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Où sommes-nous?

En cette nuit froide de décembre, alors que la Lune, répandant une dernière lueur sur le paysage endormi, effleurait l'horizon de son large croissant aux tons cuivrés, je suis monté à l'Observatoire et j'ai dirigé m.on télescope sur la planète Mars.

Semblable à un rubis étincelant, elle irône dans le ciel, non loin de Saturne aux anneaux dorés.

il y a quelques mois à peine, elle était près de nous, et maintenant, la voici qui s'enfonce lentement dans les profondeurs célestes.

Mystérieux îlot perdu au sein de l'immensité, n'es-tu pas comme une énigme sans cesse renaissante offerte à notre science aux abois ?

Pendant des semaines, tu as présenté aux astronomes terriens tes configurations bizarres, tes couleurs variées: tous les Observatoires ont tourné vers toi leurs instruments : appareils photographiques, modestes lunettes, télescopes géants; pendant plusieurs mois, nous avons essayé de surprendre tes secrets, et de nouveau, sans daigner nous satisfaire, tu continues ta course sur le chemin que te montre Celui qui dicte aux soleils des règles inexorables,

L'œil à l'oculaire, pendant cette nuit

glaciale de décembre, j'ai poursuivi mes. dernières recherches, j'ai contemplé des heures durant cette terre du ciel; j'ai dessiné ses pôles glacés, j'ai fixé ses teintes nuancées à l'infini : bleus pâles de l'azur, verts tendres des prairies, bleus verdâtres des épaisses forêts, blancheurs de neige fraîchement tombée, jaunes orangés avec des pointes de bistre comme sur les cuivres anciens, couleurs atténuées des vieilles étoffes, j*ai tout noté et je n'ai pas encore compris.

Un à un, chaque détail est venu s'ajouter à ceux que j'avais aperçus les jours précédents. Bientôt je dresserai une carte martienne; un globe immaculé est là, sur ma table, attendant son emploi. Sur cette blanche sphère de stuc, j'alignerai ce que l'on est convenu d'appeler tes canaux, je distribuerai tes mers et tes oasis, je délimiterai tes continents ocreux, et, l'œil rêveur devant ces configurations, j'essayerai de pénétrer davantage le mystère qiie le ciel pose depuis des siècles à Tesprit humain.

Étoile sanglante des nuits de la Chaldée^ je t'ai contemplée autrefois dans les déserts de l'Afrique; plus rouge qu'Aldébaran^ l'œil du Taureau, tu regardais passer les caravanes s'en fonçant dans les steppes brûlés. Et maintenant te voilà rapprochée par mes instruments puissants; comme

en un défi voulu lu l'offres à moi dans toule ta splendeur, et je ne comprends pas encore.

Ici nous sommes plongés dans la nuit, tandis que chez toi, sur l'hémisphère tourné vers "nous, il fait grand jour; seul un mince et obscur segment limite ton disque échancré : laisse mon esprit s'en-

riot et la Polaire, le Dragon déroulait ses anneaux; dans la blanche Voie lactée, la brillante Cassiopée étalait ses étoiles clignotantes.

En moins d'une minute, il m'a semblé franchir des millions de kilomètres, et cependant le ciel, celui que je connais et qui m'est bien familier, se dessine à mes

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