‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 288 sur 391 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Ce feuillage pour eux se transforme en ceintures ; eureux , si de leur ame il cachoit les souillures ! élas ! ils ont perdu ces voiles précieux ont l'honneur, la vertu , les paroienl à leurs yeux, elle des Indiens la peuplade alarmée, enouant autour d'eux leu;- ceinture emplumée,

l'aspect de Colomb fuyoit dans les déserts, ans le creux des rochers , sur la rive des mers ; els, tous deux en tissus assemblent le feuillage, ais de leur déshonneur qui peut voiler Timagc ? iligués, sur la terre ils se jettent tons deux; i, des torrents de pleurs s'échappent de leurs yeux : 5 gémissent; l'orage éclate sur leur tète. !ais rien, rien de leur cœur n'égale la tempête : es ^^ves passions le souffle impétueux )ulève dans leur sein ses flols tumultueux : s chagrin , le soupçon , la sombre défiance, es plaisirs déréglés la folle intempérance, i haine, la fureur, s'emparent à jamais e ces cœurs, autrefois l'asile de la paix. 1 raison leur dictoil ses règles soineraines : es désirs effrénés ont secoué les rênes ; l, de leur reine auguste usurpant tous les droits, 'esclaves qu'ils étoient, sont devenus ses rois.

Alors Adam , non plus celui dont les tendresses . sa douce moitié prodiguoient les caresses, [ais Adam criminel , mais Adam condamné , ui reproche, en ces mots, son sort infortuné :

« O femme ! à mes conseils , à mes vœux infidèle ourquoi m'as-tu quitté ? Si ton désir rebelle fe t'avoit point soustraite aux yeux de ton époux ;

They gather'd, broad as Amazonian targe; And, with what skill they had, together sew'd. To gird their waist; vain covering, if to hide Their guilt and dreaded shame! O, how unlike To that first naked glory ! such of late Columbus found the' American, so girt With feather'd cincture; naked else, and wild Among the trees on isles and woody shores. Thus fenc'd, and, as they thought, their shame in part '*" Cover'd, but not at rest or ease of mind, They sat them down to weep; nor only tears Rain'd at their eyes, but high winds worse within Began to rise, high passions, anger, hate. Mistrust, suspicion, discord; and shook sore Their inward state of mind, calm region once And full of peace, now tost and turbulent: For understanding rul'd not, and the will Heard not her lore ; both in subjection now To sensual appetite, who from beneath i3o Usurping over sovran reason claim'd Superior sway.

From thus distempcr'd breast j Adam, estrang'd in look and altcr'd style. Speech intermitted thus to Eve rencw'd:

« Would thou hadst hearken'd to my words, and Staid With me, as 1 besought tliee, when that strange Desire of wandering, this unhappy mora, 1 know not whence possess'd thee; we had then Remain'd still happy; not, as now, despoil' d Of all our good; sham'd, naked, miscraldcl

Nous jouirions cncor du destin le plus doux. Qui brave le péril souvent s'y précipite ; L'insensé le provoque, et le sage l'évite. La foi, sans t'exposer, t'ordonnoit d'obéir; Et vouloir l'éprouver, c'est déjà la trahir. »

>< Pourquoi me reprocher , répond Eve en colère , De l'erreur d'un moment le crime involontaire, Que ta femme peut-être eût commis près de toi , Que mon époux peut-être eût commis près de moi ? Le séducteur, de moi n'avoit point à se plaindre; Ne pouvant me haïr, ai-je eu lieu de le craindre.' Dieu me créa-t-il donc pour la captivité ? Devois-je donc toujours rester à ton côté .•" Et, n'osant me mouvoir qu'au gré de Ion envie, Sur tes moindres désirs régler toujours ma vie ? Si j'ai prévariqué , la faute en est à toi ; N'étois-je pas ta femme , et soumise à la loi ? Tu prévis le danger; pourquoi donc ta prudence M'a-t-elle abandonnée à mon imprévoyance .-' Hélas ! sans ta foiblesse et ta facilité , Mon devoir t'assuroit de ma docilité ; Et tous les deux encor, sans ta molle indulgence. Ainsi que le bonheur, nous aurions l'innocence. »

Ces reproches amers irritent son époux , Pour la première fois enflammé de courroux : « Auteur de ma ruine, hélas ! et de la tienne, Toil à donc ta tendresse, et le prix de la mienne ! Précipité par toi dans l'excès du malheur , Dans tes embrassements j'oubliois ma douleur ; De la coupable erreur innocente victime, J'ai voulu , tu le sais , te sui\Te dans l'abîme.

"40 Let none henceforth seek needless cause to' approve The faith they owe; when earnestly they seek Such proof, conclude, they then begin to fail.»

To whom, soon mov'd with touch of blame, thus Eve: «What words have pass'd thy lips, Adam severe! Imput'st thou that to my default, or will Of wandering, as thou call'st it, which who knows But might as ill have happen'd thou being by. Or to thyself perhaps? hadst thou been there. Or here the attempt, thou couldst not have discern'd

iiio Fraud in the serpent, speaking as he spake; No ground of enmity between us known.

Why he should mean me ill, or seek to harm. Was I to' have never parted from thy side ? As good have grown there still a lifeless rib. Being as 1 am, why didst not thou, the head. Command me absolutely not to go.

Going into such danger, as thou saidsl? Too facile then, thou didst not much gainsay; INay, didst permit, approve, and fair dismiss.

'"5o Hadst thou been firm and fix'd in thy dissent, Neither had 1 transgressed, nor thou with me. » To whom, then first inccns'd , Adam replied: «Is this the love, is tliis the recompense Of mine to thee, ungrateful Eve! express'd Immutable, when thou wert lost, not I; Who might have liv'c^and joy'd immortal bliss. Yet willingly chose rather death with thee? And am I now upbraided as the cause Of thy transgressing ? not enough severe ,

PARADIS PERDU

Ne te souvient-il plus qu'il n'a tenu qu'à moi

D'être heureux, immortel, sans me perdre avec toi ?

Mais j'ai bravé la mort , la vengeance divine ;

El tu viens maintenant m'imputcr la ruine !

J'ai dû me prévaloir de mon autorité !

Mais l'amour connoîl-il tant de sévérité ?

Si j'ai peu fait pour toi , que pouvois-je plus faire ?

Ne te donnai-je pas un conseil salutaire ?

Ne l'ai-je pas prédit, annoncé, répété

Le piège où t'exposoil ton indocilité ?

Eli quoi ! falloil-il donc user de violence ?

Mais, sans la liberté, que vaut l'obéissance ?

Le ciel t'avoit fail lii)rc : à qui l'en preudras-tn ,

Qu'à la témérité de ta fausse vertu ?

D'affronter le péril tu le fis une gloire ;

Tu crus que le comiwl seroit une victoire :

Tu te trompois, hélas! et moi je m'égarois :

Pour autant de vertus je prenois les attraits ;

J'ai cru que, signalant la noble résistance.

Tu me rapporlerois le prix de la constance :

Si c'est un crime, hélas! c'est l'anionr qui l'a fait.

Et iu viens m'accuser de ton propre forfait!

Sexc-iugral ! malheureux celui dont le délire

De sa foible raison t'abaudoime l'empire !

Ton aveugle désir ne connoit plus de frein ;

El si le sort résiste à ton caprice vain ,

On tevoit le premiei blâmer notre foiblesse,

El d'un époux facile accuser la tendresse. »

Ainsi, par leurs débats, leurs cœurs étoieul aigris; Et déjà de leur crime ils reçoiveut le prix.

Page 1