‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 355 sur 391 · JABLONOWSKA · texte numérisé non relu

JABLONOWSKA

Belle Jablonowska, de mon champêtre ouvTage Daignez d'un doux souris favoriser l'honamage. La campagne inspira mes chants ; Là sont unis l'agréable et l'utile; Vos agréments sont faits pour enchanter la ville ;

Mais vos goûls purs vous ramènent aux champs. Je ne puis vous offrir des sceptres , des couronnes , Des temples fastueux , de superbes colonnes ; Mais les divinités, d'un regard complaisant, Daignent sourire au plus simple présent : Ainsi la vive Hamadryade , Ou la Nymphe des bois, ou la jeune Oréadc,

Chez la pieuse antiquité , Dans un temple entouré d'une pompeuse arcade,

On d'une riche colonnade, Par les grands et les rois voyoit son nom fêlé ; Puis rentroit dans son arbre, et sous son frais ombrage, Oubliant et son temple et les palais du ciel , Se contentoit de 1 humble hommage De quelque fleur, ou d un rayon de miel.

l La princesse avoit tenu sur les fonts de baptême l'enfanl d'un Français qui lui adrcssoit ces vers.

Peut-être un jour m'élançant sur vos traces ,

Dans mon essor audacieux Je chanterai vos vertus et vos graces , L'antique sang de vos aïeux.

Cette noble fierté (|uï n'a rien de farouche

Qu'aucun titre n'enorgueillit; Ces entreliens charmanis dont la grace nous louche, El la bonté qui s'embellit En s'exprimant par votre bouche.

Alors de mon succès je ne douterai plus; Votre nom du public me vaudra le suffrage; Avec plaisir mes vers seront reçus , Et le sujet consacrera l'ouvrage.

Avec bouté, dit-on , mes poèmes sont lus • Par votre aimable et verlucuse fille ; Pour moi c'est un litre de plus :

L'indulgence chez vous est un goût de famille;

Même l'on dit que ses heureux essais Daignent de mes tableaux copier quelques traits ' : Si ses vers sont polis , doux , élégants comme elle , Alors, grace à sa main noblement infidèle,

Les miens me sembleront parfaits ; Alors , dans mes Jardins et plus verts et plus frais , Pour couronner mon front je choisis l'immortelle. Dans ses Jardins, où plus d'un couuoisseur Goûta la grace natui-elle De la muse pleine d'appas Qui prit la mienne pour modèle , Les yeux ne rencontreront pas Une fleur aussi fraîche , aussi charmante (ju'elle. A polir mes tableaux j'ai passé bien des ans; Mais la grace n'est pas un ouvrage du temps ; Son maintien élégant, sa forme enchanteresse

Appartiennent à la jeunesse.

Souvent l'été flétrit les filles du printemps, Sur ce rosier, que de ses pleurs arrose La jeune amante de Tithon, Voyez ce tendre rejeton Montrer la fleur nouvellement éclose De son modeste et timide boulon :

Du plus brillant émail sa robe se colore. En célestes parfums son souffle s'évapore; Du coloris le plus éblouissant Son teint varié se compose : Le papillon léger lui-même s'y repose , L'abeille y prend ses sucs , le zéphir caressant D'un murmure flatteur la courtise en passant ,

Et le bouton fait envie à la rose :

Voilà mon sort ; mon vers ( c'est celte vieille lige ) Perd chaque jour de son prestige ; L'aimable fleur qui l'embellil , C'est le talent de voire fille , Où la sagesse à l'agrément s'unit; Par lui mon vers se rajeunit.

Et de ce frais bouton où la jeunesse brille, Le vieux rosier s'enorgueillit.

' La jeune fille de la princesse s'occupoit alors à traduire quelques morceaux du poeine des Jardins.

POÉSIES FUGITIVES

A M. L'ŒILLART-D'AVRIGNY,

AUTBOR d'un POtCMB SUR LAPEYROUSE.

Le poëte immortel d'Achille et d'Andromaque,

Jadis d'un ton harmonieux Chanta le prince errant de la petite Ithaque :

Grace à tes vers ingénieux L'Ulysse des Français nous attache encor mieux. A travers les écueiis, sur les gouffres de l'onde, Nous demandons aux mers sa poupe vagabonde;

Et , tremblant pour ses jours chéris , Craignons , en la cherchant , de trouver ses débris. Sa Pénélope, hélas! dans le royaume sombre Peut-être maintenant accompagne son ombre; L'impatient désir de retrouver l'époux Qu'à ses embrassements ravit le sort jaloux , Lui fit voir sans terreur les voûtes infernales ,

Et du Styx les ondes fatales,

Qui, mieux que ses remparts de fer, Défeiident en grondant la porte de l'enfer. Aujourd'hui, dans les bois des Champs Élysiens,

Dont les paisibles citoyens Bravent le triple cri des gueules de Cerbère , Le couple heureux entend les vers du grand Homère, Et se console en relisant les tiens.

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