‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 243 sur 391 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Ces dépouilles des fleurs qui tombent de leurs bras, Et leurs pleurs résineux, embarrassent nos pas; Il faut les écarter. Cependant l'ombre oiiscure Nous invile au sommeil : cédons à la nature. »

De son sexe charmant le modèle enchanteur, Eve alors lui répond ; >< O charme de mon cœur! O source de ma vie ! à loi je m'abandonne. Eh ! peut-on balancer (piand l'Éternel ordonne ? Tu te soumets à Dieu, je me soumets à toi; Voir Dieu dans mon époux est ma suprême loi : Une femme doit-elle en savoir davantage .•* C'est sa première gloire et son plus doux partage. Oui, cher époux, dans toi je trouve tous les dons; Je ne distingue point les heures , les saisons ; Avec toi tout me plail dans la nature entière. J'aime l'aube du jour et sa douce lumière, Du réveil des oiseaux le concert matinal ; J'aime à voir du soleil l'éclat oriental Colorant i)ar degrés, de ses clartés naissantes, El nos prés et nos fleurs, et nos fruits et nos plantes. Lorsque la fraîche ondée a plu du haut des cieux , J'aime de ces bosquets l'ambre délicieux; J'aime à voir, sur le sein de la terre arrosée , L'herbe où tremblent encor les gouttes de rosée. Je rêve doucement , quand le soir de retour, Vient reposer nos yeux de l'éclat d'un beau joui-, Et lorsque , reprenant son amoureuse veille , Le tendre rossignol enchante mon oreille. Et lorsque de ses feux, pareils au diamant, L'aslre brillant des nuils pare le firmament. Mais tout ce qui me plaît dans la nature entière , Les prémices du jour et sa douce lumière , Des oiseaux réveillés le concert matinal , Du soleil renaissant l'éclat oriental ,

That mock our scant manuring, and require More hands than ours to lop their wanton growth :

63o Those blossoms also, and those dropping gums. That lie bestrewn, unsightly and unsmoolh. Ask riddance, it' we mean to tread with ease; Meacwhiie, as nature wills, night bids us rest. »

To whom thus Eve, with perfect beauty adorn'd : « My author and disposer, what thou bid'st Unargued I obey; so God ordains; God is thy law, thou mine : to know no more Is woman's happiest knowledge, and her praise. With thee conversing 1 forget all time ;

^*° All seasons, and their change, all please alike. Sweet is the breath of morn, her rising sweet. With charm of earliest birds; pleasant the sun. When first on this delightful land he spreads His orient beams , on herb, tree, fruit, and flower. Glistering with dew; fragrant the fertile earth Alter soft showers ; and sweet the coming on Of grateful evening mild; then silent night With this her solemn bird, and this fair moon. And these the gems of heaven, her starry train :

'^'■'o But neither breath of morn, when she ascends Witii charm of earliest birds; nor rising sini On this delightful land; nor herb, fruit, flower,- Glistering with dew; nor fragrance after showers; Nor grateful evening uiild; nor silent night,

F!i la pluie humectant la campagne arrosée, L'herbe où tremblent encor les gouttes de rosée, Un beau soir, des bosquets l'hôle mélodieux Le repos de la nuit, son cours silencieux, Ses iiniombrables feux, ses légions d'étoiles, Et tous ses diamants dont elle orne ses voiles , O charme de mon cœur ! que seroieut-ils sans loi ? Mais ces astres des nuils , cher époux , réponds-moi , Quel est donc leur usage ? et lorsque tout sonmieille. Dis-moi, si tu le sais, pour qui leur clai'té veille. »

« O fille incomparable et de l'homme et de Dieu ! Lui répond son époux , tous ces globes de feu Conunençant, achevant leur route régulière, Renouvellent sans fin leur course journalière ; Et Dieu de leurs clartés destine le trésor A cent peuples divers qui ne sont pas encor. Sans eux, du monde entier lugubre souveraine, La nuit ressaisiroit son antique domaine , Et , rendant au néant cet univers si beau , De la vie expirante étein droit le flambeau. Leur flamme anime tout ; ainsi que la lumière , Leur chaleur se répand sur la nature entière, Verse son influence à tous les corps divers. Nourrit, tempère, échauffe, eudjellit l'univers. Et prépare en secret chaque èlre qu'il enfante A sentir du soleil l'impression puissante. Ces feux, pendant la nuit, sont perdus pour nos jeux : Mais ce n'est pas en vain qu'ils brillent dans les cieux; Et sans nous, ne crois pas que ce superbe ouvrage Manquât de spectateurs, ni l'Eternel d'hommage. La nuit comme le jour, cachés à nos regards. Des millions d'esprits errent de toutes parts ; El, sans que le repos interrompe leur veille, Des mondes lumineux contemplent la merveille.

With this her solemn bird , nor walk by moon. Or glittering star-light, without thee is sweet. But wiicreof all night long shine these ? for whom This glorious sight, when sleep hath shut all eyes? .• To whom our general ancestor replied :

660 ,t Daughter of God and man , accomplish'd E^c, These have their course to finish round the earth , By morrow evening, and from land to land In order, though to nations yet unborn , Ministering light prepar'd, they set aud rise ; Lest total darkness should by night regain Her old possession , and extinguish life In nature and all things, which tiiese soft fires ISot only enlighten, but with kiudly heat Of various influence foment and warm,

''TO Temper or nourish ; or in part shed down 'J'heir stellar virtue on all kinds diat grow On earth, made hereby aptcr to receive Perfection from the sun's more potent ray. These then, though unbeheld in deep of night. Shine not in vain ; nor think , though men were none, That heaven would want spectators, God want praise: Millions of spiritual cjeaturcs walk the earth Liiseeu, both when we wake, aud when we sleep : All these with ceaseless praise his works behold

''3" Both day and night : how often from the sleep Of echoing hill or thicket have we heard

PARADIS PERDU

Que de fois dans la nuit , des monlagnes, des bois , L'écho nous apporta leurs séraphiqucs voix, Tantôt seules, tantôt eu concerts réunies, Solennisant de Dieu les grandeurs infinies ! Souvent leurs escadrons, sentinelles des cieux. Dans leur ronde nocturne, à leurs posies nombreux , ( Nous l'avons entendu ) des harpes résonnantes Joignent l'accord divin à leurs voix ravissantes ; Et , divisant la nuit par leurs célestes chœurs , Au Dieu qui les envoie ils rappellent nos caurs. »

A ce discours succède un amoureux silence : En se donnant la main , l'un et l'autre s'avance Au berceau nuptial , berceau voluptueux Que l'Éternel lui-même avoit planté pour eux , Où la terre, épuisant ses plus pures délices, Au premier des humains prodigue ses prémices. Pour former ces lambris , ou voit se marier L'amarante au jasmin , et le myrte au laurier ; Tous s'unissoient en voûte, et de leur vert feuillage Sembloient avec plaisir entrelacer l'ombrage; RIille arbustes charmants, mille buissons (leuris. De deux murs de verdure appuyoient ces lambris ; Entre eux croissent des fleurs confusément écloses. Mosaïques d'iris , de jasmin et de roses ; Enfui mille autres fleurs, l'hyacinthe azuré, L'obscure violette et le safran doré , Défiant et la pourpre , et le jaspe , et l'opale , Décoroient à l'envi la couche nuptiale.

Le quadrupède errant, l'insecte, ni l'oiseau. N'eût osé de l'hymen profaner le berceau , Tant étoit respecté le souverain du monde ! Jamais lieu si secret , retraite si profonde , Dans les champs fabuleux ne reçut autrefois Les Faunes, les Sylvains, et les nymphes des bois.

Celestial voices to tlic midnight air.

Sole, or responsive each to olhcr's note. Singing their great Creator ! oft in bands While they keep watch, or nightly rounding walii , With heavenly touch of instrumental souuds In full harmonic number join'd , their songs Divide the night, and lilt our tlioughts to heaven. » Thus talking, hand in hand along they pass'd Cgn On to their blissful bower; it was a place Chos'n by the sovran planter, when he fram'd All things to man's deliglitful use; the roof Of thickest covert was inwoven shade.

Laurel and myrtle, and what higher grew Of firm and fragrant leaf : on either side Acanthus, and each odorous bushy shrub, Fenc'd up the verdant wall; each beauteous flower. Iris all hues, roses, and jessamine, Rcar'd high their flourisli'd heads between, and wrougli 700 Mosaic; under foot the violet.

Crocus , and hyacinth , with rich inlay Broider'd the ground, more colour'd than with stoo Of costfiest embfem : other creature here. Bird, beast, insect, or worm, durst enter none. Such was their awe of man. In shadier bower More sacred and sequester'd, though but feign'd, Pan or Sylvanus never slept, nor nymph, Ror Faunus hauuted.

Là , tous deux vont s'unir ; de sa main virginale

Eve elle-même orna la couche conjugale.

Dans ce jour fortuné, de ses jours le plus doux.

Oil l'ange de l'hymen à son heureux époux

(Conduisit par la main sa brillante contjuèle.

Où tout le ciel en chctur en célébra la fête.

De guirlandes de fleurs, de parfums précieux ,

Elle-même embauma l'abri mystérieux.

Là, des roses pour lit, pour témoin la nature,

La beauté fut sa dot, la pudeur sa parure :

Sa chaste nudité l'enibellissoit encor.

Celle à qui tous les dieux ouvrirent leur trésor,

La Pandore des Grecs ne fut point son égale :

Ah ! puisse-l-elle au monde être un jour moins falah; !

Là, tous deux arrêtés, ils adorent tous deux Le Dieu qui fit les airs, et la terre et les cieux, Et l'astre de la nuit, et les globes sans nombre Dont la voûte étoilée étincelle dans l'ombre : '< Grand Dieu! lu fis la nuit, tu lis aussi le jour, Témoin de nos travaux dans cet heureux séjour , Doux travaux cpie partage un couple qui l'adore, Et que le tendre amour lui rend plus doux encore ! Nous les devons à toi ces délices du coeur. Cet amour innocent, ta plus chère faveur. Nous aimer, te bénir, sont notre bien suprême. Nous le devons ces lieux embellis par toi-même : Trop féconds pour nous seuls, trop grands pour nos be- Leur sol manque de bras , leur beauté de témoins ; [ soins , Et de tant de bienfaits l'abondance est perdue. Mais tu nous Tas promis : dans leur vaste étendue. D'autres humains un jour , fruit de nos doux liens. Ainsi que nos travaux , partageront nos biens : Tous, joints au grand concert de la reconnoissance , Béniront ta bonté, chanteront ta puissance.

Here, in close recess, Witli flowers, garlands, and sweet-smelling herbs,

710 Espoused Eve deck'd first her nuptial bed; And heavenly quires the hymeniean sung, Wliat day the genial angel to our sire Brought her, in naked beauty more adorn'd, More lovely, than Pandora, whom the gods Endow'd with all their gifts, and O too like In sad event, when to the' un wiser son Of Japhet brought by Hermes, she ensnar'd Mankind with her fair looks, to be aveng'd On him who had stole Jove's authentic fire.

720 Thus, at their shady lodge arriv'd, both stood. Both turn'd, and under open sky ador'd The God that made both sky, air, earth , and heaven , Which they beheld, the moon's resplendent globe. And starry pole : « Thou also mad'st the night, Maker Omnipotent ! and thou the day, Wliich we, in our appointed work employ'd , Have finisli'd, happy in our mutual help And mutual love, the crown of all our bliss Ordaiu'd by thee , and this delicious place

730 For us too large, where thy abundance wants Partakers, and uncropt falls to the ground, lîut thou hast promis'd from us two a race To fill the earth, who shall with us extol Thy jjuodnejM infinite, bolli when we wake,

Soit que le jour naissaut hàle notre réveil,

Soit que l'ombre du soir nous rappelle au sommeil ,

Doux repos , oîi par loi ce berceau nous invite ! »

Ainsi d'un cœur soumis le couple heureux acquitte Envers l'Etre éternel ses vœux reconnoissants ; Le bénir est leur culte, et l'aimer leur encens. A leurs hymnes succède un amoureux silence ; En se donnant la main, l'un et l'autre s'avance "Vers la couche où Dieu même invite ces amants. Ils n'ont point à quitter ces vains habillements Qu'iç;nore l'innocence en sa nudité pure, Qui sont pour nous un poids plutôt qu'une parure. Tous deux, foulant eu paix ce lit voluptueux. Ne se refusent pas ces gages vertueux D'un amour innocent que voile le mystère. Fuyez , scrupule vain , hypocrisie austère ! Et toi, source de biens, salut, hymen sacré, Par Dieu même permis, par Dieu même inspiré ! Ah ! ceux dont la vertu renonce à les délices Font le plus généreux de tous les sacrifices! Salut, premier berceau de la société, De ces premiers époux seule propriété ! Quand la brute avec eux partageoit leur domaine. Pour eux Dieu réserva ton innocente chahie ; Le roi des animaux laisse à leur vague amour. Et leur flamme adultère , et leur penchant d'un jour. Toi , ta sainte union seule est durable et pure , Et la raison l'approuve ainsi que la nature : De toi viennent ces nœuds et ces rapports chéris Et de frère et de sœur, el de père et de fds ; Ces nœuds sont à-la-fois des richesses pul)liques, Et de l'homme privé les douceurs doniesliques. Pour toi le chaste amour choisit ses flèches d'or; Là, ses ailes de pourpre arrêtent leur essor ;

And when we seek , as now, thy gift of sleep. >•

This said unanimous, and otlicr rites Observing none, but adoration pure Wliicli God likes best , into their inmost bower Handed they went; and, cas'd the putting off

740 'I'Iksc trnublesomc disguises which we wear.

Straight side by side wcie laid; nor turn'd, I ween,

Adam from his fair spouse, nor Eve the rites

Mvsterious of connubial love refus'd :

Wlratever hypocrites austerely talk

Of purity, and place, and innocence.

Defaming as impure what God declares

Pure, and commands to some, leaves free to all.

Our Maker bids increase : who bids abstain ,

But our destroyer, foe to God and man ?

T^o Hail, wedded love, mysterious law, true source Of human oH'spring, sole propriety In paradise of all things common else ! liy thee adulterous lust was driven from men Among the bestial herds to range : by thee Founded in reason, loyal , just, and pure, Uelalions dear, and all the charities Of father, son, and brother, Krst were known. Far be' it, that I should write thee sin or blame. Or think thee unbefitting holiest place,

760 Perpetual fountain of domestic sweets.

Whose bed is undefil'd and chaste pronouuc'd ,

J'u nourris son flambeau ; la vertueuse flamme

ÏN 'est point l'éclair des sens , mais le doux feu de l'ame.

Dans la profane orgie et le vain bruil des cours.

Je n'irai point chercher les pudiques amours;

On ne les trouve point dans la veille galante

De ces amants transis, dont la lyre dolente,

Coufianl leurs chagrins aux fraîches nuits d'été,

Chante sous ses balcons l'orgueilleuse beauté.

Loin de loi des Phryués les vénales caresses,

Leurs faveurs sans amours, leurs baisers sans tendresses,

Vil tribut du hasard , ivresse du moment !

Tels n'étoient point les nœuds de ce couple charmant :

Bercés par les doux sons du rossignol (pii chante ,

Des fleurs de leurs lambris une pluie odorante

Jonche leur lit d'hymen ; et l'aurore qui suit

Répare chaque jour les tributs de la nuit.

Dors, jouis, couple heureux ! heureux si tu sais l'être ;

Et connois le danger de vouloir trop connoîlre 1

La nuit avoil rempli la moilié de son tour; Cependant les gardiens de cet heureux séjour, De leur porte d'ivoire, à Ihenre accoutumée. En silence guidoient leur invisible armée ; Alors au chérubin, après lui le premier, Gabriel parle ainsi : « Magnanime guerrier. Que de ces légions une moitié le suive ; Ya, fais vers le midi ta recherche altenlive : Vous, marchez vers le nord, troupe fidèle; el nous, Bientôt vers le couchant nous nous joindrons à vous. » Ainsi que par les vents la flanune est partagée, En deux paris à l'instant la troupe s'est rangée. Parmi ceux dont la foule entoure Gabriel, Il appelle aussitôt Zéphon, Ilhuriel : « Parlez, et déployez vos diligentes ailes, De ce vasie jardin vigilants sentinelles ;

Present or past, as saints and patriarchs us'd. Here Love bis golden shafts employs , here lights His constant lamp, and waves his purple wings; Reigns here and revels; not in the bought smile Of harlots, loveless, joyless, unendear'd. Casual fruition; nor in court-amouis, Mix'd dance, or wanton mask, or midnight ball Or serenade, which the starved lover sings

770 To his proud fair, best quitted with disdain. These, lull'd b> nightingales, embracing slept. And on their naked limbs the flowery roof Shower'd roses, which the morn repair'd. Sleep on. Blest pair ; and O yet happiest , if ye seek I\o happier state, and know to know no more!

ISow had night mcasur'd with her shadowy cone Halfway up hill this vast sutilunar vault. And from their ivory port the cherubim. Forth issuing at the' accustom'd hour, stood arm'd

780 To their night-watches in warlike parade;

When Gabriel to his next in power thus spake. « Uzziel , half these diaw off, and coast the south With strictest watch; these other wheel the north; Our circuit meets foil west. » As flame they part. Half wheeling to the shield , half to the spear. From these, two strong aud subtle spirits he call'd That near him stood, and gave them thus in charge. « Ithuricl aud Zcphon, with wing'd speed

PARADIS PERDU

Fouillez dans les réduits les pins mystérieux ; Mais sur-tout observez d'un regard curieux L'asile où ces époux heureux, et sans alarmes, D'un tranquille sommeil goûtent en paix les charmes. Ce soir, de l'occident, un messager du ciel Est venu m'aunoncer qu'un ange criminel Échappé (qui Teûl cru?) de la rive infernale, Médite dans ces lieux quelque embûche fatale ; Partez : qu'on le saisisse , et l'amène à mes yeux. »

A ces mots, il conduit ces anges radieux ; Ils marchent sur ses pas : leur armure guerrière Semble éclipser des nuiis la brillante courrière. Il arrive au borage ; il voit l'affreux Satan Huml)le, et tapi tout près de l'épouse d'Adam , Sous les trails d'un reptile assiéger son oreille. Son souffle insidieux, tandis qu'elle sommeille, Par un songe perfide égare sa raison ; Ses esprits, d'un sang pur légère exhalaison , Pareils eu leur essence à ces vapeurs fluides Qu'élèvent dans les airs les rivières limpides. Il cherche à les corrompre ; il lui souffle en secret Les rebelles désirs et l'espoir indiscret , L'amljilieuse audace et l'aveugle imprudence De l'orgueil mécontent au sein de l'abondance. L'ange, parmi les fleurs oîi le traître est couché. De sa lance divine aussitôt l'a touché : Rien ne résiste aux coups d'une céleste armure. Tout-à-coup, de ses traits dépouillant l'imposture, Satan devient lui-même : ainsi , quand vers l'amas De ces grains sulfureux pétris pour les combats , Et qui doivent jjieutôt , semant les funérailles, De leurs chocs foudroyants renverser les murailles.

Search through this garden, leave unsearch'd uo nook; 79° But chiefly where those t\?o fair creatures lodge, Now laid perhaps asleep, secure of^iarin. This evening from the sun's decline arriv'd, Who tells of some infernal spirit seen llitherward bent (who could have thought? ) escaped The bars of hell, on errand bad no doubt : Such, where ye find, seize fast, and hither bring. »

So saying, on he led his radiant files. Dazzling the moon ; these to the bower direct In search of whom they sought. Him there they found 800 Squat like a toad, close at the ear of Eve, Assaying by his devilish art to reach The organs of her fancy, and with them forge Illusions, as he list, phantasms and dreams; Or if inspiring venom , he might taint The animal spirits, that from pure blood arise Like gentle breaths from rivers pure, thence raise At least distemper'd, discontented thoughts. Vain hopes, vain aims, inordinate desires. Blown up with high conceits engendering pride. 810 Him, thus intent, Ithnriel with his spear

Touch'd lightly ; for no falsehood can endure Touch of celestial temper, but returns Of force to its own likeness : up he starts Discover'd and surpris'd. As when a spark Lights on a heap of nitrous powder, laid Fit for the tun, some magazine to store Against a mmour'd war, the smutty grain

Une étincelle vole , à l'instant le feu part : Tel Satan se redresse ; et son affreux regard , Et son visage, empreint de ses projets funestes, Ont fait presque trembler les deux guerriers célestes. Bientôt l'élonnemeut a fait place au courroux : « Qu'es- lu ? lui dit Zéphon. Que fais-tu parmi nous ? N'es-tu pas un de ceux que pour prix de leur crime L'éternelle vengeance a plongés dans l'abîme ? De quel front osas-tu quitter les noirs cachots , Biigand insidieux .►■ Pourquoi , dans son repos , Viens-tu troubler un couple innocent et fidèle ? Pourquoi le déguiser ? » -< Quoi ! dit l'ange rebelle. Tu ne me connois pas ,' Je n'eu suis pas surpris : Assis au dernier rang des célestes lambris , Nul de vous à mes yeux n'eut l'honneur de paroili e ; Ou si tu m'aperçus dans la cour de Ion maître , Pourquoi , vil plébéien , demander qui je suis .•• «

Zéphon, à ce discours, rend nu'pris pour mépris : « Non , je ne connois point ta hideuse figure ; Mon œil y cherche un ange , et n'y voit qu'on [rarjure. Te crois-tu tel encor que te virent mes yeux , Lorsque fidèle et pur tu siégeois dans les cieux .•• Non ; ta beauté périt avec ton innocence. Et dans. tes traits affreux Dieu giava sa vengeance. Faux ange de lumière, au^jf ténèbres livré, Du séjour de la gloire enfant déshonoré , Viens , que mon bras te livre au chef de ces milices Qui veillent contre loi dans ces lieux de délices. »

I II dit; son front serein, sa tranquille beauté,

I Prête un noble ascendant à sa sévérité.

Satan se trouble ; il voit combien de l'innocence

I Le calme inaltérable ajoute à la puissance ;

With sudden blaze diffus'd , inflames the air : So started up in his ov/n shape the fiend. 820 Back stcpt those two (air angels , half araaz'd So sudden to behold the grisly king; Yet thus, unmov'd with fear, accost him soon. « Which of those rebel spirits adjudg'd to hell Com'st thou, escap'd thy prison? "and, transfurm'd , Why sat'st thou like an enemy in wait. Here watching at the head of these that sleep? » « Know ye not then, ( said Satan, fill'd with scorn) Know ye not me? ye knew rae once no male For you, there sitting where ye durst not soar: 83o Not to know me argues yourselves unknown. The lowest of your throng; or if ye know, Why ask ye, and superfluous begin Your message, like to end as much in vain?»

To whom thus Zephon , answering scorn with scorn «Think not, revoked spirit, thy shape the same. Or undirjinish'd brightness to be known. As when thou slood'st in heaven upright and pure. That glory then, when thou no more wast good. Departed from thee, and thou resembles! now 840 Thy sin and place of doom , obscure and foul. But come, for thou, be sure, shalt give account To him who sent us , whose charge is to keep This place inviolable, and these from harm. »

So spake the cherub; and his grave rebuke. Severe in youthful beauty , added grace Invincible: abash'd tlie devil stood.

Et , tout bas tourmenté d'un bonheur qu'il n'a plus , Sent mieux l'horreur du vice à l'aspect des vertus. Mais Satan avili ! Satan méconnoissable ! Bien plus que ses forfaits , voilà ce qui l'accable : Sa douleur est la honte , et non le repentir : Cependant son orgueil craint de se démentir. < Me voilà prêt, dit-il; mais toi, vil léméraire, D'un potentat des cieux subalterne adversaire, Envoie ici ton chef, ou bien armez-vous tous; Fe veux que le combat soit égal entre nous; Qu'ainsi, soit qu'il obtienne ou perde la victoire, îalan cède sans honte, ou triomphe avec gloire. »

« Ange dégénéré, dit Zéphon sans effroi, ^''a , le dernier de nous suffit seul contre toi. »

Satan, sans répliquer, dévore son outrage; [1 suit les deux guerriers en frémissant de rage. ^ la fuite, au combat, il songeroit en vain : )ur lui pèse d'en-haut une invisible main ; L'orgueil de ses regards est vaincu par sa honte ; Pel un coursier fougueux mord le frein qui le dompte.

Tous les trois cependant ils approchent des lieux 3ù le double escadron des milices des cieux, attendant le signal de ses bandes guerrières , En cercle à l'occident a rejoint ses bannières; Leur chef au premier rang s'écrie : « A moi, soldats ! Dn vient : d'un bataillon j'entends ici les pas ; soyez prêts. Aux lueurs dont le couchant s'éclaire, r'aperçois deux guerriers avec un front sévère 5e diriger vers nous; un troisième, à son air N^oble, mais abattu, semble un roi de l'enfer; son front est menaçant , ses yeux brûlent de rage : A^rmez-vous de prudence, armez-vous de courage. »

And felt how awful goodness is , and saw Virtue in her shape iiow lovely; saw, and pin'd His loss; but chiefly to find here observ'd

'^ His lustre visibly impair'd ; yet seem'd

Undaunted. " If 1 must contend, (said he) Best with the best, the Sender, not the sent, Or all at once; more glory will be won. Or less be lost. »

Thy fear (said Zephon bold) Will save us trial what the least can do Single against thee, wicked, and thence weal<. »

The fiend replied not, overcome with rage; But, like a proud steed rcin'd, went haughty on, Champing his iron curb : to strive or fly

"*«' He held it vain ; awe from above had qucU'd

His heart, not else dismay'd. [Sow drew they nigh The western point, where those half-rounding guards Just met, and closing stood in squadron join'd. Awaiting next command. To whom their chief, Gabriel, from the front thus call'd aloud : «O friends! I hear the tread ol' nimble feet Hasting this way; and now by glimp.se discern Ithuriel and Zephon tiirough the shade; And with thera comes a third of regal port,

"70 But faded splendour wan ; who by his gait

And fierce demeanour seems the prince of hell , Not likely to part hence without contest; Stand firm , for in his look defiance lours.

He scarce had ended, when those two approach'dp

zephon vtent ; à son chef il raconte en quel lieu , Comment il a surpris eel ennemi de Dieu ; Ses ruses , ses projets ; et d'un ton de menace , Gabriel , en ces mots , gourmande son audace : « Esclave révolté, parle; pourquoi viens-lu Du souflle impur du vice infecter la vertu ? Qu'a de commun Satan avec des coeurs fidèles .' Nul de nous n'a trempé dans tes complots rebelles ; Pourquoi donc, échappé de les ciichots affreux, As-lu de ta présence affligé ces beaux lieux ? >•

Alors , avec un froid et dédaigneux soTirire : « Gabriel, dit Satan, d'où te vient ce délire.? Jadis je t'ai vu sage : apprends-moi donc pourquoi Je te trouve aujourd'hui si différent de toi. Réponds : quel prisonnier n'aime à briser sa chaîne ? Et quel être au plaisir préféreroit la peine ? Captif, n'aurois-tu pas voulu rompre tes fers.? Mais on plaint peu les maux que l'on n'a pas soufferts : Gabriel dans les cieux ignora l'infortune ; Bercé par le bonheur, le malheur l'importune. D'un maître, me dis-lu, j'ai violé la loi! Mais pourquoi mon cachot s'est-il ouvert poiu- moi ? Qu'il y mette, s'il peut, des barrières plus fortes , Ou que ses durs geôliers en gardent mieux les portes. Tes guerriers m'ont surpris voyageant en ces lieux, J'en conviens ; et qu'importe au souverain des cieux ? De ces fails innocenis d'où vient que tu m'accuses ? Où sont là mes complots , mes forfaits et mes ruses ? »»

Avec un rire amer, le sage Gabriel Répond : •< Il n'est donc plus de raison dans le ciel ! Avec lui dans l'enfer elle s'est exilée ; Et lui-même, voilà que sa raison troublée

And brief related whom they brought, where found. How busied , in what form and posture couch'd. To whom with stern regard thus Gabriel spake. " Why hast thou , Satan , broke the bounds prescrib'd To thy transgressions , and disturb'd the charge

88o Of otliers, who approve not to franss;ress By thy example, but have power and right To question thy bold entrance on this place; Employ'd, it seems, to violate sleep, and those Whose dwelling God hath planted herein bliss? » To whom thus Satan , with contemptuous brow. « Gabriel! thou liadst in heaven the esteem of wise. And such I held tliee, bnt this question ask'd Puts me in doubt. Lives there who loves his pain? Who would not, finding way, break loose from hell,

"11° Though thither doom'd ? Thou wouldst thyself, no doid)t. And boldly venture to whatever place Farthest from pain, where thou mightst hope to change Torment with ease, and soonest recompense Dole with delight, which in this place I sought; To thee no reason, wiio know'st only good. But evil hast not tried : and wilt object His will who bounds us? Let him surer bar His iron gates, if he intends our stay In that dark durance: thus much what was ask'd.

900 The rest is true , they found me where they sav ; But that implies not violence or harm. »

Thus he in scorn : the warlike angel raov'd , Disdainfully half smiling, thus replied.

PARADIS PERDU

Doute si nous devons 6pier ses complots.

Il est doux, m'as-lu dit, d'échapper à ses maux :

Pourquoi donc irriter le courroux de ton maître ?

Vil fugitif! bientôt il va saisir un traître,

Te remettre à la chaîne; et de ses fouets l)rûlants

Imprimer les sillons sur les membres sanglants ;

Et tu sauras alors que toutes les souffrances

N'égalent pas un trait de ce Dieu des vengeances.

Mais pourquoi seul ici ? Tes compagnons, dis-moi,

Au fond de tes enfers souf!Venl-ils moins que toi?

Ou leur chef a-t-il fui la main qui les oppresse ?

A ce parti du moins je connois sa sagesse :

I^ héros qui les laisse en cet abîme ardent ,

S'il est moins courageux, est du moins plus prudent. »

Satan, à ce discours, jette un regard farouche : « Quel propos insolent est sorti de ta bouche ! Moi, manquer de courage ! Ah! tel ne m'ont point vu Ces champs de l'cmpyrée où je t'ai combattu ; Trop heureux que ton Dieu , de ses foudres cruelles , A tes traits languissants daignât prêter les ailes! Tes discours sont plus prompts ; mais ton peu desavoir Me fait pitié. D'un chef connois-tu le devoir.^ J'ai fait le mien. L'enfer parloil d'un nouveau monde; Pour consoler enfin leur misère profonde, J'y voulois établir mes sujets malheureux. Mais ne falloit-il pas reconnoitre les lieux ? Et devois-je exposer mes compagnons fidèles .•• Eh bien, pour observer ces régions nouvelles. C'est moi seul , oui, c'est moi qui, parti des enfers, IVune aile audacieuse ai franchi ces dései'Is.

« O loss of one in heaven to judge of wise Since Satan fell, whom folly overthrew.

And now returns him from his prison 'scap'd , Gravely in douht vphclher to hold them wise Or not, who ask what boldness brought him hither Unlicens'd from his bounds in hell prescrib'd; 9>o So wise he judges it to fly from pain However, and to 'sca[>e his punishment ! So judge thou still, presumptuous! till the wrath Which thou incurr'st by flying, meet thy flight Sevenfold , and scourge that wisdom back to hell , Which taught thee yet no better, that no pain Can equal anger inliiilte provok'd.

But wherefore thou alone? wherefore with thee Came not all hell broke loose ? is ])ain to iheui Less pain, less In be fled; or thou than they

0'" Less hardy to endure ! Courageous chief!

The first in flight from pain ! hadst thou alledg'd To thy deserted host this cause of flight Thou surely hadst not come sole fugitive. »

To which the fiend tlius answer'd , frowning stern : « INot that I less endure, or shrink from pain. Insulting angel ! well thou know'st I stood Thy fiercest, when in battle to thy aid The blasting vollied thunder made all speed. And seconded thy else not dreaded spear.

o3" Rut still thy words at random, as before, Argue thy inexperience what behoves from hard assays and ill successes past A faithful leader, not to hazard all Through ways of danger by himself untried ;

Vaute-moi les guerriers, j'appris à les coniioîlre :

Les délices du ciel, le culte de leur maître,

Voilà leur doux emploi : pacifiques soldats,

Ils sont faits pour les chants, et non pour les combats.

Des molles voluptés que le ciel soil l'empire.

Mais qu'ils laissent la lance et reprennent la lyre. »

" Ainsi dans ses discours Satan se contredit, Répli(|ue Gabriel : toi-même me l'as dit. Tu braves les dangers ; mais ta honteuse tâche Est-elle d'un guerrier .^ Non, c'est celle d'un lâche. Tu me parles ici de la fidélité !

O terme injurieux à la divinité !

Toi fidèle! A qui donc' à la horde rebelle, Troupe digne en effet d'un chef si digne d'elle? D'un cœur indépendant tu réclames les droits ! Mais dis, quand tu servois ce souverain des rois. Pour mieux le renverser, qui, d'une ame plus vile. Devant son trône d'or courba son front servile ? Ta bassesse, en rampant, marchoit vers la grandeur. Mais grave bien ces mots dans le fond de ton cœur! Toi qui voulois régner sur le roi que j'adore, Si dans ces lieux sacrés je le rencontre encore, Tu te verras saisi par ma puissante main; Ce bras l'accablera de cent chaînes d'airain; Replongé, garrotté dans ces profonds abîmes. Tu sauras si l'enfer conserve ses victimes : Tente alors d'en sortir; viens nous dire si Dieu Surveille foiblemeni ce redoutable lieu , S'il faut aux révoltés des barrières plus fortes. Et si ce Dieu terrible en sait garder les portes. »

I, therefore, 1 alone first undertook To wing the desolate abyss , and spy This new-created world, whereof in hell Fame is not silent, here in hope to find Ikttcr abode , and my afflicted powers

Qio To settle here on earth, or in mid air;

Tliough for possession but to try once more What tliou and thy gay legions dare against; Whose easier business were to serve their lord High up in heaven, with songs to hymn his throne , And practis'd distances to cringe, not figlit. »

To whom the warrior-angel soon replied.

« To say and straight unsay, pretending first Wise to fly pain , professing next the spy. Argues no leader but a liar trac'd,

95o Satan, and couldst thou ' faithful' add ? O name, O sacred name of faithfulness profan'd ! Faithful to whom? to thy rebellious crew ? Army of fiends, fit body to fit head.

W^as this your discii.linc and faith engag'd, Y'uur military' obedience, to dissolve Allegiance to the' acknowledged power supreme? And thou , sly hypocrite, who now wouldst seem Patron of liberty, who more than thou Once fawn'd, and cring'd, and servilely ador'd

tjGo Heaven's awful monarch? wherefore, but in hope To dispossess him, and thyself to reign? But mark what I aread thee now : avaunt. Fly thither whence thou fled'st! If from this hour Within these hallow'd limits thou appear. Back to the' infernal pit I drag thee chain'd,

Satan n'est point troublé par ces mots menaçants ; Une rage nouvelle enflamme tous ses sens : >c Qui ? loi ! toi , me saisir ! loi , me charger d'entraves 1 Audacieux enfant ! sais-tu bien qui tu braves ? Va, je t'apprête un coup plus pesant que mes fers, Que ces portes d'airain , barrières des enfers ; C'est pour toi désormais que sont faits les supplices. Oui, quand ton Dieu lui-même, assemblant ses milices, Sur nous feroit gronder son foudre menaçant ; Quand tous vous seriez joints à ce Dieu si puissant. Vous qui, portant son joug, esclaves fiers de l'èlre , En pompe sur son char promenez votre maiire ; Tremblez ! >• Il dit : la rage enflamme ses regards. Satan est investi d'une forêt de dards : D'épis bien moins nombreux les guérets se hérissent , Quand sur leurs vagues d'or les vents fougueux frémissent. Et que, muet d'effroi, leur maitre suit des yeux Sa récolte incertaine et son espoir douteux. Pareil au mont Athos, terrible, inébranlable. L'affreux Satan prépare un choc épouvantable. Eden auroit péri, les cieux auroient tremblé, Et du monde naissant l'édifice eût croulé ; Mais d'un combat fatal craignant la violence. Dieu saisit et suspend la céleste balance Qu'en son cours annuel le soleil voit encor. Le jour qu'il créa tout , c'est dans ses bassins d'or Qu'il pesa l'air, les flots, la masse de la terre ; Maintenant, aux mortels lorsqu'il permet la guerre. C'est là qu'il pèse encor de ses puissantes mains Le destin des combats et celui des humains. D'un côté c'est Satan, de l'autre c'est l'archange :

And seal thee so , as henceforth not to scorn The facile gates of hell , too slightly barr'd. »

So threaten'd he ; but Satan to no threats Gave heed, but waxing more in rage replied :

970 « Then, when 1 am thy captive, talk of chains. Proud limitary, cherub ! but ere then Far heavier load tliyseif expect to feel From my prevailing arm, though heaven's king Bide on thv wings, and thou with thy compeers, Lis'd to the yoke, draw'st his triumphant wheels In progress through the road of heaven, star-pav'd. » While thus he spake, the' angelic squadron brigiit Turu'd fiery red, sharpening in mooned horns Their phalanx; and began to hem him rouud

<)Ro with ported spears, as thick as when a field Of Ceres, ripe tor harvest, waving bends Her bearded grove of ears, which way the wind Swavs them; the careful plowman doubting stands. Lest on the threshing-floor his hopeful sheaves Prove chaff. On tlie' other side, Satan, alarm'd. Collecting all his might, dilated stood. Like Teneriff or Atlas, unremov'd :

His stature reach'd the sky, and on liis crest Sat horror plumed ; nor wanted in bis grasp

990 What seem'd both spear and shield. Now dreadful deeds Might have eusued, nor only paradise In this commotion, but the starry cope Of heaven perhaps, or all the elements At least had gone to wrack, disturb'd and torn With violence of lhi« conflict, had not soon

Égaux un seul instant, tout-à-coup le sort change-, L'esprit infernal monte, et l'ange redescend. Gabriel l'aperçoit , et d'un ton menaçant :

« Vois là-haut notre arrêt, et de l'un et de l'autre Son pouvoir a jugé; de lui seul vient le nôtre: Son ordre impérieux termine nos combats. Perfide ! j'aurois pu , de ce terrible bras , Abattre un révolté , fouler aux pieds sa tête ; Mais le ciel a parlé , ma colère s'arrête : Toi , crains de la braver ; lève les yeux , et vois Combien ta destinée est légère de poids. » Satan regarde : il voit la terrible balance L'emporter dans les airs , et dicter sa sentence ; En murmurant de lage aussitôt il s'enfuit, Et la nuit ténébreuse en silence le suit.

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