LIVRE X
Et de l'autre fendant l'azur mouvant des flots, S'élève sur les mers, et lui parle en ces mois : « Vellles-tu , fils des dieux ? Veille, le moment presse : Tu vois ces pins sacrés, présent d'une déesse, Ces verts enfants des nionls qu'autrefois le céda L'immorlelle forêt qui couronne l'Ida :
Pour nous soustraire au fer, à la flamme criullo, Cybèle nous donna cette forme nouvelle ; Déesses de la mer, autrefois tes vaisseaux , Nos fidèles regards te eherchoicnt sur les eaux. Apprends donc que ton fds , non sans peine , protège Tes remparts impuissants que le Hulule assiège; D'Évandre et des Toscans déjà les cavaliers Ont au poste prescrit arrêté leurs coursiers; Leur iroupe vous altend, et déjà Turnus lreml)!e Que vos camps séparés ne l'atlaquent ensemble. Préviens donc ses efforis, et dès raul)e du jour Que tes soldats armés signalent ton retour ; Saisis ce bouclier immense , impènéU'ablc , Dont l'acier brillant d'or te rend invulnéralile. Demain, des ennemis, si lu crois mon conseil. L'épouvante et la mort seront l'affreux réveil. >■ A ces mots, rappelant sa longue expérience, La nymphe , en reculant , aux. vaisseaux qu'elle lance Donne le mouvement qu'elle-même autrefois Dans l'empire des eaux a reçu tant de fois : Soudain , servant d'exemple à la flotte docile , La nef part comme un trait , et fuit d'un vol agile. Etonné, mais soumis, le monarque pieux Accepte le présage; et , regardant les cieux : » Toi que tes hautes lours couronnent de leur cime , Toi que tes fiers lions conduisent à Dindyme , Accomplis ton augure, et seconde mou bras;
Pone sequens dcvlra puppiia tenet, ij)s.ique dorsn Eniinct, ac îacva tacitis subrcmigat undis. Turn sic ignarum adloqiiilur : « Vigilasne, deiiin gens, jEnea? vigila, et velis inmitte rudentes. 'îo Nos sumus Idieae sacro de vertice pinus.
Nunc pelagi Nymplia;, classis tua. Perfidus ut nos Praecipites fcrro Rutulus (lammaquc prcnicbat, Rupiraus invitae tua vincula, tcquc per a-quor Qusriinus. [lanc genetrix faciem miserata refecit, Et dcdit esse deas, a'vumque .igitare sul) undis. At puer Ascanius muro fossisqiic tenetur Tela inter media, atque liorrentis Marie Latinos. Jam loca jussa tenenl forti permixtus Etiusco Areas equcs : médias illis opponcrc turmas, '40 Ne castris jungant, ccrta est seulenlia Turno. Surge age, et Aurora socios veniente vocari Primus in arma jubc, et clypcum ca])e, quern dedit ipse Invictum ignipotens, atque eras ambiit auro. Crastina bix , mea si non inrita dicta pularis, logentes Rutula; spectabit ca-dis acervos. »
Dixcrat, et dextra discedens inpulit altam, Haud iguara modi, puppira : fugit ilia per uiidas Ocior et jaculo el ventos .xquautc sagitla. Inde aliae celerant cursus. SLupet inseius ipse »i" Tros Anchisiades; animos laruen omine lollit.
Turn brevitcr supera adspeclans convexa precatur : •< Alma parens Idaa deum, eui Dindvma cordi, Turrigcrxque urbes, bijugique ad frena Iconos;
Viens , el que les Troyens triomphent sur tes pas ! » Il dit : déjà la nuit fuii devant la lumière, Et le jour renai.ssant rentre dans la carrière.
Par sou ordre aussitôt ilotlenl les étendards; Déjà son œil charmé reconnoîl ses remparts, Reconnoit les Troyens. A l'instant, de sa poupe Il donne le signal, il exhorte sa troupe; Déjà brille élevé son bouclier divin.
Qu'aux antres de Lemnos a façonné Vulcain. Son camp le reconnoit ; aussitôt il envoie Mille cris redou!)lés et d'amour et de joie. Déjà sifflent leurs trails , déjà l'espoir vainqueur Rend la force à leur bras, le courage à leur cœur. Tels, traversant les airs, des bataillons de grues De leur vol à grands cris obscurcissent les nues : Tels scnd)k'nl des Troyens les bataillons épais; Ainsi parlent leurs cris , ainsi volent leurs traits.
Turnus est étonné. Sur la liquide plaine Soudain s'offrent l'armée et la flotte troyenne, Qui s'apprête à lancer ses guerriers sur ces bords. Le héros à leur tête anime leurs efforts; Son casque étincelant, son aigi-etle ondoyante Dardent en longs éclairs leur lumière effrayante ; Son bouclier vomit des torrenis de clarté. Telle d'un rouge ardent, lugubre, ensanglanté, La nuit, dans l'air brûlant, la comète étincelle; Tel , apportant la soif et la fièvre cruelle , De l'ardent Sirius l'astre pernicieux Vient embraser la terre et dessécher les cieuXi
Mais Turnus brave tout; son superbe courage Veut contre les Troyens s'assurer du rivage : « Allons, amis, dil-il , remerciez les dieux ; Ceux que vous attendiez, les voilà sous vos yeux;
Tu mihi nunc piigna; princeps, lu rite propinqucs Augurium, Phrvgibusquc adsis pede, diva, secundo! Tantum effatus; et interea revoliila ruebat Matura jam lace dies, nocteraque fugarat. Principio soriis edicit, signa sequanlur, Atque animos aptenl armis, pugnaeque parent se. 2C0 Jamquc in conspectu Teiicros babet cl sua castra, Stans cclsa in puppi : clypeura qnum deinde sinistra Extulit ardentcm. Clamorem ad sidéra tollunt Dardanidse e mûris; spes addita suscitai iras; Tela manu jaciunt. Qualcs sub nubibus alris Strymoniae danl signa grues, atque a-thera Irananl Cura sonitu, fugiuntque notes claraore secundo.
Al Rutulo régi duribusquc ea mira videri Ausoniis; donee versas ad litoia puppis Respiciunt, totumque adlabi classibus aequor. 270 Ardet apex capiti, cristisquc a verliee flamma Funditur, et vastos umbo vomit aureus igncs. Non secus, ac liquida si quando nocte comelae Sanguine! lugubre rubent, aul .Sirius ardor : nie silim morbosque fcrens mortalibus aegris Nascilur, et Ixvo conlristat lumine crelum. Haud tamen audaci Turno fiducia cessit Lilora prœcipcrc, et venienlis pellere terra. * (Jltro animos lollit dielis, atque incrcpat ultro. * « Ouod volis oplaslis, adest, perfringere dexlra; I" lu manibus Mars ipse, viri : nunc conjugis esto Ouisquï sufE tcctique mcmor; uunc magna referto
L'ENÉIDE
Profitez du bonheur que le ciel vous envole; Mars lui-même en vos mains amène votre proie ; Marchez; rappelez-vous vos femmes, vos rufanis, El vos braves aïeux el leurs fails triompbanls. Profilez du moment où leur foule ciainlive D'un pied tremblant encor se confie à la rive ; Que la mort soit le prix de leurs premiers essais : C'est à l'audace, amis, qu'appartient le succès. » A ces mots il choisit et ceux dont le courage Doit aux hardis Toscans disputer le rivage, Et ceux qui contiendront les Troyens assiégés. Aussitôt, sur des ponts vers la rive alongés, Énée ordonne aux siens d'aborder sur la plage. Plusieurs devancent l'ordre; cl leur bouillant courage. Dans le moment propice où d'un cours languissant De la rive à son lit la vague redescend, Sur l'arène fatale impatient s'élance; Sur la rame qui ploie un autre se Iialance. L'audacieux Tarchon , à l'endroit où son œil N'aperçoit plus le fond el ne voit point d'écucil. Mais où la mer sans bruit gonflant ses eaux profondes Amène mollement el ramène ses ondes, Tourne à l'instant se proue : « Illustres matelots ! Voiei l'heureux moment, courbez-vous sur les flots. Saisissez l'aviron dans vos mains vigoureuses; Poussez, lancez, portez vos nefs victorieuses; Dans ce sol ennemi plongez leur bec d'airain ; Que la carène même y creuse son chemin : Une fois abordés , qu'importe le naufrage ? Marchez : sur leurs débris je vous suis au rivage. » Il dit : tous à l'yivi se penchent sur les eaux ; Tous d'un commun effort ont lancé leurs vaisseaux : Leur proue atteint le bord, il s'ou\Te; et leur carène, Libre enfin du péril , vient s'asseoir sur l'arène. Le tien, brave Tarchon , eut un sort moins heureux : Rencontré dans scm cours par un roc désastreux , Sur son dos inégal quelque lemps mal assise , Sa carène pendanle, ébranlée, indécise,
Facta, patrura laudes. LJltro occurramus ad undam, Dura trepidi egressique labant vestigia prima : Audentis Fortuna jiivat. »
Hœc ait, et seciim versai, quos ducere contra, Vel quibus obsessos possit concredere muros.
Interea /Encas socios de puppibiis altis PoDtibus exponit : muiti scrvare recursus Languentis pelagi, et brevibus se credere saltu;
290 Per remos alii. Speculatus litora Tarcho ,
Qua vada non spirant, nec fracta rcmurraurat unda, Sed mare inofl'eusum crescenti adlabitur œstu; Advertit subito proras, sociosque precatur : « Nunc, o Iccla manus, validis incumbite remis; Tollite, lertc rates; inimicam findite rostris Hanc terram, sulcumque sibi prcmat ipsa carina. Frangcre nec tali puppim statlone recuso , Adrepta tellure semel. » Quœ talia postquam Effatus Tarcho , socii consurgere tonsis
'"° Spumanlisque raies arvis inferre Latinis,
Douée rostra tencnt siccura , cl sedcre carina; Oinnes innocux : sed non puppis tua , Tarcho INamquc, iiiflicla vadia, dorso dum pendet iniquo ,
De son poids chancelant fatigue en vain les flols, S'ou\Te, et livre à la mer soldats et matelots. Ils luttent à travers les débris du naufrage, El le flot qui rcTicnl les arrache au rivage.
Turnus saisit l'instant; et, rassemblant les siens, Il les pousse, el les place audevant des Troyens. La charge sonne : Enée au même instant s'élance. Par lui, présage heureux ! l'affreux combat commence; Le fer en main, il fond sur ces nouveaux soldats Que Cérès à regret cède au dieu des combats. Déjà du fier Théron la défaite sanglante Dans les rangs ennemis a porté l'épouvante; Malgré le fer, l'airain, cl l'or élincelanl , Le glaive entre, pénètre el lui perce le flanc. Lichas le suit, Lichas qu'une lame acérée Tira vivant du corps de sa mère expirée; Foible enfant, au sortir du sein qui le porta, Le dieu qui le fit naître, Apollon, l'adopta. Du fer, qui cette fois secourut la nature, Puisse-l-il ne point faire une épreuve plus dure! Mais son heure est venue , et son étrange sort Doit au tranchant acier sa naissance el sa mort : Sauvé dans son enfance, il meurt en sa jeunesse.
Cependant du combal l'impélueuse ivTesse Enflamme les deux camps; et Cissée et Gyas D'Énée , à coups pressés , terrassent les soldats : Mais leurs terribles mains, la massue homicide Dont s'euorgueillissoient ces héritiers d'Alcide, Leur père, ami d'Hercidc, et qui sui\oil ses pas Quand les monstres trembloient au bruit de ses combats. Rien ne peut les soustraire au bras fatal d'Enée. Bientôt Pharon subit la même destinée; Il crioit : le fer plonge, et détruit à-la-fois L'organe de la vie et celui de la voix. El toi, que Clytius à la fleur du bel âge Entraîne sur ses pas dans les champs du carnage, O malheureux Cydon ! ce terrible ennemi T'eùl ravi d'un seul coup le jour et ton ami,
Anceps sustcntata dlu, fluctusquc fatigat, Solvitur, atque viros mediis exponit in undis; Fragmina remorum quos et fluitantia transira Inpediunt , retrahitque pedcm simul unda relabens. Nec Turnum segnis retinet mora : sed raplt acer Totam acicm in Teucros, et contra in litore sistit.
3'o Signa canunt. Primus turmas invasit agrestes vEneas, omen pugOcE, stravitque Latinos, Occiso Therone, virum qui maxumus ultro jEucan petit ; huic gladio perque aerea suta. Per tunicam squalentein auro, latus haurit apertum. Inde I^icbaa fcrit, exsectura jam raatre peremta. Et tibi, Pbœbe , sacrum, casus evadere ferri Quod licuit parvo. Nec longe, Cissea durum, Inmaneraque Gyan , sternentes agmina clava , Uejecit leto : nihil illos Herculis arma,
320 Nec valid» jnvere manus, gcnitorqtie Mclampus, AlcidiE comes, usque gravis quum terra labores Praebuit. Ecce Pharo, voces dum jactat inertis , lutorquens jaculum clamanti sistit in ore. Tu quoque, flaventem prima lanugine malas Dura scqueris Clytiura infelix, nova gaudia, Cydon,
Si les fils de Phorcus , ces frères magnanimes ,
N'eussent sauvé dans toi l'une de ses victimes.
Tous les sept sur Énée ont fait voler leurs dards ;
Sur lui les traits lancés fondent de toutes parts :
Les uns sont repoussés par la divine armure ;
Des autres Cythérée amortit la blessure,
Et le corps de sou fils à peine est effleuré.
Alors du sang latin encor plus altéré :
« Des armes, cria- 1- il, oui, donnez-moi ces armes
Qui sous les murs troyens répandoient tant d'alarmes :
Aucuns des traits par qui les Grecs furent percés
Ne seront aux Latins impunément lancés. »
Achate alors lui tend sa redoutable lance;
Le héros la saisit , la soulève el la lance.
Elle vole; et Méon, malgré son bouclier
Et malgré sa cuirasse , est percé tout entier.
Alcanor tend le bras à son frère qui tombe :
Le Irait sort tout fumant du guerrier qui succombe,
Poursuit, l'atteuit lui-même; et, du corps séparé,
A ses nerfs languissants pend son bras déchiré.
Numilor veut venger le meurtre de son frère ;
Il tire de son corps la picpie meurtrière ,
La lance sur Enée : Achate en est atteint,
Mais de son noble sang le fer à peine est teint.
Clausus accourt , tout fier des forces du jeune âge : Dry ope ose braver son superbe courage. L'impétueux Clausus, coupant du môme fer Le passage des sons et le chemin de l'air. Arrête du guerrier la bravade hardie, Et lui ravit d'un coup la parole et la vie : Il bat du front la terre, et la teint de son sang. Trois frères thraciens sentent ce bras puissant : Trois autres à leur tour éprouvent sa furie ; Idas étoit leur père, Ismare leur patrie. Soudain fondent sur lui ces Aurunces si fiers,
Dardaiiia stratus dextra, secunis amorum. Qui juvcnum tibi semper eraiit , raiserande, jaccrcs ; Ni fratrum stipata cohors foret obvia, Phorci Progenies; septem nuraero, septenaque tela
*3o Conjiciuut : parliiu galea clypeoque resultant Inrita; deflexit partira slringentia corpus Alina Venus. Fidura ^Eneas adfatur Acliaten : « Suggère tela raihi; nou ullum dextera frustra Torserit in Rutulos, steteruut quée in cor|)ore Graium Iliacis campis. » Turn magnam ronripit hastam. Et jaéit : illa volans clypei transverberat œra Mxonis, et thoraca siraul cum pcclore rumpit. Huic fraler subit Alcanor, fralrcmque ruentcm Sustentât dexlra : trajecto missa lacerto
8*0 Protinus hasla fugit, servatque cruenta tenorem; Dexteraque ex humero nervis moribunda pcpcndit. Turn ISumitor, jaculo fratris de corpore rapto, jEnean petiit : scd non et figcre contra Est licitum, magnique femur perstrinxit Achats. Hic Curibus, (idens primsevo corpore, Clausus Advenit, et rigida Dryopem ferit eminus hasta Sub meatuni graviter pressa, pariterque loquentis Voccm animamquc rapit, trajecto gutturc; at illc Fronte ferit terram ; et crassuni vomit ore cruoicm.
3^ Tris quoquc Thrcicios Bores de gente supreiua.
Et le bra\e Halésus, et toi du dieu des mers Impétueux enfant, Messape, dont l'adresse Dompte des fiers coursiers la fougueuse jeunesse. Des deux parts même espoir, même ardeur, même effort; Les deux partis rivaux, ensanglantant ce bord, Du fatal Latiuni se disputent la porte ; Nul d'eux ne veut céder, nul encor ne l'emporte. Tels dans les champs des airs luttent deux vents égaux; Les courants opposés , les nuages rivaux , Soutiennent, sans céder, leur choc opiniâtre : Tels Troyens et Latins sur ce sanglant théâtre Se poussant, s'approchant , s'éloignant de la mer, Luttent pied contre pied, le fer contre le fer.
Plus loin combat Pallas : mais , ô douleur extrême ! Un rapide torrent, qui sur ce terrain même A roulé des débris de rochers , d'arbrisseaux , Condamne ses soldats à quitter leurs chevaux : Dans le combat à pied , leur inexpérience Bientôt des rangs troublés a détruit l'ordonnance ; Et devant les Latins leurs bataillons sans art Bésistoient en désordre et fuyoient au hasard. Leur chef emploie alors , pour ressource dernière , Les reproches sanglants, la touchante prière : « Amis, où fuyez-vous ? Par vous, par vos exploits, Par les hauts faits d'Évandre admirés tant de fois , Par l'espoir dont Pallas peut se flatter peut-être Et d'imiter son père et d'égaler son maître, Revenez , suivez-moi , marchons le fer en main ! Voyez ces rangs épais, c'est là notre chemin ; Là le salut de tous el l'honneur vous appelle : Où l'obstacle est plus grand , la victoire est plus belle. Ici nous n'avons pas à combattre des dieux : N'avons-nous pas des bras , un cœur, du fer comme eux .' Honmies, pour ennemis nous n'avons que des hommes ; Vous savez ce qu'ils sont ; montrez-leur qui nous sommes.
Et tris, quos Idas pater, et patria Ismara mittit, Per varios sternit casus. Adeurrit Halesus , Auruncœque manus; subit et Neptuuia proies, Insignis Messapus equis : expcUere lendunt ÎNunc bi, nunc illi; certatur limine in ipso Ausonia;; raagno discordes aethere venti Prslia ecu tollunt, animis et viribus aequis : Non ipsi inter se, non oublia, non mare cedunt; Anceps pugna diu; stant obnixa omnia contra.
30° Haud aliter Trojana; acies, aciesque Latinœ
Concurrunt; haeret pede pes, densusque viro vir.
At parte ex alia, qua saxa rotanlia late Inpulerat torrens, arbustaquc diruta ripis, Arcadas, insuetos acics inferre pedestris, Ut vidit Pallas Latio dare terga sequaci ; Aspera quies natura loci dimittere quando Suasit equos, uoum quod rebus restât egénis : Nunc precc, nunc dictis virtutem adcendit amaris : « Quo fugitis, socii? per vos, et fortia facta,
3"o Per ducis Evandri nomen, devictaque bella,
Spemque meam, patriis quae nunc subit aemula laudi, Fidite ne pedibus; ferro rumpenda per hostis Est via , qua globus ille virum densissimus uiget ; llac vos et Pallanta ducem patria alta reposcit. Numina nulla prcmuut : mortali urgeniur ab hoste
L'LNÉIDE.
Eh! quel moyen d'ailleurs d'échapper aux coinbals? D'un côlé c'est la mer (jui s'oppose à vos pas; De l'aulre vos remparts, les Troyens cl la gloire. Votre arrêt est dicté ; la mort ou la victoire. »
Il dit, et lout-à-coup sa bouillante valeur Les entraîne avec lui. Lagus , pour son malheur, Vient.s'oiïrir à ses coups : tandis que du rivage Il enlève un rocher qu'a rencontré sa rage, Il le perce à l'endroit où, traversant le dos, Des deux flancs recouverts de leurs robustes os L'épine en s'alongcanl occtqie l'intervalle. Pour retirer le fer de la lance fatale Par son bras vigoiweux avec force enfoncé, Sm- l'enuenii mourant taudis cpi'il s'est baissé, llisbou sur le vainqueur lève déjà le glaive, Veut venger son ami : le héros se relève, El, perçant ses pouuions encor gros de courroux, Par un coup plus rapide a prévenu ses coups. Sthéuélus lui succède : il poursuit, il immole, Sans respect pour son nom , le superbe Aaichemole ; Lui (|ui, de sa marâtre infâme suborneur. De la couclie,, ô Rhélus ! osa souiller l'honneur.
El vous , au même joui' nés de la même mère , Double objet de regreis pour un malheureux père, O Thymber! ô Laris! vous loml)ez expirants. Vos traits pareils eu tout, de vos propres parents Embarrassoienl l'amour et la vue indécise. Et leurs yeux se plaisoient à leur douce méprise. Mais, par deux coups divers, également affreux, Pallas sut trop, hélas! vous distmguer tous deux. La tète de ThyinJjer roule sur la poussière; El toi, jeune Laris, ralleinte meurtrière A fait lom])er ta main, dont les doigts défaillants Serrent encor le fer de leurs nerfs tressaillants! Cette main en mourant paroit te recoinioitre, El ses derniers efforts semblent chercher son maiire.
Les exploits de sou chef, encor plus que sa voix,
Mortules; lotidem nubis auimxquc maiiusque. Eecc, maris luagua claudil uos objice poutus; Deest jam terra fiigx : pclagus Trojamiie ]ietciuus? >• Haec ait, et médius densos proriimpit in hostis.
iso Obvius liuic primum , falis adductus iuiquis ,
Fit Lagus : hune, raagno vellit duiu poudcre saxum, Intorto figit telo, discrimina custis l'cr medium qua spina dabat, hastaïuquu rece])tat Ussibus ha;rentem : quem non super occupât llisbd, llle quideiu hoc sperans : nam Pallas ante ruentem , Uum furit, incautum crudcli morte sudaiis, Kxcipit, atquc eusem tumidu in pulmouc rccondit. lliuc Stlienclum petit, et Pdiœti de gente vetusla Anchemolum, thalamos ausum iucestare novercic.
^j" Vos etiam gemini, Rutulis cecidistis lu arvis, Daucia, Laride Tlivmbeique, simillima proies, Iniliscreta suis, gratusque parentibus error : Al nunc dura dédit vobis discrimina Pallas; INam tibi, Tliymbre, caput Evandrius abslulit ensis ; 'l'e decisa suum, Laride, dextera qUKrit; Scmianimesqiie micant digili , feirumque retraclaitt.
Arcadas ailceusos muuiiu , et prsceiara tucntcs lacli viri, mi\lu8 dulor et pudor armât in liostci.
El de honte et d<! rage cnllammenl à-Ia-fois Le fier Arcadien, digue enfin de le suivre. Rhélus au fer mortel de lui-même se livre. Et de l'heureux llus sa mort sauve les jours; La lance de Pallas alloit traucher leur cours, Lorsque Rhélus, fuyant sur son essieu rapide Les armes de Teulhras et son frère intrépide. Intercepte le coiqi; et, mourant pour autrui, Toml)e, et péril d'un Irait qui u'éloit pas pour lui.
Ainsi, lorsqu'un berger a de la flamme avide Disj)i-rsé dans les bois la semence rapide. De rameaux en rameaux par les vents emporté Le vaste end)rasement s'étend de tout côlé ; Lui, du haut d'un rocher, voit leurs touffes brûlantes, Et suit d'ini uil content les flammes triomphantes : Ainsi, brave Pallas, lout s'enflaïuuie à la voix, El les liens à l'envi secoudeul les exploits. Mais, rappelant sa force et sa valeur gueirière, Halésus à leur rage oppose une barrière : Déjà tombent ensemble aux gouffres de Plulou Le fier Démodocus , et Phérèle et Ladon. Sur lui Sirymou levoit sa redoutable épée; Mais par un coup plus prompt sa main tombe frappée. Un roc atteint Thoas : avec ses os meurtris De son cerveau sanglant s'envolent les débris. Ecoulant de son cœur les alarmes trop sûres (Le cœur devine mieux souvent que les augures), Le père d'Halésus le cacha dans les bois; Mais quand du sert lui-même il eul subi les lois, La Parque sur son fils jetant sa main cruelle A Pallas dévoua sa victime nouvelle.
'< () fleuve des Toscans! dit le brave Pallas, Viens, el conduis le trait (pie balance mou l)ras;. Conduis-le dans le sein de ce guerrier farouche. Si tu remplis le vœu que t'adresse ma bouelie, Si la faveur le livre à mes heureux efforts, J'orne de sa dépouille un chêne de tes bords. >>
Tum Pallas bijugis fugieutem Rhœtea praeter 4oo Trajicit. Hoc spacium, tantumque morse, fuit Ho; Ho, namque procnl validam direxerat bastani, Quam médius Uhueteus inlercipit, optime Teulhra, Te fugiens, fratreiuque Tyren; curruquc volulus Cxdit semianimis Uutulorum calcibus arva. Ac velut, optato ventis sEstale coortis. Dispersa iumittit silvis incendia pastor; Conreplis subito mcdiis, extenditur una llurrida per latos acics Volcania campos, llle sedcns victor flammas despectat ovantis : 4'u Non aliter socium virlus coit omnis in unuiu, Teque juvat, l'aila ; scd bcllis acer llalesus 'l'eiidit in advcrsos, seque in sua couligil arma. Ilic mactat Ladona, Pheretaque, Dcmodocuinquc; Strymonio dextram fulgeuti deripit eiise Elatam in jugulum; saxo fcrit ora 'l'boantis, Ossaque dispersit cerebro permixta cruento. Fata canens silvis genitor celarat Ilalesum; Ut senior leto canentia Inmina solvit, Injccerc mauum Parcœ, tclisque sacrarunt 4 20 Evandri : quem sic Pallas petit autc prccatus :
'■ Ua nuuc, Tbybri pater, l'erro, quod missile libro.