‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 178 sur 391 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

Sur des monceaux de morts elle suit son chemin :

De loin, le corps penché, le javelot en main,

Elle poursuit Chromis, Harpalyce et Térée ;

Du sang de Démophon sa lance est altérée :

Autant il part de traits de son terril)le bras ,

Aulaul de Phrygiens sont voués au trépas.

Sur un coursier nourri dans les champs de la Fouille

Elle voit Ornylus, elle veut sa dépouille.

Chasseur déjà fameux, mais combattant nouveau,

D'un buffle sur son corps il élale la peau ;

Sur son cimier, un loup dans sa gueule béante

Présente la blancheur de sa dent menaçante.

Et de son bras velu la sauvage viguem-

S'arme d'un bois grossier courbé dans sa longueur :

Il marche, il a passé de Diane à Bellone,

Et surpasse du front tout ce qui l'environne:

Seul il résiste encor ; son bataillon a fui.

Elle vole, l'attaque; et, s'adressant à lui:

« Crois-tu dans tes forêts faire encore la guerre ?

Dit-elle; de ton corps va mesurer la terre.

Ainsi sont réfutés les insolents propos ;

Une femme suffit à de pareils héros :

Meurs, et va te vanter dans le roaume sombre

Que lu meurs de ma main ; c'est assez pour ton ombre. »

Avec non moins d'ardeur elle poursuit de près Et le jeune Orsiloque et l'énorme Butés. Butés expire atteint de sa lance fatale A l'endroit où, laissant un étroit intervalle, Sa cuirasse, son casque et son court bouclier Offrent à découvert le cou de ce guerrier. Orsiloque à son tour , dont le bras la menace , Décrit un vaste cercle en courant sur sa trace ; Dans un cercle moins vaste elle échappe, elle fuit, Et poursuit à son tour celui qui la poursuit ; Puis sur ses pieds dressés se levant tout entière, Sa hache , sans égard pour sa vaine prière ,

Quoique eraissa manu contorsit spiciila virgo, Tot Plirygii cecidere viri. Procul Ornytus annis Ignotis et cquo venator lap^'ge fertur; Cui pellis latos Iiumeios erepta juvenco

680 Puguatori operit; caput ingens oris hiatus Et malae texere hipi cum dentibus albis, Agrestisque manus armât sparus : ipso catervis Veititur in mcdiis, et toto vertice supra est. Hune illa exceptum, neque enim labor agmine verso, Trajicit, et super hœc inimico pectore l'atur : « Silvis le, Tyrrhene, feras agitare putasti? Advenil qui veslra dies muliebribus armis Verba redarguerit : nomen tanien baud levé pafrum Manibus hoe réfères, lelo cecidisse Caniillse. »

690 Prolcnus Orsilochura et Buten, duo maxuma Teucrum Corpora; sed Buten aversum cuspide fixit Loricara galeamque inter, qua colla sedentis Lucent, et hevo dependet parraa laccrto; OrsiInchuiD , fugiens magnunique agitata per orbera , Elndit g)T0 interior, sequiturque scquentem ; Turn validam perque arma viro perque ossa securim, A.ltior exsurgens, oranti et multa precanti Congerainat : volnus calido rigal ora cerebro. Incidit huic, subitoque adspectu territus hscsit

Fend son épaisse armure et ses robustes os , Et du crâne brisé le sang coule à grands flots.

Tout-à-coup à ses yeux le hasard fait paroître Le rusé fds d'Aunus , que l'Apennin vil naître. Nul des Ligui'iens, peuple artificieux.

Ne fut ni moins vaillant , ni plus insidieux. A l'aspect de Camille il s'écrie, il s'arrête; Voyant qu'il ne peut fuir, et que sa mort s'apprête, A la ruse aussitôt sa frayeur a recours, El, pour tromper Camille, il lui tient ce discours : " Pour s'assurer sans doute une fuite facile, Camille se confie à ce coursier agile; Ce moyen est houleux : laissez là ce coursier; Seule à pied contre moi venez vous essayer ; Vous verrez qui de nous a des droits à la gloire, Et pour juge entre nous nous prendrons la Victoire. »

L'amazone à ces mots s'enflamme de dépit, Et, rendant son coursier à celle qui la suit, Avec son glaive nu, son armure légère.

Offre un combat égal à son lâche adversaire. Lui, de son vain succès s'applaudissant trop tôl. Retourne son coursier, cl , s'échappant d'un saut , Aiguillonne les flancs de l'animal i-apide. « Traître Ligurien ! en vain ton art perfide Des ruses de Ion peuple emprunte les secours ; Tu n'éviteras pas celte mort où tu cours. Et de ton lâche cœur la fourbe héréditaire Ne pourra pas vivant te remettre à ton père. »

A ces mots elle part, et 'd'un rapide essor Vole, poursuit, attaque, et saisit par le mor Le coursier fugitif qui l'emportoit loin d'elle, 1 Et joint à tant de morts sa viclime nouvelle. Tel, d'un mont élevé, le terrible faucon Part, poursuit dans les airs le timide pigeon; Il arrête en son vol sa viclime tremblante. Il la presse, il la lient sous sa serre sanglante,

700 Appenninicoiîe bcllalor filius Auni,

Haud Ligurum exlremus, dum fallere fata sinebaut. Isque, ubi se nullo jam cursu evadere pugnse Posse, neque instantem reginam avertere, cernit; Consilio versare dolos ingressus et aslu, Incipil hîec : « Quid tam egregium, si femina l'orti Fidis equo? dimitle fugam, et te coraminus aquo fïlecum crede solo , pugnaîque adcinge pcdestri : Jam nosccs, venlosa ferai cui gloria laudem. » Dixit : al ilia furens, acrique adcensa dolore,

T° Tradil equum comiti, paribusque resistit in armis, Ense pedes nudo , puraque inlcrrita parma. Atjuvenis, vicisse dolo ralus, avolat ipse, Haud mora, conversisque fugax aufertur habenis, Quadrupedemque citum ferrata calce fatigat. t< Vane Ligus, l'ruslraque animis elate superbis, Nequidquam palrias tenlasli lubricus artis; Ncc fraus te incolumeni l'allaci perferet Auno. »

Haec falur virgo , et pernicibus ignea plantis Transit equum cursu, frœnisque adversa prehcnsis

720 Congreditur, pœnasque inimico ex sanguine sumit. Quam facile accipiter saxo sacer aies ab alto Conscquilur pennis sublimem in nuLe columbam, Conprensamque tenet, pcdibusque evisceral uncis ;

L'ÉNÊIDE.

Enfonce dans son sein son bec viclorieiix ; Le plumage sanglant tombe du baul des cieux. A-insi vole, comlwt et triomphe Camille.

Cependant Jupiter, de son palais tranquille, Voit les Toscans tomber sons ses rapides coups. Aussitôt, de Tarcbon irritant le courroux, Il veut que sa valeur ranime leur vaillance. D'un cours impétueux l'Élrurien s'élance Parmi les cris, le sang, la mort et les fuyards, Il nomme par leurs noms les combattants épars, Les ramène au combat; et gonrmandant leur fuite, « Lâches Tyrrhéniens , quelle terreur subite Vous a saisis? dit-il; que craignez-vous? Eh quoi! C'est une femme ici qui vous glace d'effroi ? Que font donc dans vos mains ces impuissantes armes ? Les combats de Vénus ont pour vous plus de charmes Sans doute; et vos pareils préférèrent toujours Aux clairons belliqueux la lyre des amours. Sitôt que de Bacchus les cymbales résonnent, Dans la coupe à plein bord lorsque les vins bouillonnent. Intrépides buveurs, convives courageux.

Aux jeux sanglants de Mars vous préférez ces jeux ! Allez, la flûte en main, vos prèli-cs vous demandent, Et dans vos bois sacrés les festins vous attendent. »

Il dit, brave la mort, et, portant la terreur. Sur Vénulus s'élance enflammé de fureur, L'arrache à son coursier, le saisit et l'enlève. Soudain un bruit confus de toutes parts s'élève : Les Latins conslernés les regardent tous deux. Le fier Toscan emporte en ses bras vigoureux El l'homme et son armure, et dans toute la plaine Serré contre son sein, malgré lui le promène; Et tandis que d'un bras il le soutient dans l'air, De sa lance qu'il rompt l'autre arrache le fer; Il cherche, pour l'atteindre au défaut de l'armure, La place où doit sa main adresser la blessure.

Tum cruor, et volsse labuntur ab œthere plumiB.

At non hîcc nullis hominum sator atqiie deoruni Observans oculis siimnio sedet altiis Olympo. Tvrrbcnum genitor Tarclionem ia pra'lia saeva Suscitât, et stimulis haud moUibns injicit iras. Ergo inter ca;dcs cedcntiaquc agmiua Tarcho

7^0 Fertur equo, variisquc instigat vocibus alas,

Nomine quemque vocans; reficilque in prielia piiisos. « Quis inetus , o nuraqiiam dolituri , o seinper inertes Tyrrheni, quae tanta aiiiuiis ignavia vcnit? Femiiia palantis agit, atque baec aginina vertit? Quo ferrum, quidvc baec gcrimus tela imita dextris? At non in Venercm segnes, uocturnaque bella, Aut, ubi curva choros indixit tibia Bacchi, Kxspectare dapes, et plena; poeula mensœ ; Ilic ainor, boc sludium; dura sacra secundus baruspex

Ti" ISuntiet, ac lucos vocel hostia pinguis in altos. »

llaec effatus, equum in mcdios, moriturus et ipse, Concitat, et Venule adversum se turbidus inf'ert, Dereplumque ab equo dextra coiupleclitur hostem. Et gremium ante suum multa vi concitus aufert. Tollitur in cœlum clamor, cunctique Latini C.ouvertere oculos : volât igneus œquore Tarcho, Arma virumque fercns; turn sumiua ipsius ab hasta

Vénulus, contre lui se débattant en vain, Arrête le poignard suspendu sin- son sein. Ainsi , lorsque l'oiseau qui porte le tonnerre Se saisit d'un dragon élancé de la terre. Il le presse, il l'élrcint, il attache à ses flancs Et sa robuste serre et ses ongles tranchanis; Le superbe animal que la douleur tourmente, Terrible, l'u-il ardent et la gueule écumanle, Siffle, s'enfle, et de l'aigle embarrassant l'es-sor, Se courbant, se dressant, se recourbant encor. Lutte contre le bec qui perce ses entrailles; La rage sur son corps a dressé ses écailles : Inutiles efforts ! l'aigle victorieux L'emporte, bat de l'aile, et se perd dans les cieux. Tel Tarcbon triomphant part emportant sa proie; Il vole; tous les siens le suivent avec joie, Et d'un bras courageux secondent son effort. Dans ce moment Aruns, qu'attend déjà son sort, Voyant de tous côtés Camille triomphante. Parmi les combattants suivoit sa course errante, S'attachoit à ses pas , et son œil avec art D'im moment favorable épioit le hasard.

Par-tout où dans les rangs s'élance son audace, Il la suit en silence et vole sur sa trace : Revient-elle en triomphe à de nouveaux combats, De son coursier vainqueur son coursier suit les pas ; Par-tout où vient, s'éloigne ou revient l'héroïne, L'opiniâtre Aruns autour d'elle s'obstine, Et déjà dans sa main tient le fer préparé.

Tout-à-coup de Cybèle un prêtre révéré Passe rapidement, étalant dans ces plaines Le luxe éblouissant de ses armes Iroyennes; Le coursier écumant qui bondissoit sous lui De son riche harnois scmbloit enorgueilli; Sur son dos s'étendoit une peau précieuse Qu'avoit brodée en or l'aiguille industrieuse,

Defringit fernim, et partis riiuatur apertas. Qua volnus létale fcrat : contra ille repugnans

7^0 Sustinct a jugiilo dextram, et vira viiibus exit, litque volans alte raptuiu quura fulva draconem Fert aquila, inpiicuitque pedes, atque unguibus'hsEsil : Saucius at serpens sinuosa volumina versât, Adrectisque borret squamis, et sibilat ore, Arduus insurgcns : illa baud minus urget obunco Luctantem rostro; siraul a;tbcra verberat alis. Uaud aliter prœdam Tiburtum ex agmine Tarcho Portât ovans. Ducis exemplum eventumque secuti Mœonidae incurrunt : tum fatis dcbitus Arruns

7*'" Velocem jaculo et multa prior arte Camillam Circuit, et, quae sit forluna facillima, tentât. Qua se cumque furens medio tulit agmine virgo, Hac Arruns subit, et tacitus vestigia lustrât; Qua victrix redit illa, pedcraque ex boste reportât, Hac juvenis furlim céleris detorquet habenas. Hos aditus, jamque hos aditus, omuemque pererrat Ijndique circuitum; et certam quatit in probus hastam.

Forte sacer Cybelre Cbioreus, oliraque sacerdos, lusignis longe Phrygiis fulgebat in arm is,

770 Spumantemque agitabat equum : qucm pcllis ahenis In plumam squamis auro conserta tegebat.

LIVRK XI.

Et l'airain amolli des habilaiils des airs Y reiraçoit aux yeux les plumages divers. Mais rien de ce guerrier n'égaloit la parure : D'uu pourpre remliruni l'étrangère teinture Couvre ses vêtements; clicf-d'œuvre d'iui Cretois, L'or embellit son arc et pare son carquois ; Un casque d'or couvroit sa lèle révérée; Du plus jaune safran sa robe colorée Par une agrafe d'or retient ses plis moiivanls, Et leur brillant tissu frémit au gré des vents. Enlin ses longs cuissards , sa tunique floltanle , Richement embellis par l'aiguille savante, Sont de l'art phrygien l'ouvrage ingénieux. A peine de Camille il a frappé les yeux , Soit que dans son espoir ces dépouilles conquises Au temple de ses dieux fussent déjà promises ; Soit que de l'or troyen sa noble vanité En secret se flattât d'embellir sa beauté; Pour ces riches babils l'amazone s'enflamme, Les dispute en héros , et les admire en femme ; Et ces brillants atours dont son cœur est épris. Du triomphe à ses yeux ont rehaussé le prix : Tout danger, tout obstacle a disparu pour elle. Aruns posté tout près tient sa lance mortelle, Cherche du coup fatal l'heureuse occasion ; Et prêt à la frapper : « O divin Apollon ! S'écria-t-il soudain, ô dieu de la lumière, Que dans son temple saint le Soracle révère; Devant qui nous courbons nos fronts respectueux , Pour qui des verts sapins les rameaux onctueux D'un bûcher éternel entretiennent les flammes; Toi qui , par un saint zèle allumé dans nos âmes , Sur ces ardents brasiers nous fais marcher sans peur, Dieu puissant! par mes mains lave le déshonneur Qu'imprime à notre nom cette "V olsque insolente ! Sa dépouille, grand dieu ! n'est pas ce qui me leutc; Plus d'uu autre trophée a sisjualc mon bras ;

Ipse, peregi'ina femiginc clarus et ostrô, Spicula torquebat Ljcio Gortynia coruu; Aureus ex humeris sonat areas, et aurea vati Cassida; tum croceam chlamydemque sinusque ercpantis Carbaseos fulvo in nodura eonlegerat auro, Pictus aeu tunicas, et barbara tegmina eruruiii. Hune virgo, sive ut tcmplis prœfigeret arma Troia, captivo sive ut se ferret in auro,

780 Vcnatrix, iinum ex omni eertamine pugnae Caeca sequebatur; toturaque incauta per aginen Feraineo prœdae et spoliorum ardcbat amore : Telum ex insidiis quura tandem tempore eapto Concitat, et siiperos Arruns sic voce precatur : €c Summe deum, sancti custos Soractis Apollo, Quem primi colimus, cui pineus ardor acervo Pascitur, et medium freli pietate per igoem Cultores multa premimus vestigia pruna; Da, Pater, boc nostris aboleri dcdccus armis,

79» Oranipotens! Non exuvias, pulsa;ve tropaîum

Virginis, aut spolia ulla pcto : mihi cetera laudcm Facta ferent : h;ec dira meo dum voluere pcstis Pidsa cadat, patrias remeabo inglorius urbis. » Audiit, et voti Phœbus sueccdere partem

Mais que de ce fléau je purge ces climats. Qu'elle expie en mourant noire gloire flétrie, Te pars, et vais obscur mourir dans ma piilri<". >■

Apollon imploré l'entendit; et ce dieu Accorde à sa prière une part de son vœu , Et l'autre dans les airs se dissipe et s'envole. Il lui cède Camille, et couseni qu'il l'immole ; Mais revoir ses foyci-s n'est plus en son pouvoir. Et les vents ennemis emportent son espoir.

Enfin des mains d' Aruns le trait bruyant s'élance : On se trouble , on regarde , et le Vols(|ue en silence Se tourne vers sa reine et pour elle pâlit; Mais la lance fatale , et son vol , et son bruit , Rien ne peut l'effrayer, quand la flèche cruelle Porte au sein découvert une atteinte mortelle, Et le fer altéré boit son sang virginal. On s'étonne; ses sœurs volent au coup fatal , Et présentent leurs bras à leur reine expirante. De son propre succès le vainqueur s'épouvante , Et fuit, le cœur rempli de joie et de terreur. Tel, lorsque de sa faim apaisant la fureur. Un loup vient d'égorger, dans son audace extrême Une belle génisse ou le berger lui-même, Tremblant, épouvanté de ses hardis exploits , Déjà des chiens vengeurs croit entendre la voix; Avant que le jour naisse, avant que la victime Et les traces du sang déposent de son crime, Dans le fond des forêts le meurtrier a fui , Et sa queue en tremblant se dérobe sous lui : Tel , timide vainqueur, et content de la fuite , Dans la foule à l'instant Aruns se précipite; De ce qu'osa sa main son cœur se sent troubler. Et Camille en mourant le fait encor trembler. La malheureuse en vain veut arracher la lance : De ce coup meurtrier telle est la violence. Le fer perçant du trait dont son cœur est blessé. Rebelle à ses efforts, y demeure enfoncé.

Mente dédit : partem volucris dispersit in auras. Sterneret ut subila turbatam morte Caraillam , Aduuit oranti : rcducem ut patria alta videret, Non dédit; inque notos voccm vertere proccllae.

Ergo, ut missa manu sonitum dédit basta per aurîB,

8oo Convertere animos acris, oculosque tuiere

Cuncti ad reginam Volsci. Nihil ipsa neqiie aura-, Nec sonitus memor, aut venicntis ab athere teli : Hasta sub exsertam doncc pcriata papillam Hœsit, virgineumque alte bibit acta cruorem. Concurrunt trepidae comités, dominaraque rucntem Suscipiunt : fugit ante omnis exterritus Arruns, Laîtilia mixtoque metu; nec jam amplius bastae Credere, nec tells occurrere virginis audet. Ac velut ille, prius quam tela inimica sequantur,

8'° Continuo in montis sese avius abdidit altos, Occiso pastorc , lupus, raagnove juvenco, Conscius audacis facti, caudamque remuiccns Subjecit pavitantem utero , silvasque petivit : Haud secus ex oculis se turhidus abstulit Arruns, Contentusque fuga mediis se inmiseuit armis. llla manu moriens telum trahit: ossa sed inter Ferrcus ad costas alto stat volnerc mucro.

L'ENÉIDE

Elle tombe : ses sens par degrés s'affoihlisseiU,

Sou teint se dérolore, et ses lèvres pâlissent.

Alors sa voix niouraiite appelle Acra sa sœur,

Acca toujours admise aux secrets de son cœur :

c< O toi, dont j'éprouvai la tendresse fidèle.

J'ai , taut que je l'ai pu, vengé notre querelle;

Mais enfin je succombe, et j'ai fini mon sort.

Déjà tout se noircit des ombres de la mort ;

En lends les deruiers va'ux de la triste (Emilie :

flours avertir Turnus qu'il défende la ville;

El loi, reçois ta reine et ses adieux. » Soudain

Les rèn(>s eu flollant s'écbappcnt de sa main.

Ce corps, jadis rempli de son ame enflammée.

De la mort aujourd'bui victime inanimée.

Descend de son coursier, entraîné par son poids;

Il tombe ce l>eau front, si brillant autrefois!

Son pouls meurt; sur ses yeux nagent des vapeurs sombres,

Et son ame en courroux s'envole chez les ombres.

Soudain partent des cris de rage et de terreur ;

Le combat se rallume avec plus de fureur ;

Troyens , Arcadiens, Toscans , tout se rassemble;

Hardis par celte mort , tous s'élancent ensemble.

Et ctîpendant Opis, du haut des monts voisins. Tranquille, regardoit ces combats inhumains : Toul-à-coup, à l'entour de Camille expirante. Elle voit s'agiter une jeunesse ardente, El son cœur affligé laisse échapper ces mots : o Ornemenl de ton sexe ! exemple des héros ! Que l'a servi d'avoir au tumulle des villes Préféré ta déesse et ses forêts tranquilles ? Et de quoi l'oul servi mes inutiles traits ? Mais si j'en crois mon cœur, ta gloire et mes regrets , l'on nom, que pour jamais signala ta vaillance. Ne sera pas saus lustre, cl ta mort sans vengeance;

Labitur cxsanguis; labiintur frigida leto Lumiiia; purpureus quondam color ora reliquil.

^21 Tum sic cxspirans Accam, ex acqualibus unaui, Adloquilur; fida ante alias quœ sola Camillx; Quicura partir! curas; atquc bsec ita l'atur : « Hactenus, Acca soror, polui : nunc volnus acerbum Confîcit, el tenebris nigrescunt omnia circuni. Effuge, et haec Turno mandata novissima perfer; Succédât pugnae, Trojanosque arceat urbe. Jamque vale. » Simul bis dictis linquebat babenas. Ad lerram non sponte fluens. Turn frigida toto Paullatini exsoivit se corpore, lentaque colla

B3o Et captura leto posuit caput, arma relinquens; Vitaque cum gemitu fugit indignata sub umbras. Tum vero inraeusus surgeus l'erit aurca clamor Sidéra; dejecta crudescit pugna Camilla; Incurrunt densi simul omnis copia Teucrum, Tyrrbcuique duces, Evandiique Arcades alœ.

At Triviœ cuslos jam dudum iu montlbus Opis Alla sedet summis, spectatque intcrrita piignas. LJtque procul medio ju*enum in clamore lureutum Prospexit tristi multatam morte Camillam :

640 Ingemuitque dcditque bas imo pectore voces : « Heu nimium, virgo, uiraium crudele luisti Supplicium , Teucros conata lacessere bello ! Mec tibi desert» in durais coluisse Dianam l'rofuit, aut nostras humero gessisse pharetras.

Le sort l'a résolu : son téméraire auteur En recevra le prix. » Il est une hauteur Où l'yeuse, croissant sur sa terre isolée, Couvre d'un roi latin l'antique mausolée : Là vient s'abattre Opis, méditant son dessein, Et de là de Camille observe l'assassin. A peine elle aperçoit l'auteur de sa blessure , Tout fier de sa victoire el vain de son armure : « Où vas-lu, lui dit-elle; approche, malheureux! Viens recevoir le prix de ton triomphe affreux ; Viens ; et meurs à ton tour des flèches de Diane ; Je les plains de tremper dans un sang si profane.»

Elle dit, du carquois tire le trait fatal. Le place, tend son arc ; et d'un effort égal Chatpie main avec art remplit son ministère : La gauche entre ses doigts tient la flèche légère; L'autre amène la corde ; el , lents à s'approcher, Les bouts obéissants sont prêts à se toucher. Aussitôt vers Aruus le Irait divin s'échappe, Et le bruit et le fer en môme temps le frappe. Nul ne plaint son trépas; et, sans être honoré, Sur des bords inconnus son corps git ignoré. La nymphe pour les cieux quitte aussitôt la terre, Et remet au hasard les succès de la guerre.

A peine de Camille on a su le trépas, Un même effroi saisit les chefs et les soldats : Son bataillon léger, vainqueur sous sa conduite , Mais vaincu par sa mort , le premier prend la fuite. Atinas même fuit, et de ses vétérans Un tumulle confus désordonné les rangs.

Bataillons, escadrons, el cohorte el phalange, De vingt peuples tremblants vaste et confus mélange, Dans les champs d'alentour dispersent leurs débris, Et des lieux les plus siirs vont chercher les abris.

Non tamcn indecorcm tua te regina reliquit Extrema jam in morte; neque hoc sine nomine letiun Per gentis erit , aut famara patieris inultae. Mam quicuraque tuum violavit volnere corpus, Morte luct mérita. » Fuit iugens monte sub alto

85o Regis Dcrcenni terreno ex aggere bustum Autiqui Laurentis, opacaque ilice tectum; Hic dca se priraum rapido pulchcrritua uisu Sistil, et Arruntcm tumulo speculatur ab alto. Ut vidit fulgcutem armis, ac vaua tumeutem : « Cur, inquit, diversus abis? hue dirige gressum; Hue periture veni, capias ut digna Camillae Prairaia : tune etiam telis moriere Dianae? »

Dixit, et aurata volucrcm Tbreissa sagittam Depromsit pharetra, cornuque infensa tetcndit,

S**» Et duxit longe, donec curvata coirent

Inter se capita, et raanibus jara tangeret xquis, Laeva aciera ferri, dextra nervoque papiifam. Extemplo teli stridorem, aurasque sonautis Audiit una Arruns, haesitque in corpore ferrura. lllum exspirantera socii, atque extrema gcmcntera Obliti ignoto camporum in pulvere linquunt; Opis ad aîtheriura pennis aufcrtur Olyrapum.

Prima fugit, domina amissa, levis aia Camillae; Turbati f'ugiunt RutuU; fugit acer Atinas;

87" Disjectique duces, desolatique manipli

Tutu petunt, et equis aversi ad mœnia tendunt.

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