'en tenir à l'avis de Mabillon, qui a eu le volume entre les mains, et qui était assez bon juge dans ces sortes de matières, comme chacun sait.

De tout ce qui précède, l'auteur conclut que les chroniques belges ont les premières indiqué la naissance de Charlemagne, et que c'est en Belgique, par conséquent, qu'il faut chercher sa patrie. Cette déduction, selon lui, gagne encore en force, quand on prend en considération les chroniques contemporaines qui ont omis ce fait; ni

■sî

(1) \oy. la note placée au bas de la page 9.

les chroniques de la Souabe, de l'Alsace et de la Lorraine, ni celles de Lorsch, dans le voisinage d'ingelheim, ni celles du bas Bhin ou des environs de Paris ne l'ont mentionné. Ce silence témoigne en faveur de nos contrées.

Un dernier argument dont s'est servi l'auteur, et qui a également été invoqué dans la plupart des mémoires présentés à l'appui de la tradition liégeoise, c'est l'affection que Charlemagne eut pour Herstal. De tous les palais où l'empereur a séjourné, Aix et Herstal sont ceux qu'il habitait de préférence : c'est à Herstal qu'on le trouve le plus souvent, avant qu'il eût fait d'Aix-la-Chapelle le siège de son empire, avant que les infirmités de l'âge lui eussent rendu nécessaire l'usage des bains d'eau chaude existants dans cette ville. Ne doit-on point considérer cette prédilection pour Herstal comme une sorte de retour aux lieux qui l'avaient vu naître?

Nous avons rapporté plus longuement que nous ne l'avons fait pour les autres mémoires, les considérations développées dans celui-ci, parce qu'elles ont la plupart le mérite d'être neuves; mais est-il nécessaire que nous en démontrions le peu de solidité? Ce ne sont point les fréquents séjours de Charlemagne à Herstal qu'il faut prouver, pour en tirer la présomption que cet empereur a pu y naître , mais ceux de son père et de sa mère. Or, les diplômes émanés de Pépin ne le montrent qu'une seule fois dans cette localité, en 752, et l'on ne voit pas que la reine Berthe y soit jamais venue; les domaines patrimoniaux des environs de Liège, où l'auteur fait séjourner la femme de Pépin, en 742, n'étaient point échus à ce dernier, dans le partage que fil Charles Martel avant de mourir, ils avaient été compris dans la portion du royaume assignée à Carloman, son frère aîné; le texte de

la chronique riméede Brabanl, qu*il invoque pour établir Texistence de la tradition de Herslal au XI V™^ siècle, n'est pas de Jean de Klerk, mais d'un copiste du siècle suivant, et ce passage interpolé que notre savant et regretté confrère M. Willems a publié dans les notes de son édition des Brabantsche Yeesten n'a pas même le sens qu'on lui attribue : pour l'interpréter comme on l'a fait, il faut l'isoler de ce qui précède et de ce qui suit, modifier la ponctuation de l'éditeur, et admettre une ellipse qui répugne. Quelle valeur historique auraient, en tous cas, deux vers du XV"® siècle dans un débat comme celui-ci? Ils ne pourraient, tout au plus, que reculer de cent ans l'existence de la tradition liégeoise.

Nous croyons avoir répondu suffisamment, dans le cours de notre discussion, aux antres arguments de l'auteur; ajoutons, cependant, pour laisser le moins possible à désirer à cet égard, que le plus ancien codex des annales de Saint-Amand , qui servent de base à son hypothèse , ne remonte pas, comme on pourrait le croire, à l'époque de la naissance de Charlemagne; qu'il est, tout au plus, de la seconde moitié du IX""" siècle, les notes chronologiques qu'il renferme étant de la même main, et le dernier événement qu'elles rapportent, la mort du roi Lothaire, appartenant à l'an 855. Pertz penche même pour le X'"% opinion d'autant mieux fondée que ces notes sont placées en marge d'un document qui est aussi d'une écriture parfaitement uniforme et qui s'étend jusqu'à l'an 9H (1).

(1) C'est ce qu'a bien voulu constater pour nous notre savant ami le baron de Saint-Génois , à qui Ton doit une bonne description de ce précieux codex , conservé aujourd'hui à Gand. V. Catalogue méthodique et raisonné des manuscrits de la bibliothèque de la ville et de l'université de Gand. Gand, 1849-1852, in-S", n» 149, p. 159. - Pertz, Monumenta, t. II, p. 184.

Arnsi tombent toutes les inductions qu'on voudrait en tirer.

Mais ce n'est pas tout ! S'il est une contrée où le souvenir de la naissance de Charlemagne aurait dû se conserver, c'était bien , dans le système de l'auteur , le pays de Liège; et pourtant, on en chercherait vainement la mention dans les annales de ses plus anciens monastères : les cartulaires de toutes ses églises sont également muets sur ce point; enfin, le nécrologe de la cathédrale de Saint-Lambert, conservé aux archives de l'État, à Liège, et où se trouvent inscrites les commémorations de plusieurs grands personnages du VIII"^ et du IX"« siècle, du roi Carloman , entre autres, de Louis le Pieux et de Lothaire, des évêques Agilfrid, Fulchaire, Gherbald, etc., ne renferme pas même le nom du grand empereur des Francs.

En voilà assez, croyons-nous, sur ce point. Passons, sans plus tarder, à l'examen du dernier mémoire qu'a reçu l'Académie à l'appui de la tradition liégeoise.

Dans ce travail, portant pour épigraphe ces mots du savant Alcuin : Magnus apex regum, l'auteur cherche d'abord à établir que Pépin le Bref n'épousa la fille du comte de Laon qu'en 749, ce qui rapprocherait de nous la naissance de Charlemagne; mais les monuments historiques sont contraires à cette opinion; puis cette date ne saurait se concilier avec celle de la mort de l'empereur, en 814, à l'âge de 72 ans; l'auteur est donc forcé d'en revenir à l'année 742. 11 ne croit pas, du reste, à l'ignorance d'Éginard sur ce point; peut-être le confident de Charlemagne a-t-il voulu simplement jeter un voile sur un berceau peu illustre; peut-être le héros est-il le fruit de quelque amour illicite, le fils d'une autre Alpaïde, dont le souvenir n'est

point arrivé jusqu'à nous, car le doule règne aussi, selon lui, touchant le nom de la mère de l'empereur (1).

L'auteur s'attache ensuite à préciser les limites du pays qu'on nommait autrefois Francia, le royaume des Francs. Sous les successeurs de Clovis, la capitale de la Francia est tour à tour à Metz et à Soissons; mais, au commencement du Vin"™^ siècle, lorsqu'une rapide décadence atteignit toute la dynastie de Clovis, la Francia n'est plus que là où le caractère national s'était maintenu dans toute son énergie. A partir des Pépins, la Francia se trouve donc fixée en Austrasie. L'auteur cite, à ce sujet, différents textes tendants à prouver qu'au temps de Charlemagne, le mot Frawda s'appliquait à nos contrées; c'est ainsi qu'on trouve Heristallium in Francia, Herstal au royaume des Francs.

Or, selon Ermold le Noir, écrivain du IX™' siècle, qui nous a laissé un poëme consacré à chanter les louanges de Louis le Débonnaire, Charlemagne est né dans la Francia : Francia megenuit, le royaume des Francs m'a vu naître, lui fait dire cet auteur. Un ancien glossateur des Capitulaires lui donne également la qualification de Franc par la naissance, Francm nativitate. Enfin, l'auteur anonyme des Annales Francorum Tiliani, à l'année 777, après avoir parlé de l'expédition de l'empereur en Saxe, le fait revenir dans sa patrie et célébrer la fête de Noël à Herstal : Rex rêver sus est in patriam, Celebravit natale Domini in Heristallio.

(1) Le diplôme du roi Pépin pour la construction et la dotation de l'abbaye de Prum, publié par Mabillon, au t. II des Jnnales ordinis S. Benedictiy indique nettement Beitrade ou Bertlie comme femme de ce prince :

ego Pippinus et conjux mea Bertrada conjugem nostram Bertra-

dafn Charlemagne, dans plusieurs actes émanés de lui, appelle également Bertrade, sa mère. — V. également les Annales Fuldenses ad ann. 770 et 784.

L'expression patria, selon l'auteur du mémoire, doit avoir ici le même sens que le génitale solum du moine de S'-Gall , et désigne une contrée plus ou moins restreinte, qui ne peut être que celle où habitaient autrefois les Pépins, puisqu'elle comprenait Herstal.

L'épouse de Pépin , quelle qu'elle soit, que son mariage fût légitime ou non, n'a pu résider que dans quelques-uns des palais ou vicipublici de ce prince, situés sur les bords de la Meuse, Liège, Jupille ou Herstal, mais plus probablement dans ce dernier, Jupille étant une résidence abandonnée depuis l'époque d'Alpaïde, et Liège ne pouvant invoquer que des traditions locales douteuses et assez récentes.

Jugeant, sans doute, qu'il n'y a dans tout cela rien de bien concluant, l'auteur passe à l'examen d'une question qui est de la plus haute importance pour l'éclaircissement du point qui nous occupe : la division du royaume des Francs entre Pépin et Carloman, après la mort de Charles Martel : « D'après un historien contemporain, dit-il, sans l'indiquer autrement, Pépin reçut en partage la France, la Bourgogne et la Provence; Carloman obtint les provinces les plus reculées de l' Austrasie , la Souabe et la Thuringe. Le continuateur des Gesta regum se borne à remarquer que Pépin et Carloman se partagèrent l'Austrasie : le premier reçut la partie centrale, où la puissance de sa maison était depuis longtemps affermie, le second, les limites du Rhin , où les races franques étaient sans cesse menacées par d'autres races germaniques, non moins intrépides et plus nombreuses. Pépin régna donc aux bords de la Meuse et Carloman vers le Rhin, cela doit suffire pour déterminer le pays où naquit Charlemagne. »

Si ces faits étaient avérés, on pourrait en tirer un précieux argument en faveur des prétentions de Liège, mais ils sont

inexacts. Nous n'avons trouvé nulle part les divisions que Fauteur indique, ni dans les continuateurs de Frédégaire, qui sont probablement ce qu'il appelle les continuateurs des Gesta regum, ni dans Éginard, ni dans aucun autre monument contemporain. Nous croyons inutile d'insister sur la signification plus ou moins restreinte qu'il faut attacher, suivant l'auteur, au mot patria; et, quant à hFrancia, chacun sait qu'on désignait indistinctement sous ce nom, tout le royaume des Francs, l'Austrasie aussi bien que la Neustrie, la première portant plus particulièrement le nom de France orientale , et la seconde celle de France occidentale (i).

Il ne nous reste plus qu'à parler de la tradition qui fait naître Charlemagne en France.

L'Académie a reçu, à l'appui de cette opinion, un mémoire écrit en latin, se composant d'une quarantaine de pages, dont plus de la moitié sont consacrées à l'examen de l'origine des Pépins. Nous nous abstiendrons de rapporter ce qu'en dit l'auteur : le poëme des Niebelungen, les chroniques de Jacques de Guyse et les autres sources auxquelles il a principalement eu recours pour cette partie de son travail, appartiennent plus au domaine de la fiction et de la fable qu'à celui de la réalité et de l'histoire; aussi n'a-t-il réussi qu'à rendre plus obscure encore une question qui l'est déjà bien assez.

Il règne un peu plus de critique dans les pages relatives à Charlemagne. Après avoir indiqué rapidement les divers systèmes qui le font naître en Allemagne et en Belgique, et les avoir déclarés inadmissibles, l'auteur cherche à prou-

(1) Au IX'"' siècle, le moine de S'-Gall désigne aussi la première sous le nom de France amienne, et la seconde sous celui de France moderne.

ver que le fils de Pépin a dû voir le jour au siège principal du majordomat de son père; il passe en revue quelquesuns des documents émanés des deux derniers maires du palais et de Childéric llï, en assignant, dans rinlérêl de sa thèse, aux actes de ce dernier des dates quils ne sauraient avoir (1), et il en conclut que le siège de leur domination était dans le voisinage de Noyon, de Kiersy et de Saint-Denis; que c'est là, par conséquent, et non dans l'Austrasie, qu'il faut placer le berceau du grand empereur : « Le héros, dit-il , est franco-gaulois ou neustrien par sa naissance; par sa nationalité, il est austrasien ou germain, et descend d'une famille brabanto- liégeoise, issue des anciens rois sicambres!.... »

L'opinion qui fait naître Charlemagne en France, dans le royaume de Neustrie, est, à notre avis, la seule probable, la seule qui s'accorde avec les événements contemporains; mais l'auteur ne l'a point suifisamment établie; il ne touche qu'à une seule des questions qu'elle soulève, et en néglige plusieurs qui sont capitales, notamment celle du partage du royaume des Francs entre les fils de

(1) C'est ainsi que l'auteur, pour démontrer la présence de Childéric III, aux mois de mars et d'avril 742, dans les palais de Kiersy et de Compiègne, et en induire celle de Pépin dans les mêmes lieux , indique comme portant cette date deux diplômes émanés dans la première année de son règne. Or, ces diplômes ont toujours été considérés par les savants comme appartenant à l'année 745. En effet, bien qu'on ignore la date certaine du couronnement de Childéric, il résulte des textes publiés par M. Pardessus, dans les Diplomata j combinés avec les chartes du monastère de Weissembourg, mises au jour pour la première fois à Spire, en 1842, in-4", par le savant Zeuss , et réimprimées à la suite du recueil de M. Pardessus, que ce couronnement a dû avoir lieu entre le 2 janvier et le 2 mars 743. Voy. à ce sujet L. Oelsner, De Pippino rege Francorum quaestiones aliquot. Vratislaviae, (1854?), in-S". Bordier, du Recueil des chartes mérovingiennes , etc. Paris, 1850, in-8".

( 58) Charles Marlel. Il a entrevu ce que nous croyons être la vérité, mais il n'a pas su la faire luire à nos yeux.

Il résulte de la longue discussion à laquelle nous venons de nous livrer, qu'aucun des mémoires adressés à l'Académie ne renferme la solution demandée, et qu'il n'y a pas lieu, par conséquent, de décerner le prix.

Qu'il nous soit permis d'ajouter quelques mois, pour achever d'exposer notre opinion personnelle sur l'objet de ce débat, et tâcher de faire passer dans tous les esprits la conviction qui nous anime.

Reprenons, en le serrant, le récit des événements qui précédèrent la naissance de Charlemagne; c'est le seul moyen d'arriver à connaître la vérité.

Avant Charles Martel, les Carlovingiens séjournent en Austrasie; ils tiennent leur cour à Hersial et à Jupille; c'est là qu'est le siège de leur puissance. Cette situation change à l'avènement du fils d'Alpaïde, et depuis 722 jusqu'en 752, on ne trouve plus un seul de leurs diplômes date de nos contrées. L'autorité des Pépins a grandi- la Neustrie subit à son tour leur domination; ils tiennent sous leur garde, dans les palais des bords de l'Oise et des environs de Paris, ces fantômes de rois qu'ils sont à la veille de détrôner; c'est là qu'on retrouve Charles Martel après ses longues guerres; c'est de là qu'il date le dernier acte que nous avons de lui; c'est à Kiersy, enfin qu'il meurt, le 21 octobre de l'an 741.

Qu'avaient à faire ses fils après sa mort? A prendre aussitôt possession du vaste héritage de leur père. Nous avons dit comment le royaume fut partagé : à Carloman l'Austrasie; à Pépin, la Neusirie. Cela a été contesténous n'hésitons pas à déclarer la preuve du contraire impossible; on possède des documents aulhentioues. démon-

iranl à levidence que depuis la fin de l'an 741 jusqu'à 747, époque à laquelle il embrassa la vie monastique au Moni-Cassin, Carloman gouverna nos contrées : il y a le synode qu'il présida le 21 avril 742, et le concile de Leptines qui se tint l'année suivante; il existe également des chartes émanées de lui en 746 et 747, en faveur des abbayes de Stavelot et de Malmédy (4); il y a aussi celles du monastère de Weissembourg , récemment publiées, et dont plusieurs attestent le majordomat de ce prince en Austrasie, pendant la période indiquée plus haut (2); il y a enfin l'énoncé uniforme de tous les annalistes de l'époque; et, pour confirmer ces nombreuses autorités, le passage de l'évéque Jonas, contemporain de Charlemagne, passage cité plus haut et d'où il ressort qu'en 744, Carloman séjournait dans les palais voisins de Liège (5). Nous croyons donc inutile d'insister davantage là-dessus.

Après avoir été reconnus par les leudes, dans la partie du royaume qui leur était échue, que firent les deux nouveaux princes? Ils eurent à réprimer la tentative de Griffon. Sonnechilde et son fils tombèrent entre leurs mains, et celui-ci l'ut remis à Carloman, qui l'enferma dans l'un de ses châteaux de l'Austrasie, désigné par les chroniqueurs

(1) \oy. ces Charles dans les Diplomata , charlae, epistolae , leges , etc.. collecta a Brequigny el la Porte du Theil, édit. de Pardessus, t. II.

(2) Tradiliones possessionesque Wizenhurgenses , éd. Zeuss. Spirae. 1842, in -4".

(3) Voy. p. 23, en noie. La troisième année du règne de Carloman {744j. on découvrit le corps de saint Hubert à Téglise de Saint -Pierre, à Liège, dans un parfait état de conservation. De là, grand émoi parmi le peuple; le même jour, le bruit s'en répandit partout, dans les environs, et arriva jusqu'au palais. A celle nouvelle, dit le chroniqueur, Carloman vint avec sa femme et tous les grands de sa cour contempler et vénérer les restes du saint évêque.

SOUS le nom de Neufchâteau, près de TArdenne (Novunï Castellum juxla ArduennamJ.

Les historiens diffèrent entre eux sur l'emplacement de celte localité : Pertz, d'accord avec le plus grand nombre, penche pour la ville qui porte encore aujourd'hui ce nom dans la province de Luxembourg; Auberi le Mire y voit Aix-la-Chapelle, et le savant curé d'Afden, Chèvremont (I). Nous n'avons point à entrer dans cette discussion; ce qui importe à notre système, c'est que Neufchâteau fit partie de TAustrasie; or, les diverses localités dont nous venons de parler y étaient toutes comprises. Carloman emmena donc Griffon, et revint avec lui dans son royaume.

Les chroniqueurs sont muets à l'égard de Pépin ! Mais ici se place un fait considérable, auquel on n'a jamais pris garde, et qui mérite pourtant la plus sérieuse attention. Griffon n'est pas seul tombé au pouvoir de ses ennemis; Sonnechilde, l'auteur de la guerre, est également prisonnière. Que devient-elle? L'annaliste de Metz répond à cette question : on l'enferme au monastère de Chelles!... (2). Chelles! dans les environs de Paris.... Chelles! voisin des palais royaux des bords de l'Oise.... Chelles! où Pépin, veillant sur cette femme ambitieuse, comme faisait Carloman sur Griffon, l'aura probablement conduite lui-même, à son retour de Laon , en allant rejoindre la reine Berthe, qui était à la veille d'être mère.

D'autres circonstances, d'ailleurs, nécessitaient impé-

sf.-

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SI

Ai-

(1) Peptz , t. I des Monumenta, p. 134, en note. — Wiraeus, Opéra diplomatica , t. I, p. 496, en note. — Ernst, Histoire du Limbourg , 1. 1 , p. oo4.

(2) Sonihildi vero Calam monasterium dcdcrunt. Annales raettenscs, ad annum 741 , apud Pertz, t. I, p. 327.

rieusement alors la présence de Pépin dans ses États : les préparatifs d'une nouvelle guerre et les précautions à prendre envers un autre prisonnier, Childeric lïï, le dernier mérovingien, qu'il devait bientôt remplacer sur le trône, et qu'il eût été dangereux d'abandonner aux suggestions des mécontents. Aussi lit-on dans Éginard, que les deux frères n'entreprirent l'expédition d'Aquitaine qu'après avoir tout disposé pour que le royaume fut en paix pendant leur absence (1).

En admettant même qu'après la révolte de Griffon un événement extraordinaire eût appelé Pépin en Allemagne, sur les bords du Rhin, ou près de Carloman, dans nos contrées, n'en aurait-il pas été fait mention quelque part, et le profond silence que gardent les historiens à ce sujet , ne doit-il pas être envisagé comme une preuve de sa présence en Neustrie, au moment où naquit Charlemagne?

Enfin, si l'absence de Pépin, à cette époque, pouvait être constatée, ne faudrait-il pas encore admettre que, dans l'état où elle se trouvait alors, la reine Berthe eût été dans l'impossibilité de suivre son époux?

A ces arguments, dont on ne saurait contester la valeur, qu'opposent les partisans de la tradition liégeoise? Ils invoquent les fréquents séjours de Pépin sur les bords de la Meuse. Mais les monuments historiques, avons-nous dit, démentent formellement cette assertion. Qu'on ouvre les chartes émanées de Pépin , une seule est datée de Herstal, le 25 avril 752, c'est-à-dire à une époque où, par l'abdication de Carloman, l'Austrasie était, depuis plusieurs années déjà, passée sous la domination de ce prince; au moment même où il venait d'être proclamé roi. Tous

(1) .... Ul in externa profecti, domi omnia tuta dimitterent... etc. Einhai'di Annales , ad annum 741.

mm

ses autres diplômes, à part celui du 26 août 753, donné à Aix, au relourde l'expédition de Bavière, sont datés des villes et des palais des bords de TOise : c'est Vermeries, c'est Soissons, c'est Atiigny, c'est Verneuil, c'est Vern, entre Paris et Compiègne, c'est Compiègne lui-même, c'est Chantilly, c'esl Saint-Denis. Enfin , c'est également de Compiègne et de Kiersy que le simulacre royal, Childeric ni, gardé à vue par Pépin, en attendant qu'il le fasse raser et enfermer dans un monastère, date, en 745, les premiers actes publics qui paraissent sous son nom (1).

Si l'on consulte ensuite les annalistes contemporains, qu'y voit-on ? Pépin revenant sans cesse, après ses guerres, dans cette partie de la France qui fut bien réellement le siège de son empire, et célébrant presque toujours les fêtes de Noël et de Pâques à Kiersy, où son père était mort. Lui-même, enfin, mourut à Paris et fut enterré à S^-Denis (2).

C'est là, dans le territoire qu'on nomma plus tard Vile de France, qu'est né Charlemagne; c'est là que la France elle-même, par la voix de ses plus vieux trouvères, a placé son berceau ; c'est la plus ancienne de toutes les traditions (5). El, comme pour l'affirmer, c'est là aussi qu'ap-

(1) \oy. pour l'é|)oque antérieure à ravénement de Pépin, les Diplomata, chartae, etc., de Brequigny et la Porte du Theil, édit. de Pardessus, l. II, et pour Pépoque de la royaulé de Pépin : Bohmer, Hegesta chromlogicodiplomatica Karolorum. Francfort, 1833, in-4^

(2) Voy. les Annales d'Éginard , passim et ad annum 768.

(3) W n'y a point, à la vérité, de texte formel à cet égard dans les anciennes chansons de geste de la France, mais cela ressort évidemment, selon M. Paulin Paris, de l'ensemble de ces compositions romanesques, dont la plupart remontent au XII'"'' siècle. Notre vieux Jean d'Outre-Meuse, qui n'a fait bien souvent que les copier , place également à Paris le berceau de Charlemagne : « De cheis trois enfans, dit -il, ly uns, Charle, li fis le petit Pépin, en fut neis à Paris c (Chronique en prose.)

paraît pour la première fois à nos yeux le héros, en 754, âgé de douze ans, lors des cérémonies qui eurent lieu pour la translation des restes de saint Germain des Prés (1).

Mais là n'est point sa seule patrie. Ce fut sur le vieux sol éburon que se formèrent ces générations de grands hommes qui fondèrent, en France, une dynastie nouvelle et préparèrent les destinées de leur immortel descendant : Pépin de Landen , Pépin de Herstal, Charles Martel, Pépin le Bref! Quels noms à inscrire aux premières pages de nos annales! Joignons y celui qui les surpasse tous: Charlemagne !.... Si le hasard l'a fait naître sur les bords de l'Oise ou de la Seine, le vieux domaine de ses ancêtres, le foyer de ses pères était aux rives de la Meuse ! Charles Martel l'avait abandonné; son petit-fils y revint

Que Liège honore éternellement sa mémoire !

(1) Vita S. Germant, episcopi Parisiensis , a monacho praiensi anonymo scripta, Caroli 3Iaf/ni principatu, apud Mabillon, yfcta Sanctorum ordinis S. Benedicti; Vcnetiis, 1734, t. II, p. 88.

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