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PEINTURE DÉCORATIVE, MARRRERÏE, ORNEMENTATIONS DIVERSES

§ 1. — Peinture décorative.

L’exposition du Palais est pauvre d’œuvres de ce genre. Cependant Paris possède d’habiles décorateurs; mais leurs travaux font partie des palais, des hôtels, qui surgissent aujourd’hui dans notre capitale. L’absence de cet art, que les grands maîtres ont illustré de leur talent, est regrettable. Nous le considérons comme la clé de voûte des arts et des industries décoratives, et il était désirable que l’on pût l’apprécier dans ses rapports avec les industries qui en sont le dévéloppement naturel.

Malgré cette absence, nous pouvons affirmer que cette branche de la classe 15 a fait de véritables progrès. Nous sommes loin toutefois des œuvres achevées de la renaissance française et italienne , de l’ampleur des décorations de Louis XIV, des ingénieuses et brillantes originalités des peintres de la Régence et de Louis XV, et des œuvres délicates

vies décorateurs de Louis XVI. Mais, relativement aux froides productions de la première partie de ce siècle, il s’est fait d’heureux et incontestables efforts; et de magnifiques restaurations exécutées sous la direction d’habiles architectes ont servi à l’enseignement de nos artistes; des études sérieuses se sont produites , et l’art décoratif en a reçu une vigoureuse impulsion.

Parmi les étrangers , le professeur Cipolata a, d’une main habile, décoré les arcades de la section italienne d’arabesques empruntées aux loges du Vatican. Les peintures du temple égyptien, exécutées par des artistes français, peuvent être louées comme une imitation fidèle et intéressante des décorations du grand art de l’Egypte. Un pavillon, dû à M. Georges Diéterle, jeune architecte français, édifié pour exposer des cachemires de flnde, a été. remarqué par d’habiles emprunts judicieusement inspirés des habitations indiennes. Le kiosque du vice-roi d’Égypte, le palais tunisien, ont charmé les artistes et les gens du monde; mais leur mérite consiste moins dans les détails intérieurs que dans les dispositions sveltes et gracieuses de cette architecture orientale, qui exprime si parfaitement le climat et les mœurs de ses habitants. Nous terminerons par la maison dite ottomane, qui relève complètement de l’art persan : c’est l’œuvre la plus parfaite que nous offre cette section. Les admirables règles qui gouvernent l’art oriental y trouvent leur démonstration achevée, et nous féli^ citons sincèrement l’auteur de ce remarquable travail , M. Parvillé, artiste français.

$ 2. — Marbrerie et pierres dures.

L’exposition la plus importante de cette partie de l’ameublement est certainement celle que nous offre M. Viot, exposant français. Des torchères, des vases, des coupes de dimenr sions considérables, en marbres variés, et surtout l'heureux emploi des onyx de l’Algérie alliés aux métaux, fournissent

des richesses décoratives habilement développées par le crayon de M. Cornu, et le beau talent du statuaire Carrier Belleuse. M. Beurdeley exposait des produits peu nombreux, mais d’une beauté de matière exceptionnelle. De belles pièces en porphyre, ornées de riches montures en bronze doré, des coupes, des vases en cristal de roche, en jaspe, montés sur or émaillé avec beaucoup d’art par M. Duron, distinguent spécialement cette exposition. MM. Parfonry et Lemaire ont mérité la même distinction, en exposant une excellente cheminée en marbre rouge et blanc, d’une bonne et sérieuse composition architecturale, et d’une sculpture où le ciseau se montre exercé et brillant. Nous citerons encore, avec ces œuvres remarquables, un autel en marbre blanc décoré de mosaïques eu verre, par M. Baud et Penel, les carrelages en stuc de M. Crapoix, et les marbres de Bagnères-de-Bigorre comme étant les produits d’une exploitation considérable.

En Belgique, l’exploitation et le travail des marbres constituent une industrie nationale d’une importance commerciale très-grande Les colorations des marbres belges sont vigoureuses et riches de ton. Les vieux édifices civils et religieux de ce pays montrent le bel emploi que les artistes flamands en ont su tirer. La plupart des produits de l’exposition belge n’ont pas le même avantage ; les formes en sont lourdes et d’un goût médiocre ; nous devons en excepter quelques cheminées de MM. Melot, Louvencourt et Leclercq.

Dans la section anglaise, MM. Wedgood ont exposé une œuvre de ce genre, en belle matière d’albâtre, décorée de plaques de biscuit de porcelaine; le goût fin et sévère, qui à dirigé ce travail, fait honneur à cette célèbre et ancienne maison. Nous avons encore remarqué, comme une qualité précieuse, quoique secondaire, le brillant poli donné au granit par MM. Macdonald et Field d’Aberdeen. Ce résultat difficile est apprécié en Angleterre, où cette dure matière est très-employée dans les constructions civiles.

La Bussie nous présente des pierres dures d^itne grande

beauté, telles que la malachite , la rhodonite , les jaspes, ; dans divers compartiments parfaitement travaillés.

§ 3. — Mosaïques,

L’établissement impérial de Peterhof a exposé une mosaïque d’une grande dimension, qui est le joyau de la section russe. Le modèle de cette œuvre justement remarquée est du professeur Neef; ce peintre distingué a donné aux personnages de sa compositiondes attitudes et des expressions sincèrement religieuses. Les habiles mosaïstes qui ont exécuté ce modèle, sontMM. Bourakin, MouraviewetGogofonow. Ces artistes, pour la perfection du travail, sont les seuls rivaux, que l’Exposition nous révèle, des célèbres copistes des manufactures impériales de tapisserie des Gobelins et de Beauvais. A ces louanges données avec unanimité, nous ferons une seule réserve qui s’adresse à l’éminent auteur du modèle : dans les mosaïques, ainsi que dans les peintures sur verre, les maîtres de ces arts évitaient les grandes parties d’ombre et de clair-obscur, comme altérant la beauté du coloris et le caractère séraphique si convenables aux décorations des églises.

En Italie, M. Salviati, de Venise, intéresse par une collection complète de mosaïques offrant des types très-variés et d’autres objets remarquables que nous n’avons pas à juger. M. Salviati est un heureux chercheur des industries d’art qui ont illustré sa patrie. Ses imitations de Monreale, Saint-Marc et Sainte-Sophie, sont très-recommandables ; le travail en est large, hardi et décoratif. Il nous semble que cet art remplacerait avec avantage les essais de fresque appliqués sans succès à l’extérieur de quelques-uns de nos édifices.

§ 4. — Ameublement religieux.

L’art religieux, ou plutôt l’ameublement ecclésiastique, nous a offert peu d’œuvres sérieuses à examiner, et cette branche, dans la section française, ne paraît traitée, sauf quelques ex-

•ceptions, que par des artistes secondaires (nous ne parlons ni des vitraux, ni de l’orfèvrerie qui sont admirablement représentés, mais qui ne ressortissent pas de nos classes): nous regrettons cette insuffisance. Les églises ne devraient être décorées, ameublées, que par l’art le plus pur, le plus élevé ; mieux vaudrait la plus grande simplicité que ces moulages coloriés, si vulgaires, si fâcheux pour la dignité du culte, et qui ne sont que les produits d’une industrie purement commerciale. Nous l’avons dit, quelques exceptions, malheureusement rares, doivent être faites à ce sévère jugement : ainsi en faveur de l’autel déjà cité de MM. Baud et Penel, d’un autre en pierre de M. Bonnet père, et des terres cuites de Mme \Tve Debay.

En Angleterre, les constructions religieuses, par les éléments que nous avons pu examiner, semblent être le sujet d’une étude suivie avec passion; mais les meubles, les ornements pour le service ecclésiastique, que nous a fait voir l’exposition anglaise, sont d’un intérêt médiocre. Dans les sections belge et hollandaise, cet art se maintient sans progrès sur les Expositions précédentes : MM. Goyers de Louvain, et Kuypers d’Amsterdam, nous semblent les représentants les plus recommandables d’un art si digne du talent des meilleurs artistes.

• § 5. — Carton-pierre.

L’emploi du carton-pierre, dans la décoration intérieure des palais et maisons, s’est beaucoup développé, et cette fabrication compte de nombreux représentants à l’Exposition. M. Delapierre nous a donné le meilleur spécimen de cette industrie dans une paroi de salon. La disposition en est simple etélégante; les profils des moulures sont étudiés avec soin, rorneinenlation, ample et sagement est contenue dans ses limites ; l’aspect général offre de la grandeur, et l’exécution est excellente. Nous mentionnerons aussi les expositions de MM. Huber, Hardoin, Rosetti et Baillif, et Jackson, de Londres, qui soutiennent dignement la réputation de leurs maisons.

§ (>. — Miroiterie.

Les exposants français paraissent les maîtres de cette industrie par la richesse et la variété de leurs produits, rappelant tous les travaux des anciennes miroiteries française et italienne. M. Alexandre, par des glaces habilement encadrées de bronze, de verre taillé, et surtout par son cadre en vieil argent qui est une œuvre d’art, nous a semblé occuper le premier rang. M. Chamouillet est encore un fabricant digne d’être remarqué; son exposition justifie bien Ja réputation de son ancienne et honorable maison. Parmi les étrangers, M. Polhmann, de Belgique, mérite une mention exceptionnelle, pour une console surmontée d’un grand cadre d’un style un peu lourd, mais d’un grand effet.

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