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Revue Européenne, janvier 1833, p

3. La Chapelle Saint-Hyacinthe : souvenirs des catéchismes de la Madeleine, recueillis par unancien disciple de M8'l'évéque d'Orléans. (Paris, Douniol, 1872.)

cinthe étaient comptés ‘. Les adieux de l'abbé Dupanloup, auxquels il assista, l’émurent profondément ; et son parti fut pris de multiplier les instances pour qu'une autre chaire s’ouvriît, plus retentissante, plus altière, plus attirante encore. Ce fut en juin 1833 qu’à l'instigation d'Ozanam une centaine de jeunes gens, écrivant à l’archevêque M£' de Quélen, souhaitèrent « une prédication qui, nouvelle dans sa forme, et descendant sur le terrain des controverses actuelles, prit corps à corps les adversaires du christianisme pour répondre aux objections journellement enseignées » *. Ozanam, Le Joulteux et Montazet, s'en furent, avec ce papier, voir au couvent des Dames de Saint-Michel, rue Saint-Jacques, l'archevêque de Paris. Il les reçut bien, leur confia son pressentiment que quelque chose de grand se préparait, embrassa dans leurs trois personnes toute la jeunesse, et sans doute, après les avoir congédiés, songea longuement à eux. L'hiver suivant, Ozanam recruta de plus nombreuses signatures, à peu près deux cents, pour une seconde pétition : le Paris étudiant réinsistait en vue d’« une prédication qui montrerait l'harmonie du christianisme avec les aptitudes et les besoins de l'individu et de la société, et qui exposerait une philosophie des sciences, des arts et de la vie »*.

Avec Lamache et Lallier, Ozanam sollicita de Quélen une audience nouvelle pour lui remettre ce nouveau manifeste, et pour lui commenter sans doute, de toute l’abondance de son cœur, ces mots qu’il y avait glissés : « Peutêtre, au milieu de ces jeunes gens réunis autour des mêmes autels, naïîtrait un fraternel amour, qui irait chercher l’indigence au dehors et lui porter remède. » Le même jour où ils avaient envoyé leur demande d'audience,

1. Sur l'histoire de l’Académie Saint-Hyacinthe, voir LAGRANGE, Vie de Mer Dupanloup, 1, p. 138-148 (Paris, Poussielgue, 1883). et ScHALL, Adotphe Baudon, p. 14-16 (Paris, Maison de la Bonne Presse, 1897).

2. Pour l'histoire des démarches qui installèrent Lacordaire à Notre-Dame, nous empruntons le double récit de Lallier, d'abord dans ses notes manuscrites, puis dans sa brochure anonyme intitulée : Origines de la Conférence Saint-Vincent de Paul.

3. Voir le texte de la pétition dans les Lettres d'Ozanam, I, p. 85-88.

13 janvier 1834, ils furent reçus. Ils réclamèrent « un enseignement qui sortit du ton et des sujets ordinaires des sermons, où l’on traitàt les questions qui préoccupaient alors la jeunesse, où l'on présentât la religion dans ses rapports avec la société, où se trouvât enfin une réponse, au moins indirecte, aux principales publications d'Allemagne et de France ». Ils jetèrent dans l'entretien le nom de Combalot, le nom de Bautain,et,avec insistance, le nom de Lacordaire : c’étaient là les hommes à la séduction desquels les âmes aspiraient *.

L'archevêque passa légèrement sur ces divers noms, fit causer les trois messagers, et finit par leur dire qu'il espérait les contenter, et qu'au surplus ce qu'il voulait faire serait un essai qui n’engagerait pas pour les années suivantes. Ils allaient sortir quand un visiteur fut introduit, souffreteux, rabougri, le regard éteint par des lunettes vertes ; c'était Lamennais, Lamennais en personne; l'archevèque de Paris espérait encore, à cette époque, le déterminer à certains actes de soumission plus complète, à lasignature de certaines phrases d’adhésion,qui auraient été, au sens authentique du mot, des paroles de croyant; mais sous ce beau nom, le prestigieux écrivain allait bientôt publier d’autres pages... Quélen, en le voyant, cou rut au-devant de lui, lui prit la main, et se tournant vers les jeunes gens : « Voilà, messieurs, leur dit-il, l’homme qui vous conviendrait. Si ses forces et sa voix lui permettaient de se faire entendre, il faudrait ouvrir toutes grandes les portes de la cathédrale, et elle ne serait pas assez vaste pour contenir la foule des auditeurs. — Oh! moi, monseigneur, répondit Lamennais, ma carrière est finie. » Et Lamache, soixante ans après, le revoyait encore, les mains étendues sur ses jambes, levant ses grands

1. À quel moment se place, vers cette époque, la première visite d'Ozanam à Lacordaire, dont vingt-deux ans plus tard Lacordaire gardait le vivant souvenir ? (LACORDAIRE, Frédéric Ozanam, p. 8-9). C'est ce qu'il est impossible de préciser, Lacordaire disant simplement : « C'était dans l'hiver qui liait 1833 à 1834.»

yeux, chargés d’une indicible et amère tristesse ‘. Les jeunes gens se retirèrent, laissant en tête à tête avec leur pasteur celui qu'on avait pu croire prédestiné pour être le guide du renouveau catholique, et qui venait de sonner à leurs oreilles de jeunes son propre glas — un glas déchiré par une fausse note, un glas de cloche félée. Il était encore temps, pour ce « génie superbe », de pardonner certains procédés, qu'Ozanam qualifiait de « dégoûtantes avanies »* et qui allaient le pousser, peu à peu, dans « une voie de colère et d'égarement »: son archevêque, devant les représentants de la jeunesse, l'accueillait avec une confiante chaleur. Mais non, sa carrière était finie, et par un rapprochement presque tragique, dans la même minute où s’achevait l'entretien d'Ozanam et de Quélen sur les nécessités de la prochaine conquête chrétienne et sur les postes d'avant-garde qu'il seyait d'installer, Lamennais, d’un mot, se laissait choir dans l’arrière-garde, sinon déjà plus loin.

L'un des trois émissaires de la jeunesse catholique, Lamache, eutla malechance, au sortir de son audience, de rencontrer l'abbé Migne, et de trop causer; et douze heures plus tard l'Univers religieux, dont Migne était directeur, prolongea le bavardage : la démarche des jeunes gens auprès de l’archevèque y futindiscrètement racontée. Ils en furent très contrariés ; le 14 au matin, Ozanam et Lallier s’en furent auprès de Quélen excuser Lamache. « Ces journalistes n’en font jamais d’autres », déclara le prélat : il embrassa les deux jeunes gens pour les consoler, et puis, les poussant dans un salon voisin, il les mit en présence de sept ecclésiastiques entre lesquels Quélen voulait, au prochain carème, répartir la prédication dans la chaire de Notre-Dame. Il n’y avait là ni Combalot, ni Bautain, n1 Lacordaire ; mais deux futurs évêques, Dupanloup et Thibault, le futur fondateur de l'Oratoire, Petétot,

1. Lettre de Lamache dans le Monde, 4 août 1892 (ALLARD, Paul Lamache, P: 48-19. Paris, Lecoffre, 1893).

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