‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 247 sur 391 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

De ta l)onté sans borne ainsi que ta puissance : (^'est à vous d'en parlfr, vous, anges de claries, Vous que Dieu voit toujours debout à ses cotés, Qui, dans un jour sans nuit, l'environnez sans cesse De cantiques d'amour et d'hymnes d'alcgresse. Cieux, terre, célébrez ce maitre souverain, Centre de l'univers , son principe et sa (in ! O loi, qui de^ clartés de la nuit lumineuse Te montres la dernière et la plus radieuse, Qui viens fermer leur marche, et places ton retour Entre la nuit mourante et le berceau du jour , Célèbre l'Éternel, dont la main fait éelore Cette tendre lueur, prémices de l'aurore !

« Et loi, l'ame à-la-fois et l'œil de l'univers. Soil que Ion char brillant sorte du sein des mers, Soit que du haut des cieux lu domines le monde, Soit que tes feux mourants redescendent dans l'onde , Soleil ! toi qu'il empreint de sa vive splendeur. Dans ta course éternelle, altesie sa grandeur; Cours proclamer son nom du couchant à l'aurore; De l'aurore au couchant cours l'annoncer encore ! Et loi, modeste sœur du grand astre du jour, Qui semblés le chercher, l'éviter tour-à-tour; Orbes élincelanls, qui, sans changer de place, Sur votre axe enflammé tournoyez dans l'espace ; Et vous, globes errants, mondes harmonieux, Qui poursuivez en chœur vos cercles radieux , Célébrez le Très-Haut, votre source première. Qui du sein de la nuit fit jaillir la lumière ! Contemporains du monde, éléments fiaternels. Qui rajeunissez tout dans vos jeux éternels. Dont le fécond mélange entretient ses ouvrages , Ainsi que ses travaux , variez vos hommages !

'60 Speak, ye ■who best can tell, ye sons of light. Angels; for ye behold him, and witli songs And choral symphonies, day without night. Circle his throne rejoicing; ye in heaven. On earth join all ye creatures to extol Him first, him last, hiro midst, and williout end. Fairest of stars, last in the train of night. If better thou belong not to the dawn, Sure pledge of day, that crown'st the smiling morn With thy bright circlet, praise him in thy sphere,

'7° While day arises, that sweet hour of |)rime.

« Thou sun, of this great world both eye and soul. Acknowledge him thy greater; sound his praise In thy eternal course, both when thou climb'st. And when high noon hast gain'd, and when thou fall'st. Moon, that now mcet'sl the orient sun, now fly'st. With the fix'd stars, fix'd in their orb that flies; And ye five other wandering fires, that move In mystic dance not witliout song, resound His praise, who out of darkness call'd up light.

'*o Air, and ye elements, the eldest birth Of nature's womb, that in quaternion run Perpelual circle, mnltilorm; and mix And nourish all things; let your ceaseless change Vary to our great Maker still new praise. Ye mists and exhalations, that now rise From hill or streaming lake, dusky or gray. Till the sun paint your fleecy skirts with gold,

Nébuleuses vapeurs, sombres exhalaisons, Fils humides des lacs, des marais et des monis, Soit que vous abreuviez nos campagnes bridantes , Soit qu'au gré du soleil, vos couleurs éclatantes D'or, de pourpre et d'azur embellissent le ciel, Naissez, moulez, tombez, et louez l'Eternel ! Célébrez l'Éternel, fiers autans, doux zéphire ! Vous tous, à qui des airs il partagea l'enqiire, O vents , remplissez-les du nom de votre roi ! Forets, inclinez-vous! cèdre altier, courbe-toi! Bénissez le Seigneur, fiers torrents, sources pures; Et vous , des clairs niisseaux mélodieux murmures ! Qu'il bénisse son nom , l'oiseau vif et joyeux Qui dès le point du jour chante aux portes des cieux ! f ;bœurs des airs , répétez sa louange immortelle ! Qu'elle éclate en vos sons, et vole sur votre aile. Vous tous, qui voltigez, nagez, courez, rampez. Hôtes de5 bois , des champs , des sommets escarpés , Ah ! quand tout s'associe à ce concert immense, Soyez, soyez témoins si je resie en silence ! Oui, le soir, le matin, à chanter ses bienfaits J'insiruis les antres sourds et les rochers nniets ; J'en parle aux champs, aux mouls, à la forêt profonde Salut, Etre divin! salut, maitre du monde! Conduis-nous , soutiens-nous ; et si l'ange du mal Nous tend durant la nuit queUpie piège fatal, Dissipe, Dieu puissant, tous ces fantômes sombres, Comme je vois dans l'air s'évanouir les ombres ! »

Tel prioit l'heureux couple, et dans leur cœur charmé Bientôt est revenu le calme accoutumé. Le matin les rappelle à leur travail champêtre : A travers mille fleurs que l'aurore a fait naître. Sur la fraîche rosée ils avancent tous deux

In honour to the world's great Author rise; Whether to deck with clouds the' uncolour'd sky,

'90 Or wet the thirsty earth with falling showers. Rising or falling, still advance his praise. His praise, ye winds, that from four quarters blow. Breathe soft or loud; and, wave your tops, ye pines, Willi every plant, in sign of worship wave. Fountains, and ye that warble, as ye flow Melodious murmurs, warbling tune his praise. Join voices, all ye living souls : ye birds. That singing up to heaven-gate ascend.

Bear on your wings and in your notes his praise.

»oo Ye that in waters glide, and ye that walk The earth, and stately* tread or lowly creep; Witness if 1 be silent, morn or even.

To hill or valley, fountain or fresh shade, Made vocal by my song, and taught his praise. Hail, universal lord, be bounteous still To give us only good; and if the night Have gather'd aught of evil or conceal'd , Disperse it, as now light dispels the dark ! >• So pray'd they innocent, and to their thoughts

^"> Firm peace rccover'd soon, and wonted calm. On to their morning's rural work they haste. Among sweet dews and flowers, where any row Of fruit-trees over-woody reach'd too far Their pamper'd boughs, and needed hands to check Fruitless embraces : or thcv led the vine

PARADIS PERDU

Alix endroits où leurs fruits , leurs fleurs ont besoin d'eux.

Là , des plants trop nourris les branches vdgalxjudes

Dans leurs embrassemenis languissent infécondes ;

Ils rcprimenl leur luxe : ailleurs un soin plus doux

Ilnii la jeune vigne à l'ormeau son époux;

Ses grappes sont sa dol , et sa tige fertile

Mêle SCS fruits de pourpre au feuillage stérile :

Le roi des cieux, qui voit leur agreste labeur,

Appelle Raphaël , céleste voyageur

Qui conduisit Tobic, et des nœuds d'hyménée

A Sara sept fois veuve unit sa destinée.

.( Raphaël, lui dit-il, lu sais que des enfers S est lancé vers Kden le nionaripie pervers ; Que cette même nuit , poussé par la vengeance, Il a de deux cœurs purs menacé l'innocence. Je connois ses projets : son orgueil in-ilé Veut perdre ces époux et leur postérité. Tars donc, choisis l'instant propice à Ion message, Où, calme et retiré dans le fond d'un bocage, A l'aide du sommeil ou d'un simple festin. Adam respirera des travaux du malin El fuira du midi la chaleur importune.

Par les soins vigilants préviens son infortune, Donne-lui de ce jour la seconde moitié ; Ami , prends avei' lui l'accent de l'amitié ; Peins-lui bien ses devoirs, son bonheur, ma tendresse. De secours suffisants j'ai muni sa foiblesse : C;'esl à lui d'en user : mais, libre dans ses vieu.x , C'esl à lui de se rendre heureux ou malheureux. La liberté pourroil produire l'inconstance ; .Te crains que de son cœur l'aveugle confiance Dans la sécurité ne le tienne endoi-mi. Dis-lui tous ses dangers; dis que son ennemi,

To vvcd her clrii ; she, spous'd, about him twiii«s lier marriageable arms, and wilh her brings Her dower, the adopted clusters, to adorn His barren leaves. Them thus einploy'd beheld i"> Wilh pity heaven's high King, and to him call'd Raphael, the sociable spirit, that deign'd To travel with Tobias, and seeur'd His marriage with the seven-times-wedded maid.

X Raphael, (said he) thou hear'st what stir on earth Satan, from hell 'scap'd through the darksome gulf. Hath rais'd in paradise; and how disturb'd This night the human pair; how he designs In them at onee to ruin all mankind.

Go, therefore, half this day as friend with friend ï3o Converse with Adam, in what bower or shade Thou tind'st him from the heat of noon retir'd, 'I'o respite his day-labour wilh repast, ()r widi repose; and such discourse bring on As may advise him of his happy state.

Happiness in his power left free to wdl, Left to his own free will; his will though free. Vet mutable; whence warn him to beware He swerve not, too secure • tell him witha. His danger, and from wliom; what enemy, 'i>> Late fall'n himself from heaven, is plotting now The fall of others from like state of bliss; By violence? no, for that shall be withstood; But by deceit and lies : this let hira know.

Satan , vent dans sa chute entraîner des complices. Qu'il brave sou pouvoir, mais non ses artifices : Oonire la violence il aura mon appui.

Mais la séduction peut triompher de lui. De l'esprit tentateur qu'il connoisse la ruse : Averti |)ar la voix, il sera sans excuse; Lui seul il aura fait ses crimes et ses maux. » l'el est l'arrêt de Dieu; Raphaël à ces mots S'incline avec respect, et déplovant ses ailes, Qui défendoient ses yeux des splendeurs éternelles, l'end la presse qui s'ouvre, arrive en un instant A la porte du ciel, dont le double ballant Roule sur ses gonds d'or, et, s'ouvrant de lui-mèine, Du divin architecte annonce l'art suprême. Il regarde ici-bas : nul astre, nuls brouillards Dans leur rapide essor n'arrètenl ses regards ; Notre terre bornée à sa dislance énorme Des orbes lumineux lui présente la forme; Il voil du frais Éden le séjour fortuné, Dont le pompeux sommet de cèdres couronné Surpasse en majesté les plus hautes montagnes; Il le voit , tel qu'au sein des humides campagnes L'ile de Jupiler ou la verte Délos, Clomme un point nébuleux, se montre aux matelots. Il s'élance : de l'air il fend les vastes ondes, Nage enlrc les soleils, et traverse les mondes; Tantôt, sur l'aquilon rapidement porté.

File son vol égal avec agilité; Et tantôt, frappant l'air qui s'ouvre devant elles, D'un battement rapide il agile ses ailes. Poursuit, arrive au point de l'empire des cieux Qu'atteint de l'aigle allier l'essor ambitieux. Du peuple ailé des airs la surprise est extrême :

Lest, wilfully transgressing, he pretend Surprisal, uiiadmonish'd., uul'orewarn'd. »

So spake the' Eternal Father; and fullill'd All justice : nor delay'd the winged saint Alter his charge recciv'd; but from among Thousand celestial Ardors, where he stood »^o Veil'd wilh his gorgeous wings, up springing light.

Flew through the midst of heaven; the' angelic quires.

On each hand parting, to his speed gave way

Through all the' empyreal road; till, at the gate

Of heaven arriv'd, the gate self-open'd wide

On golden hinges turning, as by work

Divine the sovran architect had fram'd.

From hence no cloud, or to obstruct his sight

Star interpos'd, however small : he sees,

Not uncoiiform to other shining globes,

ifi" Earth, and the garden of God, with cedars crown'd Above all hills. As when by night the glass Of Galileo, less assur'd, observes Imagin'd lands and regions in the moon; Or pilot, from amidst the Cyclades Delos or Saraos first appearing, kens A cloudy spot. Down thither prone in flight He speeds, and through the vast ethereal sky Sails between worlds and worlds, with steady wing; ISoiv on the polar winds, then with quick fan

Ï7" N^'innows the buxom air; till, within soar

Of towering eagles, to all the fowls he seems

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