LIVRE IX
Vicnl tomber sur son casque, et de ce jour douteux
Le perfide reflet les a trahis fous deux.
« Je ne nie Irompois pas ; arrêtez-vous , s'écrie
L'inflexible Volscens. Quelle est voire patrie ?
De (juel lieu venez-vous ? où portez-vous vos pas ?
Quels sont vos noms, vos chefs ? parlez, jeunes soldats.»
Ils ne répondent rien; et, se glissant dans l'ombre
De la nuit protectrice et de la forêt sombre,
Ils implorent du lieu la double, obscurité.
Mais aux détours connus, placés de tout côlé,
De nombreux cavaliers ferment chaque passage.
Dans la noire épaisseur de ce profond ombrage,
A travers les taillis, les rameaux buissonneux,
Coupés de loin en loin de sentiers épineu.x,
Euryale poursuit sa route embarrassée.
De son pesant butin sa force harassée
Cède à ce riche poids, et la nuit et la peur
Oui égcu~é ses pas dans un sentier trompeur.
Nisus vole , et s'échappe enfin sur la colline
Qui de Rome au berceau vil la noble origine,
Riche domaine alors du monarque ennemi.
Il s'arrête , il se tourne , il cherche son ami ;
Il ne le trouve plus : « O mon cher Euryale I
Où l'ai-je donc laissé .►" Par quelle erreur fatale
A-S-tu quitté mes pas ? Comment t'ai-je perdu ?
Où faut-il te chercher ?... » Tremblant, pâle, éperdu,
Il part, s'enfonce encor sous ces épaisses voûtes;
De la forêt muette interroge les roules;
Et, suivant avec soin la trace de ses pas,
Appelle son ami qui ne lui répond péis :
Par-tout la solitude et son morne silence.
Tout-à-coup il entend l'escadron qui s'avance,
Il entend des chevaux les pas précipités,
Et des cris menaçants jusqu'à lui sont portés.
Il regarde : 6 douleur ! il voit son Euryale
Traîné par des soldats; l'obscui'ilé fatale,
Et galea Eurj'alum sublustri noctis in umbra Prodidit inrocmorcm , radiisqiic adversa refiilsit. Ilaud temcre est visum, conclamat ab agminc Volsceus : « State, viii; quae causa viae? quivc cstis in armis? Quove tenetis iter? » Nihil illi tenderc contra; Sed celerare fugam in silvas, et fidere nocti. Objiciunt équités scsc ad divortia nola
380 nine atque hinc, orancmque abitum custode coronaiit. Silva fuit late durais atque ilice nigra Hnrrida, quam densi compierant undique sentes; Rara per occultos lucebat scmita callis. Eurvalum tenebrae ramorum onerosaque praeda Inpediunt, fallitque timor regione viarum. Nisus abit : jamque inprudens evaserat hostis, Ad lucos qui post, Albs de nomine, dicti Albani ; turn rex stabula alta Latinus habebat. IJtstelit, et frustra abseutem respexit aiuicum :
Sqo « Euryale, infelix qua te regione rcliqui?
Quave sequar ? » Hursus perplexum iter omne revolvcns Fallacis silva; , siinul et vestigia retro Observata legit, dumisque silentibus errat. Audit equos, audit strepitus et signa sequenlum. Nee longum in medio tcmpus, quum clamor ad aures I'crvcnit, ac videt Eurjalum, quem jam nianus ou)iiis,
El l'excès de son trouble cl l'erreur des chemins , Malgré de longs efforts l'ont laissé dans leurs mains. Malheureux! que tenter.' que résoudre.'' que faire .'' Ira-l-il, provoquant une mort volontaire, De CCS cruels soldais affronter le courroux, Leur arracher leur proie, ou tomber sous leurs coujis .•* Soudain d'un javelot armant sa main guerrière. Il invoque des nuits la brillante courrière : •< Toi qui pares les cieux , toi qu'adorent les bois , Si de leurs habitants mon père mille fois Vint offrir à tes pieds les dépouilles sanglantes ; Si moi-même souvent, de mes mains triomphantes. Au faîte de ton temple, à tes sacrés autels, J'ajoutai mes tributs aux tributs paternels, Diane !• entends ma voix ! que ma main raffermie Dissipe sous ses coups celte foule ennemie ; Viens de mon javelol guider le vol heureux ! » Il dit : de tout l'effort de son bras vigoureux Le trail part, fend les airs, siffle dans l'ombre obscure, Rencontre, atteint Sulmon d'une large blessure : Sur le trait qui se brise il tombe , et de son flanc La vie en longs sanglots s'échappe avec son sang. On regarde par-tout, on s'étonne, on se trouble : D'audace et de vigueur l'adroit Nisus redouble ; Et, du haut de son front, par sa main balancé Un trait non moins fatal à Tagus est lancé : De l'une à l'autre tempe, en traversant la lêto, Dans le cerveau fumant le trait mortel s'arrête. Furieux , incertain d'où sont partis ces coups , Volscens ne sait sur qui doit tomber son courroux : « Eh bien , de ces deux morts tu porteras la peine. » Soudain s'ahaudonnant au coun'oux qui l'entraîne, Il fond sur Euryale. A cet aspect affreux. Egaré , hors de lui , son ami malheureu.x Ne peut plus supporter sa pénible contrainte ; Il se montre, il s'écrie, enhardi par la crahile :
Fraude loci et noctis , subito turbaulc tumultu , Oppressum rapit et conantem pkirima frustra. Quid facial? qua vi juvenem, quibus audeat armis
400 Eripere? an sese medics moriturus in enses
Inférât, et pidehram properet per volnera mortem?
Ocius addueto torquens bastile lacerto,
Suspieiens altam Lunam, sic voce precatur :
« Tu, dea, tu praesens nostro subeurre labori,
Astrorura decus, et nemorura Lalonia custos!
Si qua tiiis umquam pro me pater Hyrtacus aris
Dona tulit; si qua ipse meis venatibus auxi,
Suspendive tholo , aut sacra ad fasligia fixi :
Hune sine me turbare globum, et rege tela per auras.»
4'° Dixerat; et toto conuixus corpore ferrum
Conjieit : hasta volans noctis dlverberat umbras, Et venit avcrsi in tcrgum Sulmonis, ibique Frangitur, ac fisso transit prascordia ligno. Volvitur ille vomens calidura de pcctorc flumea Frigidus, et longis singultibus ilia puisât. Divers! circumspieiunt. Hoc aerior idem Ecce aliud suninia tclnm lil)rabat ab anre : Dura trepidant, iit liasla Tago per tcmpus ulrumquc, Slridens , Irajirtoque ha'sit tepefacta ccrcbro.
420 Sxvit atrox Volscens, aec teli conspieit usquam