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I . Un grand patron de Roubaix, qui vit très près de

lB8 OUVRIERS PARISIENS d'aPRÈS-GUERRE

cours de la guerre et depuis l'armistice pour déchaîner une Révolution, ils sont demeurés vains.

Les propagandistes révolutionnaires, loin de trouver bon accueil auprès de leurs camarades d'atelier, se heurtent à leur indifférence ou souvent même à leur résistance réfléchie et énergique. Des ouvriers les combattent ouvertement et efficacement, parlent haut et se font écouter. La multitude ouvrière, déçue dans les espérances puériles ou folles dont elle s'était nourrie, échappe aux meneurs ; elle attend des chefs qui l'organisent et lui assurent, avec la sécurité et l'aisance auxquelles elle aspire, la place qui lui revient dans une société ordonnée et que les paysans y ont conquise.

Certes, l'esprit anti clérical et l'esprit

ses ouvriers, et le curé d'un centre minier du Nord, qui vit depuis vingt ans au milieu des mineurs, ont également constaté : — que l'anticléricalisme actif a disparu, faisant place à de l'indifférence parfois teintée de bienveillance; — que les cabarets sont désertés et les ivrognes devenus très rares; — que la passion révolutionnaire s'est éteinte, faisant place au désir de travailler et de gagner en paix sa vie.

révolutionnaire pourront toujours renaître sous l'influence d'une campagne de presse et de réunions publiques. Des chômages prolongés, les hauts prix des produits de première nécessité et la réduction des salaires, l'aggravation de la situation financière et les difficultés internationales en précipiteraient le retour.

Mais il n'en demeure pas moins actuellement acquis que, sous l'influence de la répression des menées révolutionnaires aux environs du premier mai 1920, le découragement a gagné leurs auteurs, les rangs des militants se sont éclaircis, leurs troupes se sont dispersées. L'Allemagne était le levier ; la Russie, son point d'appui. Mais la France reste la Victorieuse et le bolchevisme russe descend dans un si effroyable abîme que les ouvriers français, en dépit du silence complice ou des audacieux mensonges des journaux qu'ils lisent, ont fini par en connaître et en redouter Ihorreur. Les salariés commencent également à comprendre qu'on ne leur propose sans relâche des utopies séduisantes que

pour les détourner des solutions positives : le travail rémunérateur, la paix dans l'ordre social, le syndicalisme constructeur, les franchises des corps de métier, la constitution d'une fortune collective (i) les garantissant contre la précarité de leur existence, le capitalisme ouvrier substituant à la servitude dans la pauvreté la liberté dans l'aisance. En outre, les salariés éprouvent le sentiment confus de la subordination des problèmes ouvriers aux vastes problèmes économiques que la guerre, en s'achevanf, a posés, et dont la solution est elle-même suspendue à la politique intérieure et extérieure des Etats. Enfin, s'ils faisaient effort pour scruter plus profondément les causes de ces difficultés, ils se convaincraient que nous ne les résoudrons jamais si, en

I. «Cent fois, dans mes tournées parmi la classe ou- « vrière, j'ai répété et démontré aux ouvriers qu'ils « seraient depuis longtemps les actionnaires, c'est-à- « dire les propriétaires et les maîtres, de toutes les « usines, s'ils avaient e»tployé à l'achat des actions les «milliards qu'ils ont portés che:( le marchand de vin. » (Urbain Gohier, La Vieille France, n» 169, 22 avril 1920, p. I et 2.)

dernière analyse, nous ne remontons jusqu'à ce divin Evangile qui a donné au monde la loi de justice et, plus que la justice, l'amour.

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