‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 357 sur 391 · POUR MOULIN- JOLI · texte numérisé non relu

POUR MOULIN- JOLI

Je suis le talisman de ces lieux de féeries : Malheur à qui me détruira;

Bonheur à qui conservera Les droits de la nature et ces rives chéries 1 Un bon meunier autrefois me plaça

Sur le cours de cette onde pure ;

Un vieux curé me conserva ; Un couple heureux , ami de la nature ,

Me prit en gré, me respecta,

El dit , lorsqu'il me répara :

« Deviens le talisman de ces lieux de féeries :

Malheur à qui te détruira;

Bonheur à qui conservera Les droits de la nature et ces rives chéries ! »

Il dit encore : « Ah ! crains que quelque jour Le faste destructeur, l'ignorance hardie. Pénétrant en ces lieux, n'usurpent ce séjour.

L'ignorance , avec industrie ,

D'un air capable enlaidira

Ce que sans art , sans symétrie , La nature , en riant , de ses mains décora. Les détours ondoyants de ces rives fleuries,

Le faste les redressera ; Ces arbres , de leurs bras couronnant les prairies ,

Le faux goût les mutilera; Ces réduits ombragés, propres aux rêveries,

Un cœur faux les profanera; Et par-tout la nature, insultée et flétrie,

En détestant la barbarie.

De ce séjour disparoitra.

Ali ! sois le talisman de ces lieux de féeries :

Malheur à qui te détruira;

Bonheur à qui conservera Les droits de la nature et ces rives chéries ! »

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