‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 238 sur 391 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Assis au même rang, j'aurois la même audace; Je In'iserois mes fers, et bientôt le bonheur Se joueroit d'un serment qu'arracha le malheur. Bientôt j'attaquerois un Dieu que je déteste, Et ma seconde chute en seroil plus funeste. Faut-il payer si cher cette paix d'un moment , Qui croîtroit à-la-fois ma honte et mon tourment ? Rien ne peut de l'orgueil refermer les blessures ; On pardonne les maux, mais non pas les injures. Les traits dont m'a percé mon superbe vainqueur Sont entrés trop avant dans le fond de mon cceur : Notre ennemi le sait : loin de nous faire grace , L'homme, son favori, dans son cœur nous remplace. Il a créé pour lui ces champs délicieux ; Il donne à l'homme un monde, et nous bannit des cieux. Adieu donc l'espérance, et la crainte avec elle! Fuyez, lâches remords! vengeance, je t'appelle! Que du monde entre nous l'empire soit égal : Qu'il soit le dieu du bien , je le serai du mal. C'en est fait, je lui voue une éternelle guerre: Nous aurons tous les deux nos autels sur la terre; Et ces êtres chéris , ce paradis charmant , Seront de mon pouvoir le premier monument. »

Tandis qu'il parle ainsi, sont peints sur son visage Le désespoir, la haine, et la jalouse rage : Son teint, qui par trois fois a changé de couleur, A des yeux attentifs eût révélé son cœur. Et ses trompeurs dehors et son fatal message : Au front des immortels brille un jour sans nuage. Soudain il dissinmle , et, comjiosant ses trails, Sur son front hypocrite il affecte la paix.

By act of grace, my former state; how soon

Would liiglitli recai high thoughts, how soon unsay

What feigii'd submission swore ? Ease would recant

Vows made in pain , as violent and void.

For never can true reconcilement grow.

Where wounds of deadly hale have pierc'd so deep :

100 Which would but lead me to a worse relapse And heavier fall : so should I purchase dear Short intermission bought with double smart. This knows my punislier; therefore as far From granting lie, as 1 from begging peace: All hope excluded thus, behold, instead Of us out-cast, exil'd, his new delight. Mankind created , and for him this world. So farewell hope, and with hope farewell fear. Farewell remorse : all good to rae is lost :

"" Evil, be thou my good : by thee at least Divided empire with heaven's King I hold By thee, and more than half perhaps will reign; As man, ere long, and this new world shall know. » Thus while he spake, each passion dimni'd his face. Thrice chang'd with pale ire, envy, and despair; Which marr'd his borrow'd visage, and betray'd Him counterfeit, if any eye beheld :

For heavenly minds from such distempers foul Are ever clear. Whereof he soon aware,

<2o Each perturbation smooth'd with outward calm. Artificer of fraud; and was the first That praclis'd falsehood under saintly show. Deep maliie to conceal , couch'd with revenge:

C'est lui qui, le premier, déguisant sa malice, D'un semblant de vertu sut habiller le vice. Sa feinte eût abusé les regards d'un mortel , Mais il ne peut tromper l'œil perçant d'Uriel : Cet œil, qui l'a conduit jusqu'aux monts d'Assyrie, Méconnoît dans ses traits sa céleste patrie. Quand Satan se croit seul , l'archange vigilant A vu son air troublé , son œil étincelant , Son geste furieux , sa marche turbulente.

Toutefois, poursuivant sa course menaçante. Jusqu'aux plaines d'Éden Satan s'est avancé. Il regarde; et, dans l'air doucement exhaussé. De près s'offre à ses yeux un coteau que couronnent De leurs rameaux touffus les bois qui l'environnent. De ce mont chevelu les arbrisseaux nombreux Épaississent par-tout les taillis ténébreux; Et leur richesse inculte, et leur luxe sauvage. De l'enceinte sacrée interdit le passage. Plus haut , le frêne altier, le cèdre oriental , Le palmier élancé, le pin pyramidal, De celte scène agreste , amphithéâtre sombre , Montant de rang en rang, jeloicnt ombre sur ombre. Au-dessus , déployant leurs rameaux fastueux , Un innombrable amas d'arbres majestueux L'environnent par-tout d'un rempart de verdure : Toutefois dominant celte immense clôture , L'homme contemple au loin son empire nouveau. Enfin, tournant eu cercle au sommet du coteau. Plus agréable aux yeux et plus utile encore. Un choix d'arbres féconds à l'envi le décore. Là , près du fruit naissant la fleur s'épanwuit :

Yet not enough had practis'd to deceive

Uriel once warn'd; whose eye pursued him down

The way he went, and on the' Assyrian mount

Saw him disfigur'd, more than could befall

Spirit of happy sort : his gestures fierce

He mark'd and mad demeanour, then alone,

'3o As he suppos'd, all unobserv'd, unseen.

So on he fares, and to the border comes Of Eden, where delicious Paradise, Now nearer, crowns with her enclosure green. As with a rural mound, the champaign head Of a steep wilderness, whose hairy sides With thicket overgrown, grotesque and wild. Access denied ; and over-head up grew Insuperable highth of loftiest shade.

Cedar, and pine, and fir, and brauching palm,

»jo A sylvan scene; and, as the ranks ascend Shade above shade, a woody theatre Of stateliest view. Yet higher than their tops The verdurous wall of Paradise upsprung : Which to our general sire gave prospect large Into his nether empire neighbouring round ; And higher than that wall a circling row Of goodliest trees , loadcn with fairest fruit. Blossoms and fruits at once of golden hue , Appear'd, with gay enamcll'd colours mix'd :

'!'° On which the sun more glad impress'd his beams Than in fair evening cloud, or humid bow. When God hath shower'd the earth ; so lovely seem'd That landscape : and of pure, now purer air

PARADIS PERDU

L'arbre donne et promet, l'œil espère cl jouit. Libéral envers eux de sa douce influence, Le soleil les mûrit, les dore, les nuance. Plus richement cent fois qu'il ne peint à nos yeux Les nuages du soir ou l'arc brillant des cieux. Satan vient : plus ses pas approchent du bocage , Et plus l'air devient pur et brille sans nuage : Air suave, air divin, et dont l'heureux pouvoir Peut calmer tous les maux, tous, hors le désespoir! Le printemps tout entier autour de lui respire : Dans les champs, sur les eaux folâtre le zépliire; Sa molle haleine exhale un air délicieux ; Du doux bruit de son vol il anime ces lieux. Parcourt les fruits nouveaux , baise les Heurs nouvelles; De leur ambre en passant il embaume ses ailes. Et court aux antres veris apprendre en murmurant Sur quels bords il cueillit ce tribut odorant. Ainsi , lorsipi'au nocher qui, côtoyant l'Afrique, Laisse bien loin de lui Us tours de Mozambique, De la rive où le nord regarde l'orient , Arrivent les parfums de ce climat riant Où l'Arabe moissonne et l'encens et la myrrhe; Tout-à-coup , enchanté du baume qu'il respire , Et de la voile oisive oubliant le secours , Il b'arréte; il se plaît à ralentir son cours; Parfumé de l'encens que le rivage envoie , Le vieil Océan même en a souri de joie ; Et bien loin de ces bords les heureux matclols Hument l'air embaumé qui les suit sur les flots : Tel jouissoit Satan : tel, marchant en silence, Il admire ces lieux qu'afflige sa présence. Pensif et solitaire, il arrive à pas lents; Pour chercher un passage il s'égare long-temps : Sous la voûte des bois , les buissons qui l'enlacent De leurs tissus épais l'arrêtent , l'embarrassent ,

Meets his ai)proach , and to th(? heart inspires Vernal delight and joy, able to drive All sadness but despair : now gentle gales. Fanning their odoriferous wings, dispense Native perfumes, and whisper whence they stoic Those balmy spoils. As when to them who sail

iCo Beyond the cape of Hope , and now arc past Mozarabic, off at sea north-east winds blow Sabean odours from the spicy shore Of Araby the blest ; with such delay Well pleas'd they slack their course , and many a league Chcer'd with the grateful smell , old Ocean smiles : So entertain'd those odorous sweets the Fiend , Who came their bane : though with them better pleas'd Than Asmodëus with the fishy fume, That drove him, though enamour'd, from the spouse

'70 Of Tobit's son ; and with a vengeance sent From Media post to Egypt, there fast bound. Now to the' ascent of that steep savage hill Satan hadjourney'd on, pensive and slow; But further way found none; so thick entwin'd As one continued brake, the undergrowth Of shrubs and tangling bushes had perplex'd All path of man or beast that pass'd that way. One gate there only was , and that look'd East t)n the' other side : which when the' arch-felon saw.

El dérobent aux yeux , en croisant leurs rameaux , Les vestiges de l'homme et ceux des animaux. Seul , aux bords opposés , du côté de l'aurore , Sous des ombrages frais , un accès reste encore : A peine il l'aperçoit, son superbe dédain Fuit un abord facile ; il s'élance, et soudain. Franchissant de ces lieux l'inviolable entrée , Il retombe , et s'abat dans l'enceinte sacrée. Ainsi , quand le berger dort avec ses troupeaux , Vers le foible rempart , garant de leur repos , Terrible , aiguilloimc par sa faim meurtrière , Le loup vient, et d'un saut a franchi la barrière : Tel le brigand nocturne assiège le trésor Où l'avide opulence accumule son or ; En vain d'épais barreaux, en vain le coffre avare, Opposent un obsiacle aux assauts qu'il prépare ; Il i)rise le vitrage, il dépouille les toits. Descend, pille, et remonte, affaissé sous le poids. Tel ce premier brigand , cet archange homicide , Aux murs chéris de Dieu livre un assaut pcrlide, Moule à l'arbre de vie , arbre qui vers les cieux Levé au-dessus de tous son front audacieux. Sous les traits d'un vautour à la serre cruelle , Satan n'y clierche point une vie éternelle ; Non ; des êtres vivants , dans son affreux transport , Sur l'arbre de la vie il médite la mort. Il n'allend pas non plus que cet arbre l'inspire. Et des vertus en lui renouvelle l'empire : C'est un posie élevé d'où ses avides yeux Cherclicnt au loin la proie où prétendent ses vœux. Ainsi Dieu seul connoit et Dieu seul apprécie Les véritables maux, les vrais biens de la vie: Le reste corrompt tout, et par un sort fatal Fait trop souvent du bien les instruments du mal ; Ou, profanant du ciel les plus brillants ouvrages,

180 Due entrance he disdaiu'd; and , in contempt , At one slight bound high over-leap'd all bound Of hill or highest wall, and sheer within Lights on his feet. As when a prowling wolf, W hom hunger drives to seek new haunt for prey. Watching where shepherds pen their flocks at eve In hurdled cotes amid the field secure , Leaps o'er the fence with ease into the fold : Or as a thief, bent to unhoard the cash Of some rich burgher, whose substantial doors,

190 Cross-barr'd and bolted fast, fear no assault; In at the window climbs, or o'er the tiles : So clomb this first grand thief into God's fold; So since into his church lewd hirelings climb. Thence up he flew, and on the tree of life. The middle tree and highest there that grew, Sat like a cormorant; yet not true life Thereby regain'd, but sat devising death To them who liv'd; nor on the virtue thought Of tliat life-giving plant , but only us'd

2^0 For prospect what well used had been the pledge Of immortality. So little knows Any, but God alone, to value right The good before him , but perverts best things To worst abuse, or to their meanest use.

Beneath him with new wonder now he view5 ,

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