CHAPITRE VIII
LA VOIE LACTEE
A TOUTES les époques de la civilisation le spectacle du ciel a provoqué les méditations des hommes, et pour enfantines que furent parfois les conceptions des âges anciens, toutes cependant témoignent d'un insatiable désir de savoir.
Observons la voûte céleste pendant une belle nuit d'hiver, nous serons immédiatement frappés par la présence d'un immense nuage blanchâtre formant au-dessus de nos têtes comme une sorte d'arche gigantesque; c'est la Voie lactée.
Pour expliquer cette étrange apparence, la Mythologie avait imaginé un ruisseau de lait s'échappantdu sein de Junon allaitant Hercule; de là le nom de Voie lactée.
Plus tard, les légendes du moyen âge en firent une route conduisant au ciel. Cette dernière appellation prévaut encore aujourd'hui, et la Voie lactée est surtout connue dans nos campagnes sous le nom de Chetnin de Saint-Jacques.
L'invention du télescope fit évanouir ces rêves poétiques, et la réalité, comme toujours, fut plus belle que les songes des peuples enfants.
Si la Terre était transparente, ou si nous étions isolés dans l'espace, nous pourrions constater que ce voile lumineux entoure la sphère céleste et la divise comme une sorte d'équateur en deux parties approximativement égales.
Cette ceinture est même plus irrégulière qu'elle ne paraît dès l'abord. Tantôt elle se resserre au point de n'avoir que quelques degrés d'épaisseur, six à huit fois le dia- * mètre apparent de la Lune, tantôt elle s'étale sur une étendue beaucoup plus large.
Au début de l'automne, elle s'élance du Nord-Ouest, traverse Cassiopée, s'élève presque au zénith au-dessus du Sagittaire et disparaît sous l'horizon vers le Sud.
Cette moitié de la Voie lactée est remarquable par sa structure étrange et complexe.
Examinons-la très attentivement.
Dès que notre œil sera habitué à l'obscurité, nous distinguerons non plus un ruban nébuleux, mais de véritables nuages brillants amoncelés bout à bout, avec, parfois, des intervalles sombres comme dans Céphée.
Dans la constellation du Cygne, non loin de Deneb, elle offre une vériti.ble bifurcation. La branche occidentale paraît former le plus fort courant entre le Cygna et l'Aigle. Puis les deux traînées deviennent égales en intensité, et tandis que l'une v* se terminer dans Ophiucus, l'autre se rétrécit peu à peu et se poursuit vers le Sud.
Nous retrouvons la même division en deux branches un peu plus bas vers le Scorpion qui, dans nos régions, n'atteint jamais une grande hauteur.
La voie lactée boréale.
(D'après C. Easton).
Pour apercevoir la seconde moitié de la Voie lactée, il faut nous rapprocher de réquateur terrestre. Nous constatons alors que cette ceinture perd son éclat au Sud du Scorpion et du Sagittaire; mais elle s'élargit en se répandant à travers la Règle et l'Autel, et se rétrécit de nouveau pour former une grande tache lumineuse vers le Centaure et dans la Croix du Sud.
C'est en cet endroit que se trouve le fameux « Sac à charbon », sorte d'ouverture sombre en forme de poire située au centre même du courant.
Après un singulier rétrécissement, elle s'épanouit de nouveau très largement, et émet quatre tentacules bien marquées, s'ouvrant en éventail.
Dans le Navire se manifeste une sorte d'interruption. Puis la Voie lactée reprend avec une largeur exceptionnelle, passe tntre Sirius et Procyon, entre Orion et les Gémeaux, pour rejoindre dans l'hémisphère boréal la branche du Cygne, par le Cocher, Persée et Céphée.
Quelle est donc la nature de cette traînée lumineuse dont la structure est si compli quée ?
Si nous dirigeons un télescope dans des légions brillantes de la Voie lactée, nous constatons aussitôt que le champ de l'ocu iaire est pour ainsi dire criblé d'étoiles
Une plaque photographique adaptée à une lunette et suivant le mouvement du citl enregistre dans un tout petit espace un nombre fantastique de soleils lointains.
La Voie lactée est donc formée d'une quantité innombrable d'étoiles trop faibles et trop voisines en apparence pour être distinguées séparément à l'œil nu. C'est la distribution irrégulière de ces étoiles qui nous donne l'aspect varié de ce ruban phosphorescent dont la lumière augmente ou diminue d'éclat.
Cette explication n'est d'ailleurs pas nouvelle. Le philosophe grec Démocrite, trois cents ans avant notre ère, déclarait déjà que la Voie lactée n'était qu'une agglomération d'étoiles trop éloignées pour être visibles à l'œil nu. Mais il fallait attendre l'invention des lunettes pour faire 'a preuve d'une aussi étrange assertion.
Le premier, Galilée, vers 1610, constata le fait'sans pouvoir en tirer d'autres conséquences.
En lySo, Thomas Wright va un peu plus avant et il s'imagine que la plupart des étoiles sont distribuées à l'intérieur d'un disque plat, sorte de gâteau mince dont nous occupons presque le centre.
Ainsi s'expliqueraient les apparences qui nous sont familières. Si le ciel entier ne nous paraît pas d'égale densité stellaire,