LE JET D EAU
Variante du refrain {1)
La g-erbe d'eau qui verse Ses mille fleurs,
Que la lune traverse De ses lueurs,
Tombe comme une averse De larges pleurs.
il) La Petite Revue, 8 juillet 1860.
AUTRES POESIES
PUBLIÉES DU VIVANT DE l'aUTEUR
SONNET BURLESQUE (l)
Vacquerie AsonPj- Lade cpi- Què : « Qu'on rie
(i) Ce sonnet, qui parodie le fameux sonnet d'Auguste Vacquerie à Paul Garnier (les Demi- Teintes), avait paru dans la Silhouette du !='■ juin 1845, intercalé dans la lettre suivante :
« Vous n'êtes pas, monsieur, sans ignorer que le thi'àtre de l'Odéon est en pleine démolition. Un antiquaire de nos amis, qui a la manie de chercher proie jusque dans les endroits les plus secrets et les moins praticables, est parvenu à arracher cette curieuse pièce à la fureur des maçons acharnés sur le monument-cadavre.
« P. S. — Nous espérons, monsieur, que vous voudrez bien, dans l'intérêt du jeune auteur des Demi-Teintes en particulier et de la littérature académique en général, donner connaissance de ce fragment aux nombreux abonnés de votre spirituelle feuille.
Agréez, etc., etc.
« Antonius PiNGOmN « Attaché aux dépouillements et embaumements. » (Jardin du Roi. — Section des Volatiles.)
Retrouvé par la Petite Revue (24 juin i8G5), il fut par elle attribué à Charles Baudelaire et les bibliographes baudeiairiens ont généralement admis pour exacte cette attribution. Cependant M. Auguste Vitu en a contesté le bien-fondé dans une lettre citée par M. Jacques Crépet, op. cit., p. 3o4. Selon lui cette parodie serait de Théodore de Banville.
Ou qu'on crie, Notre épi Brave pi-
Aillerie.
0 Meuri- Ce ! il mûri- Ra, momie.
Ce truc-là Mène à l'A- Cadémie. »
SAPHO (l) Fragments littéraires.
« Avant que le Constitutionnel n'imprime la fameuse tragédie de Sapho dans sa Bibliothèque choisie, nous livrons à l'avidité de nos lecteurs quelques fragments de celte œuvre remarquable, où rayonnent l'éclat et la vigueur de l'école moderne ,
(i) Charles Baadelaire. par MM. A. de la Fizelière et Geore^es Dscaux (Paris, à la librairie de l'Académie des Bibliophiles, 1868) « Sap'i), tra:f4die attribuée à Arsène Houssaye pour Kacael. MystificatioQ littéraire, organisée par Auç. Vitu. Un fait-théâtre de l'Epoque lance la nouvelle. L'Entr'actela. reproduit, et lo Corsaire- Satan du 25 novembre i84-î donna un frag-ment de cette tragédie composée en commun par Baudelaire, Banville, P. Dupont et Vilu.>.
Pour compléter cette note de MM. de la Fizelière et Decaux, ajoutons que le Corsaire-Satan, plusieurs mois après eu avoir publié un fragment, continuait à entretenir ses lecteurs de cette fameuse tragédie. C'est ainsi que nous y lisons, en date du 17 janvier 18^6 : « Lundi prochain, M. Arsène Houssaye lira sa tragédie de Sapho au comité de lecture du second théâtre français. M. Bocage est, dit-on, enchanté de cet ouvrage, et se réserve le rôle de Phaon. »
Et encore : « Plusieurs parties de la tragédie de Sapho sont exécutées selon les lois de l'épopée panthéiste. C'est ainsi que le Saut de Leucate est personnifié et prend une certaine part à l'action Ou cite avec éloge un dialogue entre le Saut et la célèbre Lesbienne. »-
AUTRES POÉSIES 4
unies (sic) aux grâces coquettes et charmantes de Marivaux et de Grébillon fils.
Voici quelques vers détachés d'une scène d'amour entre Phaon et la célèbre Lesbienne.
Oui. Phaon, je vous aime; et, lorsque je vous vois.
Je perds le sentiment et la force et la voix.
Je souffre tout le jour le mal de votre absence,
Mal qui n'ég-ale pas l'heur de votre présence ;
Si bien que vous trouvant, quand vous venez le soir,
La cause de ma joie et de mon désespoir,
Mon âme les compense, et sous les lauriers roses
Etouffe l'ellébore et les soucis moroses.
Maintenant Phaon, le timide pasteur, s'épouvante de cette passion qu'il est pourtant tout prêt à partager.
Cette belle a, parmi les genêts près d'éclore, Respiré les ardeurs de notre tiède aurore. En chatouillant l'orgueil d'un berger tel que moi, Son amour n'est pas sans me donner de l'effroi.
A part la réserve, peut-être trop romantique, de ce dernier alexandrin, on ne peut méconnaître une grande fermeté de touche et une sobriété de forme qui rappellent heureusement la facture de Lucrèce, Mais, continue Phaon,
Comme de ses chansons chaudement amoureuses Emane un fort parfum de riches tubéreuses, Je redoute — moi dont le cœur est neuf encor. De ne la pouvoir suivre en son sublime essor ; Je baisse pavillon, — pauvre âme adolescente, Au feu de cette amour terrible et menaçante.
Mainlenant, c'est au lour de Sapho d'exprimer, en traits éloquents, ses doutes et ses alarmes :
Pour aimer les bergers, faut-il être bergère ?
Pour avoir respiré la perfide atmosphère
De tes tristes cités, corruptrice Lesbos,
Faut-il donc renoncer aux faveurs d'Antéros ?
Et suis-je désormais une conquête indigne
De ce jeune berger, doux etblanc comme un cygne?
L'auteur nous pardonnera sans doute ces courtes citations, qui ne peuvent nuire à l'intérêt qu'inspirera son œuvre, et qui sont assez piquantes pour attirer vers elle l'attention et la faveur publiques.»
A UNE INDIENNE (l)
Amour de l'inconnu, jus de l'antique pomme, Vieille perdition de la femme et de l'homme, Curiosité, toujours tu leur feras Déserter, comme font les oiseaux, ces ingrats, Pour un lointain mirage et des cieux moins prospères, Le toit qu'ont parfumé les cercueils de leurs pères.