I.C héros les saisit ; cl ces douces paroles
Sont pour lui le signal de la fin di; leurs maux.
Rempli du dieu par qui sont inspirés ces mots,
« Salut, s'écria-t-il, terre long-lemps promise!
Salut, dieu des Troyens! plus d'une t'ois Anehise
( J'en avois jusqu'ici perdu le souvenir )
M'annonça comme un bien ce malheur à venir.
Mon fils, me disoit-il, si la faim indomptable
Un jour en aliment te fait changer ta table ,
Dans ce même moment et dans ces mêmes lieux
De ton premier abri fais hommage à les dieux :
Là de ton sort cruel finira la détresse.
Ainsi parloit Anehise; il me tient sa promesse.
Oui, je les trouve enfin ces lieux hospitaliers :
Voilà notre patrie , et voilà nos foyers !
Vous donc, dés que le jour vous rendra la lumière.
Courez de ce pays visiter la frontière;
Que sur des ponits divers nos compagnons épars
Reeoiuioissent ses mirurs, ses peuples, ses remparts.
Maintenant invoquons le souverain du monde;
Qu'imploré par nos vœux, Anehise nous réponde,
Et que liacchus pour nous prodigue sa liqueur. »
Il dit, et l'alégresse a ranimé leur cœur. Lui, le front couronné d'une feuille légère, Adore de ces lieux le pouvoir lutélaire, La Terre, qui naquit avant les autres dieux , Les fleuves , les forêts , inronnus à ses yeux ; Et la Nuit ténébreuse, et ses flambeaux nocturnes, Qui déjà commençoient leurs courses taciturnes ; Jupiter honoré sur les monts idécns, Cjljèle à jamais chère aux peuples phrygiens. Qui, tous deux protecteurs de la grandeur troyenne , Un jour protégeront la puissance romahie; Et ceux dont il naquit, couple auguste, immortel, Anehise dans l'Érèbc , et Vénus dans le ciel.
Ncc plura adludens. Ea vox audita lalioruua Prima tulit fiiicm , primamqiie loquentis ab ore Eripuit pater, ac stupefactus numinc prcssit.
"20 Continuo : « Salve, fatis mibi débita telliis; Vosqiie, ait, o fidi Troja;, salvcte, Penates. Hic domus, ha-c jiatiia est. Genitor mihi talia, namquc Nunc repeto, Ancbises fatorum arcana reliquit : Ounm te, nalc, fames ignota adiitora vectum Adcisis coget dapibus consumcre naensas, Turn sperare doinos defessus , ibique memento Prima locare manu molirique aggere tecta. Hwc crat illa fames; haec nos suprcma manebat, Exiliis positura raodum.
i3o Quare agite , et primo K-eti cura lumine solis
Qux loea, quive habcant homines, ubi mœnia genlis, Vestlgemus, et a portu divcrsa petaraus. INiinc paieras libale Jovi , precibusquc vocale Ancbisen genilorcra, et vina repouite mensis. »
Sic deinde effatus frondenli Icmpora raino hnplicat, et Geniumque loci, primamque dcorum Tellureai , Nympbasque , et adhuc ignota prccalur l'iumioa : turn ISoctem, Noctisque oricntia signa, Idxuniquc Jovem, Phrygiamque ex ordinc malrcm
•4° Invocat, et dupliecs Cœloque Ercboque parentes.
Conune il parloit encor, d'un coup de son tonnerre Le roi des dieux s'annonce , et lui-même à la teiTe Il montre et fait briller dans l'éclat d'un ciel pur Un nuage éclalanl d'or, de pourpre et d'azur. Aussitôt dans les rangs des fiers enfants de Troie H se répand ini bruit qui les remplit de joie : Le jour est donc venu de bâtir leurs remparts ! L'espérance au front gai brille de toutes paris ; Par-tout nouveaux festins et nouvelles offrandes, El la coupe à pleins bords s'entoure de guirlandes.
A peine dans les eieux l'aurore de retour Reprenoit ses flambeaux et ralhimoit le jour, On part, on se répand sur ces nouvelles plages; On reconnoît les lieux, le fleuve, les rivages; Là, c'est le Numicus et les champs laurenlins; Voilà le Tibre ; ici sont les murs des Latins, Des Latins distingués par leur fierté guerrière. Alors, pris dans les rangs de son armée entière, Cent députés troyens, dont Éuée a fail choix. Ont ordre de marcher vers la ville des rois. Chargés de riches dons, l'olivier pour couronne, Ils volent acconqilir ce que leur chef ordonne. Énée alors prélude à ses remparts nouveaux ; Lui-même à ses Troyens en prescrit les travaux : Un sillon, où le soc a laissé son empreinte, De la cité future a désigné l'enceinte ; De remparts de gazon les murs sont entourés ; Sous la forme d'un camp ils croissent par degrés.
La troupe arrive enfin, cl de la capitale Déjà s'offre à leurs yeux la pompe impériale; Ils approchent des murs. Là de jeunes guerriers Guident des chars poudreux, domptent de fiers coursiers, La lance ou l'are en main signalent leur adresse , Et disputent d'ardeur, d'audace, et de vitesse. L'un d'eux, aiguillonnant m\ coursier généreux, Vers son auguste roi vole , arrive avant eux ;
Hic pater omnipotcns ter cœlo clarus ab alto Intonuit, radiisque ardcntem lucis et auro Ipse manu quatiens ostcndit ab athere nubem. Diditur hic subito Trojana per agmina rumor, Advenisse diera, quo débita mœnia coudant. Certatim instaurant epulas, atque omine magno Crateras hcti statuunt , et vina coronanl.
Postera quum prima luslrabat lampade terras Orta dies, urbem, et fines, et lilora gentis
i5o Divers! explorant : ha;c fontis stagna Numici,
Hune Tbybrim fluvium, hic fortes babitare Latiao.^. Tum satus Anchisa delcctos ordine ab orani Centum oratorcs augusta ad mœnia regis Ire jubet, ramis vclatos Palladis omnes; Donaque ferre viro, pacemque exposcere Teucris. Haud mora; fcstinant jussi, rapidisque ferunlur Passibiis. Ipso humili désignât mœnia fossa, Molilurque locum ; primasque iu lilorc sedcs , Ciistrorum in morem, pinnis atque aggere cingit.
iCo Jamquc iter emensi , turrcs ac tecta Latinorum Ardua cernebant juvcnes , muroquc subibant. Ante urbem pueri cl primsevo flore juvcutus Excrcenlur equis, domitanlqne in pulvere currus, Aut acres tcnà.:.;t arcus, aut lenta lacertis