LIVRE VII
Comme lui , brave chef d'une brillanle élite , Marche aussi Virbius, iligiie fils d'IIijipolyle, Que des bois d'Egéric , cl de ce riche autel Où, rol)jcl assidu d'un culte solennel, La soeur du dieu du jour , pour prix de leurs offrandes , De ses adorateurs exauce les demandes , Aricie envoya dans les champs de riionneur. Victime, nous dit-on, d'un discours suborneur, Hippolyte périt en proie à la colère D'une injuste marâtre et d'un crédule père ; Et, minisires fougueux de leurs cruels Iraiisporls, Ses chevaux effrénés déchirèrent son corps. En faveur de Diane et des pleurs d'Aricie, L'art puissant de Péou le rendit à la vie. Jupiter , indigné que cet art criminel Osât aux lois du sort arracher un mortel , En plongea l'inventeur dans ce même Oocyte Dont le fils d'Apollon affranchit Hippolyte ; Mais Diane cacha l'objet de tant de pleurs Dans les plus noirs abris de ses bois protecteurs, Et la nymphe Egérie en fut dépositaire. C'est là que, loin du monde, inconnu, solitaire , Le héros coule en paix ses jours mystérieux ; Mais , pour tromper l'oreille aussi bien que les yeux , Appelé Yirbius par la belle Égérie, Il prit un autre nom avec une autre vie. Les coursiers cependant sont bannis de ces bois : Diane se souvient qu'un dragon, autrefois, Excita leur frayeur à déchirer leur maître. Nourri comme son père en ce réduit champêtre. Le nouvel Hippolyte y vécut sans témoins : Mal instruit par l'exemple, il n'en aime pas moins Ces fougueux animaux; et, désireux de gloire, Son char rase les champs et vole à la victoire.
Turnus, plus beau, plus fier, et plus impétueux. Lève au-dessus d'eux tous un front majestueux : A l'effroi qu'il répand son casque ajoute encore. Tel que l'Etna lançant le feu qui le dévore,
Ibat et F!ip]>olyti proies ptilchen-ima bello Virbius, insignem qucin mater Aricia niisit, Eductum Egeriae lucis, humcntia circuin Litora, pingiiis ubi et placabilis ara Dianse. Namque lenint fama Hippolytum, postquam arte novcicrr Occident, patriasque cxplerit sanguine pœnas Turbatis distractus equis, ad sidéra rursus Liberia et superas cœli venissc sub auras , Pœoniis revocatum herbis et amore Dian».
7'" Turn pater oninipotens, aliqucin indignatus ab umbris Mortalera infcrnis ad lumina surgcre vitœ , "Ipse rcpertoicra medicine talis et artis Fulmine l'hœbigenam Stygias dctrusit ad undas. At Trivia Hippolytum sccretis aima recondit Sedibus , et nymphae Egeriae nemorique relegat; Solus ubi in silvis Italis ignobiiis aevum Exigeret, versoque ubi nomine Virbius csset. L'nde etiara Triviae teiuplo lucisque sacratis Cornipcdcs aroentur cqui, quod litore currum
78" Et juvencm monstris pavidi efl'adere roarinis. Filius ardentes baud sccius a^quore campi Excrccbat tquos, curruque in bclla rucbat.
Sur son cimier, où flotte un panache à trois ran^s,
La Chimère vomit ses tourbillons brûlants ;
El, plus dans le combat s'échauffe le carnage,
Plus s'nritent du monstre et les feux et la rage.
Sur l'orbe éblouissant de son bouclier d'or
L'art présente un tableau plus magnifique encor :
C'est la trop belle lo transformée en génisse ;
Ses poils, son front croissant commencent son supplice.
Du courroux de Junon rigoureux instrument ,
Argus de ses cent yeux la veille incessamment ;
Inachus l'aperçoit, et d'un air taciturne
Ce père joint ses pleurs aux ondes de son urne.
Turnus avec orgueil voit l'auteur de son sang ;
Impatient, il part, vole de rang en l'ang.
Des plaines, des vallons, du sonnnet des montagnes Ses alliés en foule inondent les campagnes ; Les fils de Serranus , les vieux Sicanieus , Les Auronces fougueux , les jeunes Argiens , El les Sacraniens dévoués à Cybèle; Le Labique peignant son armure fidèle ; Ceux qui du Numicus peuplent les bords sacrés , Ceux par qui de Circé les monts sont lal^ourés ; Et les tribus d'Anxur, où se montre à la terre Sous les traits d'un enfant le maître du tonnerre ; Et les bergers voisins du fleuve dont les eaux De la superbe Rome abreuvent les troupeaux ; Et le Ilutule actif, dont le soc se promène Sur les coteaux ingrats qui forment son domaine ; Ceux qui de Satura bordent les noirs marais, Ceux à qui Féronie en ses vertes forêts Offre l'abri sacré de leurs riants ombrages ; Enfin les habitants de ces frais paysages Où des humbles vallons l'Ufens suit les détours, Et dans les vastes mers va terminer son coiu's.
Des Volsques après eux marchoit la reine altière, L'intrépide Camille : une troupe guerrière , Dont les fiers escadrons aux rayons du soleil De leurs armes d'airain font briller l'appareil ,
Ipse inter primes prœstauti corpore Turnus Vertitur arma tenens, et toto vcrtice supra est. Gui triplici crinita jiiba galea alta Chimseram Sustinet, yEtnœos efflantcm l'aucibus ignis : Tam magis illa fremens, et tristibus cil'era flamrais, Quam magis el'fuso crudcscunt sanguine puguse. At lèvera clvpcum sublatis cornibus lo 790 Auro insignibat, jam ScElis obsita, jam bos, Argumcntum ingens, et custos virginis Argus, Ca;lataque amnem fundens pater Inachus uiua.
Insequitur nimbus peditum , clypcataquc totis Agmina denscntur cainpis, Argivaque pubes, Auruncaeque raanus, Rutuii, vetercsque Sicani , Et Sacrana; acies, et picti scuta Labici; Qui saltus, Tiberine, tuos, sacrumque Numici Lilus arant, Rutulosquc exercent vomere colles, Circa?umque jugum; queis Juppiter Anxurus arvis 800 Pra»sidet, et viridi gaudcns Feronia luco;
Qua Satur» jacet atra palus, gelidusque per imas Quaerit iter valles atque in mare eonditur [!fcns.
IIos super advenit Volsca de génie Camilla, Agmen agens equitum, et floreotcs acre calervas,
Siiivoit sur ses coursiers la superbe amazone.
Dès l'enfance exercée aux joutes de Eelloue,
Camille préféroit, amante des combats,
La lance bellicpieuse aux fuseaux de Pallas ,
Les travaux de la guerre à des arts plus tranquille-s.
Moins prompts sont les éclairs , et les vents moins agiles :
Elle eût, des jeunes blés rasant les verts tapis,
Sans plier leur sommet, couru sur les épis;
Ou . d'un pas suspendu sur les vagues profondes.
De la mer en glissant eût effleuré les ondes;
Et, d'un pied plus léger que l'aile des oiseaux ,
Sans mouiller sa cbaussure, eût volé sur les e;iux.
Son air fier et décent , sa démarche imposante ,
De son manteau royal la pourpre éblouissante.
Son carcpmis lycien, l'or en flexibles ntpuds
Sur son front avec grace attachant ses cheveux ,
Son myrte armé de fer, qui dans ses mains légères
Fait ressembler sa lance au sceptre des bergères,
Des guerriers, atlioupés au faite des remparts,
Sur elle ont réuni les avides regards :
L'œil étonné se plait à ses graces hautaines.
Des hameaux d'alentour, des bourgades lointaines,
Tout un peuple empressé, sitôt qu'elle a paru ,
Pour fêter son passage en foule est accouru.
Son audace aux Latins promet un sort prospère ;
Le jeune homme s'enllamme, et le vieillard espère;
El la mère , admirant tant d'attraits réunis,
La voudroil pour sa fille , et la montre à son fds.