Ouvres posthumes
A peine terminé le lent, l'effroyable martyre de Charles Baudelaire, pieusement Théodore de Banville et Charles Asselineau entreprenaient de recueillir dans une « édition définitive » les œuvres de leur ami. Tous deux chérissaient tendrement riiomme et admiraient sincèrement le poète : les discours prononcés sur la tombe du cimetière Montparnasse, leurs biographies enthousiastes le prouvent d'abondance. Donc ils firent de leur mieux. Mais les circonstances adverses, — le stupide jugement de 1857, dont la tardive révolte de l'opinion n'avait pas encore effacé la flétrissure; la nécessité où ils se crurent, pour réussir plus sûrement dans leur œuvre de réhabilitation, d'agir avec prudence et sans heurlerde front lamorale bourgeoise; peutêtre aussi certaine timidité où le cœur eut plus de part que l'esprit, et par laquelle leurs scrupules se flattèrent de mieux honorer un auteur si sévère à lui-même, si épris de perfection, les amenèrent à écarter de leur recueil les six pièces condamnées des Fleurs du Mal, comme tout manuscrit inachevé, — les Journaux intimes avaient bien été écrits,
CEUVRES POSTHUMES
cependant, pour être publiés ! - comme maintesi pages dont la rédaction ne les satisfaisait oas entiè-' rement. Si bien que « l'édition définitive «.même à n'en contrôler les matières qu'avec la bibliographie La Fizehère et Decaux, parue dès 1868, s'avère fort incomplète.
On sait quels efforts fructueux ont été faits depuis pour en combler les lacunes. Pour ne citer que les plus importants, le recueil anonyme édité chez René Pincebourde, en 1872, par Charles Cousin, Poulet-Malassis, Charles Asselineau lui-même et le vjcomte de Spœlberch de Lovenjoul dont les lettres françaises ont eu tout récemment à déplorer la perte; les articles de M. Octave Uzanne dans le Livre (i88i-:884); l'ouvrage capital deM. Eugène Crepet, Charles Baudelaire, Œuvres Posthumes et Correspondances inédites précédées d'une Etude biographique, plus récemment les recherches de MM. Edouard Champion, Féli Gautier et Jacques Crepet ont amené au jour des essais de théâtre les Journaux Intimes A^^ fragments importants de ce Livre sur la Belgique que Baudelaire médita pendant ses dernières années, des notes inédites sur Choderlos de Laclos, sur Villemain, etc., etc. Et nous n'énumérons pas tant de reliquiœ momàv^^ précieuses cependant, que l'heure degloiretira des poussières de l'oubli et des cartons.
Cependanttoutescespiècesdemeuraientjusqu'au-