PREFACE VII
noncait comme un orateur. » Ce savant professeur était éloquent; même, au dire de Cousin qui s'y connaissait, il était le plus éloquent des hommes. Cest de cela qiCil porte aujourd'hui la peine. Une autre tendance a prévalu dans notre haut enseignement. V érudition s'y est installée dans toute sa sécheresse et prétend s'y faire aimer pour elle-même. Mais ses grâces ne sont appréciées que des seuls spécialistes : elles rebutent les auditeurs qui ne sont que des hommes cultivés désireux d acquérir une plus large culture. L'ensemble du public lettré se détourne de la « nouvelle Sorbonne ». Cest la principale cause de cette multiplication des conférences qui pullulent dans Paris. Souhaitons que le souvenir d'Ozanam soit un argument et une aide pour ceux qui réclament le retour à la forme traditionnelle de l'enseignement français.
Il est un autre caractère des leçons d'Ozanam qu'il convient de ne pas dissimuler, de mettre au contraire en son plein jour, avec la même franchise qui fut toujours celle d'Ozanam : c'est, comme on dit dans le jargon d* aujourd'hui f leur caractère tendancieux ou confessionnel. Alors même que V objet de son cours est d'exposer les événements de l'histoire ou le mouvement de la littérature, le professeur garde une idée de derrière la tête, ou, pour mieux dire, il a devant les yeux cette idée qui est sa préoccupation constante : démontrer la vérité de la religion. Il fait plus que de l'avouer, il tient à le déclarer nettement dans la préface des Etudes germaniques : « Ceux qui ne veulent pas de croyances religieuses dans un travail scientifique m'accuseront de manquer d'indépendance, mais je ne sais rien de plus honorable qu'un tel reproche. Je ne connais pas d'homme de cœur qui veuille mettre la main à ce dur métier d'écrire sans une conviction qui le domine, dont il dépend par conséquent. » Empressons-nous de remarquer qu'ici encore on ne saurait séparer Ozanam de son temps. Il défendait le catholicisme dans son cours, comme l'attaquaient dans les leurs un Michelet et un Quinet — dont il n'avait pas la violence. C'était la conception d' alors . Quand