‹ Ouvriers du temps passé (xve- xvie siècles)Chapitre 39 sur 65 · VI, 12, IX · texte numérisé non relu

VI, 12, IX

chaque jour de travail. Ailleurs, on les payait par jour, par mois, par année. L'ordonnance de 1572 décide que les imprimeurs de Paris toucheront 18 livres t. par mois.

Au contraire le salaire des ouvriers en bâtiment de Suint-Omer est un salaire à la journée :

Un ouvrier, Tété . 8 gros.

— l'hiver 6 —

Un charpenlier 7 sols 6 deniers.

Un couvreur avec son manœuvre 5 sols.

Le salaire est à Tannée dans l'industrie d'État que nous avons déjà étudiée, dans les mines en régie du Beaujolais et du Lyonnais :

Conducteurs de travaux .... 30 à 50 livres.

, Simples manœuvres 5 à 10 —

Ouvriers 2 à 4 —

A ces chiffres qui représentent le salaire payé en argent par Tadministration des mines, il convient d'ajouter les avantages multiples assurés aux ouvriers, qui sont blanchis, nourris, logés et éclairés. Malheureusement, si nous possédons les comptes d'exploitation de ces mines, nous ne connaissons pas le nombre des ouvriers ; il nous est donc impossible de savoir quelle était la moyenne payée pour chacun et, à plus forte raison, la moyenne payée pour chaque catégorie de travailleurs. Quelques détails nous renseignent indirectement sur la condition des ouvriers : leur pain était bluté à quatre cinquièmes de froment pour un de seigle ; on achète pour eux 1.000 ânées (charges de 120 kil.) de vin blanc et clairet, 46 bœufs, 21 vaches, 204 moutons, 26 porcs, 16 « bacons », 155 livres d'œufs et fromages, 120 livres de poisson frais et salé, 22 livres d' « aulx, oignons et raiforts », 9 livres d'épices. Cela nous donne l'idée d'une alimentation riche, où le

pain est presque blanc, où figure le vîn, où la viande^ de boucherie joue un rôle plus important que la viande de porc. Le mobilier n'est pas moins soigné : chaque couchette a un lit de plume ou de laine, une couette, un coussin, deux draps et des couvertures ; les dortoirs sont chauffés. Conformément aux règles de la hiérarchie industrielle, on veille à ce que les maîtres de montagne,, puis les charpentiers et les ouvriers de martel, soient mieux nourris et mieux couchés que les simples manœuvres. Mais, dans Tensemble (et sans partager absolument pour cette administration l'admiration de SiméoniLuce), il est certain que nous avons affaire ici à des ouvriers bien traités. Même le service mécjical est assuré par un chirurgien de Lyon, appointé par l'administration. D'ailleurs, comme beaucoup de populations de mineurs du temps actuel, ces ouvriers sont à demi des paysans : ils travaillent au printemps et en automne dans les champs qui appartiennent à chaque mine.

11 convient d'ajouter que l'entreprise échoua au bout d'un an. Est-ce que vraiment les ouvriers étaient trop bien traités ? Ou bien est-ce que l'exploitation directe par FÉtat était, au xv** siècle, la plus désastreuse des combinaisons industrielles?

Nous nous sommes un peu étendus, en raison des particularités qu'il présente, sur cet exemple de salaires à l'année *. Voici maintenant un exemple non moins curieux de salaire payé à la tâche. Il nous est fourni par Tindustrie des soieries, telle qu'elle fut établie à Toulouse vers

Comment se répartissaidnt les bénéfices entre les trois groupes d'individus : capitalistes, maîtres, ouvriers et

1) Du moins calculés à l'année; car nous ne savons si la paie avait iieu en une ou plusieurs fois.

ouvrières, qui collaboraient à la production ? — Pour déterminer exactement les profits du capital dans cette organisation, il faudrait connaître le prix-couraut de la « canne » de soie (1°*,80), et voir de combien il est supérieur au prix payé à l'entrepreneur. Le prix de vente varie naturellement avec les cours, tandis que le prix payé à l'entrepreneur est fixe. L'idéal poursuivi par le législateur est donc d'assurer au travail (à l'entreprise et au travail manuel) une rémunération invariable, indépendante des fluctuations du marché. Les entrepreneurs et les ouvriers n'ont rien à craindre de la baisse, et ne profitent pas de la hausse des produits ouvrés. Ce qui, dans ce système, devient extrêmement variable, c'est le bénéfice du capitaliste ; il peut se définir ainsi : la marge entre une quantité fixe (le prix payé à l'entreprise) et une quantité variable (le prix de vente des soies). Cette marge est énorme si la soie est chère ; elle peut descendre à zéro ou même au-dessous, si le prix des soies vient à baisser.

Les auteurs des statuts, qu'on le sache bien, se sont parfaitement rendu compte de ce qu'ils faisaient ; ils ont très bien vu qu'ils créaient un système artificiel, en contradiction avec les lois économiques naturelles de l'offre et de la demande : « Car, disent-ils, pourrait être que, quand ledit velours n'aurait cours, lesdits marchands viendront diminuer si bas le prix dû aux maîtres pour la façon, que ceux-ci ne s'y pourraient sauver sans grande perte ; et au contraire, quand ledit velours aurait bon cours et dépêche, pourrait être que lesdits maîtres voudraient augmenter les prix si haut que serait cause que les marchands f enchériraient lesdits draps S et en outre que pour l'avcr nir entre lesdits marchands et maîtres pourrait avoir plu-

(1) Ce qui serait contraire à Tintérét du consommateur, c'est-à-dire è rintérêt public, représenté par les capilouls, auteurs du statut.

sieurs différends sur le paiement dudit salaire ; et pour cela éviter est besoin et nécessaire que ledit prix soit taxé ».

Donc les ce maîtres de la manufacture qui prendront besogne à faire des marchands » recevront :

Par canne de velours uni 40 sols tournois.

— satin 20 —

— damas 30 —

Le bénéfice de Tentrepreueur est exprimé par la différence entre ces chiffres fixes et les chiffres, également fixes, de la remise qu'il doit faire à l'ouvrier. Le taux de cette remise — qui ' doit toujours être faite en espèces sonnantes et jamais en marchandises ni denrées — varie suivant la nature du travail. Le texte se borne à indiquer le rapport du salaire au prix total; il est facile d'en déduire le taux même du salaire.

Velours uni : c les maîtres paieront aux compagnons, pour leur façon, les quatre quints (4/5) qu'ils en auront », soit 32 sols.

Satin, les 2/3, sot L 12 sols 2 deniers.

Damas, les 2/3, soit 20 sois.

Mais pour ces deux derniers travaux, il y a deux ouvriers par métier; les prix de 13 sols 2 deniers et de 20 sols doivent s'entendre des prix payés en bloc à chaque métier. Ces sommes se répartissent ensuite ainsi (pour le damas par exemple) :

A l'ouvrier qui travaille sur le métier, les 3/5, soit 12 sols.

A Touvrier qui tire les las ^, les 2/5,

soit 8 —

(1) Avant rinvention du métier Jacquart, pour les étoffes exigeant plus de deux groupes de fils de chaîne, comme on D*usait que de deux lames, des ouvriers spéciaux étaient chargés de tirer sur les diflérents i groupes de fils {lacs ou las) pour les lever et les baisser.

Hauser. — Ouv. du temps passé. 7

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