‹ OzanamChapitre 4 sur 171 · IV PREFACE · texte numérisé non relu

IV PREFACE

au milieu dune foule inepte et sensuelle... Eh! bien, il s'agit avant tout que ces faibles oiseaux de passage se rassemblent sous un abri qui les protège, que ces jeunes intelligences trouvent un point de ralliement pour le temps de leur exil... Il importait donc de former une association d'encouragement mutuel pour les jeunes gens catholiques, où l'on trouvât amitié, soutien, exemple... Or, le lien le plus fort, le principe dune amitié véritable, c'est la charité. » Auparavant il avait organisé, toujours entre jeunes gens, des conférences d'histoire et de droit. Une ardeur généreuse l'enflammait. Quand même on ne partagerait pas les croyances d'Ozanam, comment lire sans émotion des déclarations comme celle-ci, qui jaillit toute brûlante de son cœur : « La terre s'est refroidie : c'est à nous, catholiques, de ranimer la chaleur vitale qui s'éteint ; c'est à nous de recommencer aussi l'ère des martyrs ? » Et comment ne pas saluer avec respect des jeunes gens qui, dans une correspondance familière, s' expriment sur ce ton ?

Les premières visites d'Ozanam avaient été pour Chateaubriandet Ballanche. Il vit Montalembert et Lamennais à la veille de leur départ pour Rome. Il connut Lamartine et Sainte-Beuve. Il s'imprégna de cette atmosphère enfiévrée où les idées les plus contradictoires se rencontraient, prêtes à la discussion, avides de lutte. L'éloquence était le produit naturel de cette société troublée : c'est l'époque des grands cours où se pressait tout le public lettré. La parole de quelques maîtres fameux avait, surtout auprès des jeunes gens, un retentissement énorme; ces maîtres étaient, pour la plupart, des héritiers de la pensée du xvine siècle : allait-on laisser la jeunesse catholique sans orateurs et sans guides ? Ozanam, qui faisait partie de cette jeunesse, qui en était l'un des chefs, sentit le danger et voulut le conjurer. On sait tout ce que peut faire l'initiative d'un seul. C'est à la demande d'Ozanam que s'ouvrent les conférences de l'abbé Gerbet. C'est Ozanam qui présente à Mgr de Quélen une pétition tendant à instituer

Page 1