POUR MOULIN- JOLI
Je suis le talisman de ces lieux de féeries : Malheur à qui me détruira;
Bonheur à qui conservera Les droits de la nature et ces rives chéries 1 Un bon meunier autrefois me plaça
Sur le cours de cette onde pure ;
Un vieux curé me conserva ; Un couple heureux , ami de la nature ,
Me prit en gré, me respecta,
El dit , lorsqu'il me répara :
« Deviens le talisman de ces lieux de féeries :
Malheur à qui te détruira;
Bonheur à qui conservera Les droits de la nature et ces rives chéries ! »
Il dit encore : « Ah ! crains que quelque jour Le faste destructeur, l'ignorance hardie. Pénétrant en ces lieux, n'usurpent ce séjour.
L'ignorance , avec industrie ,
D'un air capable enlaidira
Ce que sans art , sans symétrie , La nature , en riant , de ses mains décora. Les détours ondoyants de ces rives fleuries,
Le faste les redressera ; Ces arbres , de leurs bras couronnant les prairies ,
Le faux goût les mutilera; Ces réduits ombragés, propres aux rêveries,
Un cœur faux les profanera; Et par-tout la nature, insultée et flétrie,
En détestant la barbarie.
De ce séjour disparoitra.
Ali ! sois le talisman de ces lieux de féeries :
Malheur à qui te détruira;
Bonheur à qui conservera Les droits de la nature et ces rives chéries ! »