‹ Ouvres posthumesChapitre 9 sur 95 · LESBOS · texte numérisé non relu

LESBOS

Mère des jeux latins et des voluptés grecques, Lesbos, où les baisers, lang-uissants ou joyeux, Chauds comme les soleils, frais comme les pastèques,^ Font l'ornement des nuits et des jours g-lorieux; Mère des jeux latins et des voluptés g-recques,

Lesbos, où les baisers sont comme les cascades Qui se jettent sans peur dans les g-ouffres sans fonds Et courent, sang'lotant et gloussant par saccades, Orageux et secrets, fourmillants et profonds ; Lesbos, où les baisers sont comme les cascades 1

Lesbos, où les Phrynés l'une l'autre s'attirent, Où jamais un soupir ne resta sans écho, A l'ég'al de Paphos les étoiles t'admirent. Et Vénus à bon droit peut jalouser Sapho ! Lesbos, où les Phrynés l'une l'autre s'attirent!

Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses, Qui font qu'à leurs miroirs, stérile volupté ! Les filles aux yeux creux, de leur corps amoureuses, Caressent les fruits mûrs de leur nubilité ; Lesbos, terre des nuits chaudes et lang"0ureuses !

Laisse du vieux Platon se froncer l'œil austère ; Tu tires ton pardon de l'excès des baisers, Reine du doux empire, aimable et noble terre. Et des raffinements toujours inépuisés.

Laisse du vieux Platon se froncer l'œil austère.

Tu tires ton pardon de l'éternel martyre Inflig-é sans relâche aux cœurs ambitieux, Qu'attire loin de nous le radieux sourire Entrevu vag-uementau bord des autres cieux ! Tu tires ton pardon de l'élernol martyre !

Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton jug-e, Et coudamner ton front pâli dans les travaux, Si ces balances d'or n'ont pesé le délug'e De larmes qu'à la mer ont versé tes ruisseaux? Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge?

Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste? Vierg-esau cœur sublime, honneur de l'Archipel, Votre relig-ion comme une autre est auguste. Et l'amour se rira de l'Enfer et du Ciel ! Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste?

Car Lesbos entre tous m'a choisi sur la terre Pour chanter le secret de ses vierg^es en fleurs, Et je fus dès l'enfance admis au noir mystère Des rires effrénés mêlés aux sombres pleurs ; Car Lesbos entre tous m'a choisi sur la terre.

Et depuis lors je veille au sommet de Leucate, Comme une sentinelle à l'œil perçant et sûr, Qui guette nuit et jour brick, tartane ou frégate, Dont les formes au loin frissonnent dans l'azur; Et depuis lors je veille au sommet de Leucate,

Pour savoir si la mer est indulgente et bonne, Et parmi les sanglots dont le roc retentit. Un soir ramènera vers Lesbos, qui pardonne. Le cadavre adoré de Sapho, qui partit Pour savoir si la mer est iudulgente et bonnel

De la mâle Sapho, l'amante et le poète,

Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs !

— L'œil d'azur est vaincu par l'œil noir que tacliète Le cercle ténébreux tracé par les douleurs

De la mâle Sapho, l'amante et le poète !

— Plus belle que Vénus se dressant sur le monde Et versant les trésors de sa sérénité

Et le rayonnement de sa jeunesse blonde

Sur le vieil Océan de sa fille enchanté ;

Plus belle que Vénus se dressant sur le inonde !

— De celle qui mourut le jour de son blasphème (i),

Quand^ insultant le rite et le culte inventé,

Elle fit son beau corps la pâture suprême

D'un brutal dont l'orgueil punit l'impiété

Do celle qui mourut le jour de son blasphème.

Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente, Et, malgré les honneurs que lui reud l'univers. S'enivre chaque nuit du cri de la tourmente Que poussent vers les cieux ses rivages déserts ! Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente !

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