SIFFLONS SUR LE RESTE
Sous l'ex-roi, il y avait une pairie^ c'est-à-dire
SgS ŒUVRES POSTHCMES
des vieillards impotents pleins de serments, et de rhumatismes.
Il n'y a plus de pairie : sifflons sur le reste!
Sous l'ex-roi, il y avait des soldats barbares, j ivres de sang, les municipaux dont la joie était de descendre un homme du peuple.
11 n'y a plus de municipaux : sifflons sur le reste !
Sous l'ex-roi, il y avait un cens électoral; \ moyennant ooo fr., un imbécile avait le droit de ' parler à la Chambre; moyennant 200 fr., un bour- ■ geois avait le droit de se faire représenter par un \ imbécile.
Il n'y a plus de cens : sifflons sur le reste!
Sous l'ex-roi, il y avait un timbre; une petite gravure large comme un sou qui empêchait les citoyens intelligents d'éclairer leurs frères.
Il n'y a plus de timbre : sifflons sur le reste!
Sous l'ex-roi, il y avait un impôt su^ le sel, qui empêchait la fertilisation des terres, qui enrayait les socs des charrues.
Il n'y a plus d'impôt sur le sel : sifflons sur le reste !
Sous l'ex-roi, il y avait des tas defoutriquets, une légion de ventrus, des armées de bornes ; tous puisaient à pleines mains dans le coffre des fonds ! secrets et s'enrichissaient aux dépens du peuple.
II n'y a plus de foutriquets, il n'y a plus de ventrus, il n'y a plus de bornes que celles des rues.
Sifflons sur le reste !
— L'Odéon représenta, quelque temps avant la.
Révolution, le Dernier Figaro, du sieur Lesguillon. Cet auteur de bas étage fit une pièce contrerévolutionnaire; sous l'ex-roi, il en avait le droit; d'ailleurs, la censure n'eût pas permis de montrer les hommes de 8g à gS sous leur vrai jour. Mais aujourd'hui il est question de remonter cette misérable pièce avec des replâtrages républicains.
Les écoles qui ont sifflé et resifflé le Figaro révolutionnaire ne doivent pas davantage laisser revenir Figaro avec ses bandages, ses compresses, ses béquilles républicaines.
Le peuple saurait bien se conduire si le citoyen Alexandre Dumas tentait de répiiblicaniser son immorale pièce des Girondins.
— Le sieur Ghâtel a fait four. Personne ne veut entendre parler de son Eglise française. Voyezvous, du reste, le lendemain de la prise des Tuileries, le religionnaire idiot qui croit qu'on a le temps de penser à ses messes en mauvais français !
Le peuple a lui-même déchiré toutes les proclamations et placards de ce nigaud de primat des Gaules.
— Quelqu'un court dans le Quartier Latin pour récolter des signatures au bas d'une pétition à cette fin de garder le sieur Orfîla à la Faculté.
Ce vendeur de perlinpinpin, ce chanteur bouffon se sent donc destitué; il est donc coupable.
En toute matière de ce genre, prenons garde à l'indulgence!
— A bientôt la reprise, au Théâtre de la République, du Roi s'amuse, une des grandes œuvres du citoyen Victor Hugo. Il faut que le Théâtre de la Porte-Saint-Martin reprenne au plus vite et l'Auberge des Adrets, et Robert Macaire, et surtout
^00 ŒUVnES POSTHUMES
celte belle pièce de Vautrin, de notre grand rom;icier, le citoyen Balzac.
On parle de jouer Pinto. A quoi bon s'ennu;r pendant trois heures pour entendre crier '.Al. Philippe ! Allusion très significative sous l'ex-r mais sans portée aujourd'hui.
— Que les citoyens ne croient pas aux dann| Hermance Lesg-uillon, aux sieurs Barthélémy, Je. Journet et autres qui chantent la République 1 vers exécrables.
L'empereur Néron avait la louable habitude faire rassembler dans un Cirque tous les mauvf poètes et de les faire fouetter cruellement.
Les rédacteurs : champfleur
BAUDELAn\E et TOUBI
Imp. Ed. Bautruche, r. delà Harpe, 90.
LE HIBOU PHILOSOPHE (i)
I [note]
— Que le titre soit placé haut, que le papier ait I l'air bien rempli.
j — Que tous les caractères employés soient de la i même famille, — unité typographique, — que les ■: annonces soient bien serrées, bien alignées, d'un caractère uniforme.
— Je ne suis pas très partisan de l'habitude dMmprimer certains articles avec un caractère plus fin que les autres.
— Je n'ai pas d'idée sur la convenance de diviser la page en trois colonnes au lieu de la diviser en deux.
— ARTICLES A FAIRE : Appréciation générale des ouvrages de Th. Gautier, de Sainte-Beuve. — Appréciation de la direction et des tendances de la
I Revue des Deux-Mondes. — Balzac, auteur dra- I matique. — La Vie des coulisses. — L Esprit d'atelier. — Gustave Planche, éreintement radical, I nullité et cruauté de l'impuissance, style d'imbécile \ et de magistrat. — Jules Janin : éreintage absolu;
(i) Octave Uzanne, le Livre, lo septembre 1884. — Le Hibou philosophe est le titre d'un hebdomadaire qu'avaient projeté de compaî^nie Baschet, Baudelaire, Champileury, Monselet et André Thomas, vers i853.
402 CEUVRES POSTHUMES
ni savoir, ni style, ni bons sentiments. — Alexandre Dumas : à confier à Monselet ; nature de farceur : relever tous les démentis donnés par lui à l'histoire et à la nature ; style de boniment. — Eugène Sue : talent bête et contrefait. — Paul Féval : idiot.
OUVRAGES DESQUELS ON PEUT FAIRE UNE APPRÉ- CIATION : Le dernier volume des Causeries du lundi. Poésies d'Houssaye et de Brizeux. Lettres et Mélanges de Joseph de Maistre. La Religieuse de Toulouse: a tuer. La traduction d'Emerson. Faire des comptes-rendus des faits artistiques. Examiner si l'absence de cautionnement et la tyrannie actuelle nous permet de discuter, à propos de l'art et de la librairie, les actes de l'administration.
— Examiner si l'absence de cautionnement ne nous interdit pas de rendre compte des ouvrages d'histoire et de religion. Eviter toutes tendances, allusions, visiblement socialistiques, et visiblement courtisanesques.
— Nous surveiller et nous conseiller les uns les autres avec une entière franchise. Dresser à nous cinq la liste des personnes importantes, hommes de lettres, directeurs de revues et de journaux, amis à propagande, cabinets de lecture, cercles, restaurants et cafés, libraires auxquels il faudra envoyer le Hibou philosophe; faire les articles sur quelques auteurs anciens, ceux qui, ayant devancé leur siècle, peuvent donner des leçons pour la régénération de la littérature actuelle. Exemple : Mercier, Bernardin de Saint-Pierre, etc..
— Faire un article sur Florian (Monselet);
— sur Sedaine (Monselet ou Champfleury) ;
— sur Ourliac (Champfleury) ;
BAUDELAIRE JOURNALISTE ^oZ
faire à nous cinq un grand article : la Vente des vieux mots aux enchères, de l'Ecole classique, de l'Ecole classique galante, de l'Ecole romantique naissante, de l'Ecole lunatique, de l'Ecole lance de Tolède, de l'Ecole olympienne (V. Hugo), de l'Ecole plastique (T. Gautier), de V Ecole païenne {i) (Banville), de l'Ecole poitrinaire, de l'Ecole du bon sens (2), de l'Ecole mélancolico-farceuse (Alfred de Musset).
— Quant aux nouvelles que nous donnerons, qu'elles appartiennent à la littérature d\Xtfantas=tique, ou qu'elles soient des études de mœurs, des scènes de la vie réelle, autant que possible en style dégagé, vrai et plein de sincérité.
(i) On sait que le chapitre XIV de l'Art Romantique porte ce titre.
(2) V. la note de Drames et Romans honnêtes. — Œ. G ., tomelll, i p. 290.
NOUVELLES ET ROMANS (i)
[Lis le de dires.]
Un Affamé. — L'Almanach. — L'Amour du roug"e. — L'Amour parricide. — L'Autel de la volonté.— L'Automate. — Jeanne et l'automate. — La Baignoire. — Le Bain et la toilette. — Le Boa.
— Boni/ace. — Le Triomphe du jeune Boniface. — Une brebis galeuse. — Le Galéchisme de la femme aimée. — Le Grime au collège. — La Ciguë islandaise (voyez Gœrres). — Le Déserteur. — Le Déserteur incorrigible. — Le Déshabillage. — Les Enfants précoces. — Les Enseignements d'un monstre. — L' Entreteneur. — La Femme malhonnête. — La Fin du monde. — Le Fou raisonnable et la belle aventurière. — Les Heureux de ce [ou du] monde.
— Un Homme en loterie. — L'Holocauste involontaire. — U Holocauste. — Une Infâme adorée.
— La Licorne. — La Maîtresse de l'idiot. — La
(i) Colleclioa Crépet. — M. Eugène Crépet avait publié, op. cit. une grosse partie de ces listes ou notes. Nous imprimons en italique ceux de ces titres que Baudelaire avait soulignés.
4o6 ŒUVRES POSTHUMES
Maîtresse vierge. — Le Mari compteur. — Le Marquis invisible {très impoi'tanf). — Les Mineurs.
— Le Monde sous-marin. — Les Monstres. — La Négresse aux yeux bleus. — Le Père qui attend toujours. — Pile ou face (i). — Le Portrait fatal.
— Le Portrait impossible (par suite d'antipathie).
— Le Prétendant malgache. — Une Rancune. — Une Rancune satisfaite. — Rêve avertisseur. — Le Rêve prophète. — La Répartie heureuse. — Une Saute de vent. — Spéculation sur la poste. — La Traite des blancs. — Les Tribades. — Le Triomphe de Jeane. — Les Verriers. — Une Ville dans une ville. — Le Visage ingénu.
Le Pauvre affamé. — Supposons un pauvre affamé voulant profiter d'une fête publique et d'une distribution de vivres pour manger. Il est bousculé et assommé par la multitude.
L'Almanach. — Bâtir une spéculation sur un calcul de probabilités relativement aux lettres chargées qui n'arrivent pas et aux indemnités qui en résultent.
L Amour parricide. — Peinture de l'auberge. La femme, le mari, le père du mari. Les amants, toute la ville, y compris le procureur impérial et les gendarmes.
Raison de la haine de la femme contre le père.
Jalousie du mari. Le meurtre, le procès, l'exécution.
(i) Sur une note, les titres Pile oiifuce et Un affamé sont réunis par une accolade en face de laquelle on lit : Conspiration.
L'Automate. — Quel il est, comme amant.
Sorcier, en prévision de malheur, il veut lutter contre les lois de la nature. Son testament : « Si tu m'aimes vraiment... » Et il revit automatiquement. Sa maîtresse se demande laquelle des deux existences est un rêve. L'automate, soufflé par l'âme, lui persuade qu'elle a rêvé autrefois et que maintenant il vit bien réellement.
Cependant l'âme, rougissant de créer le bonheur par le mensonge, préfère commettre un homicide et réveille son amie par la mort, pour lui tout raconter dans le paradis.
Qu'est-ce que le paradis?
Jeanne et l' Automate.
Vieil enlreteneur. — Tous les libertinages.
La danse grammaticale.
La voix de l'adjectif me pénétra jusqu'aux os.
FRAGMENTS (i)
A. est libertin.
A. ae l'est pas encore.
A. mort ne l'est plus.
A. devient libertin.
La froide épouse devient la chaude amante d'un mort.
Sans doute dans quelques moments de délire, je lui prodig'nai des caresses bien vives, car il me dit plusieurs fois qu'il n'aurait jamais supposé tant de diaboliques erreurs dans l'amour d'une honnête femme, surtout d'une philosophe.
Voix du paradis.
Le hic, c'est le drame de la Révélation.
Le style d'autant plus décent que les idées sont moins décentes.
Ce qui devient la touche mystérieuse.
il y a dans la maigreur une indécence qui la rend charmante,
La fin du monde. — Un roman sur les derniers hommes. — Les mêmes vices qu'autrefois. — Dis-
(i) Collection Crépct.
PROJETS ET ^■OTES 409
tances immenses. — De la guerre, des mariages, de la polilique parmi les derniers hommes.
Les dernières palpitations du monde, luttes, rivalités. La haine. Le goût de la destruction et de la propriété. Les amours, dans la décrépitude de l'humanité. Chaque souverain n'a que cinquante hommes armés. (Eviter le dernier Homme) (i).
Le Fou raisonnable et la belle aventurière. — Jouissance sensuelle dans la société des extravagants .
Quelle horreur et quelle jouissance dans un amour pour une espionne, une voleuse, etc.! La raison morale de cette jouissance.
Il faut toujours en revenir à de Sade, c'est-àdire à l'homme naturel, pour expliquer le mal. Débuter par une conversation, sur l'amour, entre gens difficiles.
Sentiments monstrueux de l'amitié ou de l'admiration pour une femme vicieuse.
Trouver des aventures horribles, étranges, à travers les capitales.
La Belle Aventurière. — Roman plutôt que poème.
La Maîtresse vierge. — La femme dont on ne jouit pas est celle que l'on aime.
Délicatesse esthétique, hommage idolâtrique des blasés.
Ce qui rend la maîtresse plus chère, c'est la débauche avec d'autres femmes. Ce qu'elle perd en jouissances sensuelles, elle le gagneen adoration. La
(i) Titre du poème ea prose de Graiaville.
4lO ŒUVRES POSTHUMES
conscience d'avoir besoin du pardon rend l'homme plus aimable. De la chasteté dans l'amour.
Pile ou face. — Avoir découvert une conspiration. — C'est presque une création. — C'est un roman dont je tiens le dénouement. — Je dispose de l'Empire. — Alternative, hésitation. — Pourquoi sauver l'Empire? Pourquoi le détruire ? — Donc pile ou face.
Peut-être une comédie.
Le Portrait fatal. — Méthode analytique pour vérifier le miracle. Portrait du défunt. Découverte du testament. Peinture d'une famille marquée de tristesse fatale.
Le Prétendant malgache. — Retrouver un numéro du Monde Illustré. — Voir MM. Reynaud, Pothey et Delvau, 9, rue Véron.
L'homme qui croit que son chien ou son chat, c'est le diable, ou un esprit quelconque enfermé.
L'homme qui voit dans sa maîtresse un défaut, un vice (physique ?) imaginaire. Obsession.
L'homme qui se croit laid, ou qui voit en luimême un vice (physique ?) imaginaire. Obsession.
L'homme désespéré de n'être pas aussi beau que sa femme.
Celui qui n'est pas beau ne peut pas jouir de l'amour.
Voir la question de la Sultane Alida.
La Foire aux décorations. — Gazette des tribunaux, 3o septembre i858, M. Ducreux, substitut.
Série de scènes du Directoire et du Consulat.
Modes de ces époques.
Estampes indécentes de ces époques.
Le style de Montesquieu.
Les jouissances de i'Eg-lise. Impressions libertines ressenties à Saint-Paul.
Une petite vieille qu'on suit.
La galerie de statues ou de tableaux pour le nouveau don Juan.
Théorie de la foi.
Appliquer à la joie, au se sentir vivre, l'idée d'hjperacuité des sens, appliquée par Poe à la douleur. Opérer une création par la pure logique du contraire. Le sentier est tout tracé, à rebours.
Ni remords ni regrets.
Qu'importe de souffrir beaucoup, quand on a beaucoup joui?
C'est une loi, un équilibre.
Trouver l'algèbre morale de ce dicton.
Refrains variés.
Ecrire à Malassis pour lui demander des livres sur les chauffeurs, lés brigands, les sorciers, surtout après l'époque révolutionnaire.
Vendée.
Schinderhannes (i).
(i) Jean Buckler, dit Schinderhannes (Jean l'Ecorcheur), exécuté en i8o3, chef de brigands célèbre de l'autre côté du Rhin.
4l2 ŒUVRES POSTHUMES
Brigands.
Sorcellerie.
Séquestrations.
Palais et prisons (souterrains).
Et des supplices et des épouvantes !
Tout jeune, les jupons, la soie, les parfums, les genoux des femmes.
L'amour de la perfection. Tout ce dont il se dégoûte, il le détruit.
Il trouve une excuse.
Trouver le dénouement par voie d'analyse.
Pénétrer le sens (vague et général) des couleurs.
Divisions et subdivisions.
Le voluptueux, ayant oscillé longtemps, est tiré de la férocité dans la charité. Quel genre de malheur peut opérer sa conversion? La maladie de son ancienne complice. Lutte entre l'égoïsme, la pitié et le remords. Sa maîtresse (devenue sa fille) lui fait connaître les sentiments de paternité. — Remords : — qui sait s'il n'est pas l'auteur du mal?
Sur l'album de Philoxène Boyer (i).
Parmi les droits dont on a parlé dans ces derniers temps, il y en a un qu'on a oublié, à la démonstration duquel tout le monde est intéressé, — le droit de se contredire.
(i) L'Echo de Paris, iq juillet 1890.