Ozanam collégien, Ozanam étudiant
Par MM. Georges GOYAU, Léon de LANZAC de LABORIE, Henry COCHIN, Edouard JORDAN, Eugène DUTHOIT, Mgr Alfred BAUDRILLART,; avec Préface de M. René DOUMIC, de l’Académie française (Bibliographie par M. l'abbé CORBIERRE).
PARIS Gabriel BEAUCHESNE
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son apostolat intellectuel
«a Hélas! nous avons aimé comme ami et pleuré ce studieux et pieux jeune homme. »
(LAMARTIXE, Cours familier de littérature, 111, p. 388.)
Un père chrétien, une mère chrétienne, firent de lui un chrétien, tous deux pratiquaient, sous son regard, cette forme d'amour du Christ, qui est l'amour des pauvres ; et des goûts d’apostolat purent s’éveiller en lui lorsqu'il voyait sa mère, chaque quinzaine, grouper autour d'elle les humbles veilleuses lyonnaises qui, sur la paroisse Saint-Pierre, s’occupaient des malades, et leur parler des vérités religieuses’. Il trouva dans sa famille une foi, des vertus, des aspirations, plutôt qu'il n'y trouva sa vocation même. Dans le portrait que trace de lui l’attachante et magistrale biographie récemment publiée par M“ Baunard*, la spontanéité de cette vocation est mise en pleine lumière. Humainement parlant, Ozanam nous apparait comme un autodidacte de l’action chrétienne. Mais je n'aime pas ce mot, lorsqu'il s'agit du zèle pour les choses divines; car chez l'homme qui fait la besogne de Dieu, la spontanéité n'est qu'apparente; un maitre intérieur vit en lui, agit en lui, qui est Dieu.
1. Mer Ozanam, Vie de Frédéric Ozanam, p. 626 (Paris, Poussielgue, 1882). 2. Paris, de Gigord, 1912, 4° mille.
L'espérance qu'avaient mise, en leur fils Frédéric, le docteur et M"° Ozanam, demeurait en decà de ce que Dieu voulait de lui. Ils rèvaient qu'il devint bon juriste, comme son père était bon médecin, et qu'il restät simultanément — à côté si nous osons dire — parfait chrétien. Mais le ferment moral et religieux qu'ils avaient déposé dans son cœur d’enfant recélait d’autres exigences; et devant elles, leurs rèves humains et provinciaux durent s’effacer. Missionnaire de la foi auprès de la science, missionnaire de la foi auprès de la société : voilà ce que peu à peu Frédéric Ozanam voulut être, et voilà ce qu'il fut avec éclat; et dans cette carrière imprévue que ses parents voyaient s ouvrir devant lui sans qu'ils l'eussent eux-mêmes tracée, ce fut son séjour même au collège de Lyon qui marqua la première étape.
Un livre d'Edgar Quinet, Histoire de mes idées, nous a décrit ce qu'était sous la Restauration le collège royal de Lyon. Quinet, qui en fut élève de 1817 à 1820, gardait un souvenir lugubre de ces « voûtes ténébreuses », de ces « portes verrouillées et grillées », de ces « chapelles humides », de ces « hautes murailles qui cachaient le soleil »; mais il se rappelait avec attendrissement comment l’intelligente bonté d’un prêtre avait su, dans ce cadre ingrat, rasséréner ses jeunes années. L'abbé Rousseau, proviseur du collège, avait laissé le petit Quinet se blottir dans une sorte de fourre-tout pour y rêver, pour y lire, pour y vivre de longs jours, en tête à tête avec le Rhône, « beau fleuve rapide, turbulent compagnon ». Et Quinet, près de quarante ans après, écrivait d’une plume émue: « Je ne puis espérer que ce digne homme vive encore. En quelque lieu qu'il soit, je lui adresse ici, du fond de l’âme, ma fervente reconnaissance ‘. » Ozanam, élève externe à partir de 1822, n'eut
1. QUINET, Histoire de mes idées, p. 225-228. (Paris, Pagnerre, 1858.)
pas besoin, pour se plaire au collège, de nouer avec le fleuve Rhône une romantique camaraderie. Il savait gré à cette respectable maison, non point, comme Quinet, des libertés qu’elle laissait à la fantaisie, mais, tout au contraire, de certaines disciplines intellectuelles dont son âme avait profité. Une gratitude plus profonde encore que celle qu’affectait Quinet pour l'abbé Rousseau rendait chère au cœur d'Ozanam la physionomie d’un autre prêtre, l’abbé Noirot, professeur de philosophie, auquel il devait d’avoir retrouvé la sécurité de sa foi, et, avec elle, le goût de la défendre.
En rhétorique, Ozanam, à force d’entendre parler d’incrédules et d’incrédulité, avait commencé de se demander pourquoi il croyait :
Je doutais et cependant je voulais croire, raconte-t-il dans une lettre du 5 janvier 1830; je repoussais le doute; je lisais tous les livres où la religion était prouvée, et aucun ne me satisfaisait pleinement. Je croyais pendant un ou deux mois, sur l'autorité de tel raisonnement : une objection survenait à mon esprit, et je doutais encore. Oh! comme je soufirais! car je voulais être religieux. Ma foi n’était pas solide, et cependant j'aimais mieux croire sans raison plutôt que de douter, parce que cela me tourmentait trop. J’entrai en philosophie. La thèse de la certitude me bouleversa. Je crus un instant pouvoir douter de mon existence ‘.
Mais l’abbé Noirot était la*; et l'esprit d'Ozanam se retrouva d'aplomb.
Les lecons de ce prêtre avaient assez d'ascendant pour que plus tard deux de ses élèves, l’un en 1842, l’autre en 1852, jugeassent utile de publier les notes qu'ils en avaient conservées * : elles exposaient un système « tout à la fois rationaliste et catholique » ‘*, dont le cartésianisme était la base et dont le christianisme était la cime. Je ne