IMITATION
On a accusé Virgile de n'être qu'un servile imi-
serré pour lui la carrière de la fiction et du ] tateur d'Homère. Ce qui a pu le jeter dans cette merveilleux. Presque tout ce qu'il auioit pu feindre auroitété repoussé par les premiers souvenirs de l'éducation et par les premières impressions de l'histoire. C'est ce qui m'a fait dire dans le poème de Y Imagination , ch. V :
O Voltaire! corabien ton sort fut moins heureux.! Ton sujet, un peu triste, est trop près de nos yeux, Est trop près de nos temps. L'histoire rigoureuse. Sans doute, effaroucha la fable ingénieuse. Qui, de loin nous montrant la riche fiction. Se plaît dans le vieil âge, et vit d'illusion : Aussi tu préféras, dans ton style sévère, La plume de Tacite à la lyre d'Homère
Virgile , qui a pris son héros dans l'antiquité fabuleuse, a été plus heureux que Voltaire, mais beaucoup moins qu'Homère, le Tasse et
imitation fréquente, c'est que les Grecs étoient devenus en tout les modèles des Romains : mais la différence des âges et des peuples, et plus encore le génie de Virgile, ont dû donner, même aux traits imités, un caractère nouveau ; et l'esprit aime à franchir la distance qu'a mise entre les mêmes idées une exécution rendue différente par tant de causes et tant de circonstances. On se plaît à retrouver les Romains dans les Grecs, et les Grecs dans les Romains, et à distinguer ce qui appartient a chaque peuple et à chaque siècle. Dans les descriptions que le poète latin nous fait des exploits et des temps héroïques, on reconnoît la manière d'un poète plus moderne, habitant de la capitale du monde , formé par une cour polie, par les études qu'il avoit faites à Athènes,
PREFACE
et par son commerce habituel avec les philosophes, alors très accrédités et très nombreux à Rome. Enfin , les amours de Didon , la descente d'Énée aux enfers, etc., etc., ont une telle supériorité sur les morceaux imités d'Homère , que' Virgile n'a jamais été plus original que dans cette imitation.