M. G. Heinrich
qu'elle est remplie du pardon des fautes humaines. Il n'y trouvait que « consolation et espérance ».
Toute sa vie fut remplie par le désir de ces deux choses. Un jour il les avait vues en action. Il s'était trouvé à Rome, — dans la Rome de sa foi, — sur la place du Quirinal, par une belle soirée d'été, et il avait vu un jeune pape, Pie IX, dans une auréole de beauté, de sainteté, de gloire et de popularité, faire descendre la bénédiction de Dieu sur une foule silencieuse et ravie. Ozanam avait gardé de ce souvenir l'âme toute pleine : à quelque temps de là, il ne put résister au désir de raconter cette scène de « consolation et d'espérance » à son auditoire de Sorbonne, le jour où il commençait son cours sur le Purgatoire ' .
Ozanam a bien prévu la suite de l'action de Dante sur nos intelligences modernes. Nous n'irons pas jusqu'à dire avec Lamartine : & Dante semble un poète de notre, époque 2 », — mais il est certain que quelques-uns des meilleurs d'entre nous, quelques-uns des premiers, dans ce temps où nous vivons, dans tout le monde civilisé, ont trouvé chez cette homme unique la ressource d'àme qui leur était nécessaire. Il répond aux besoins des hommes les plus divers. Je ne vois pas que jamais aucun poète, après autant de siècles, soit resté en communication avec autant d'esprits et de cœurs.
Cependant aucune époque n'est aussi différente de la nôtre que celle de Dante. Tout a disparu, des hommes et des institutions. Ecoutez en quels termes inspirés Ozanam le dit : « Cinq cents ans ont passé depuis que le vieil Alighieri s'est endormi à Ravenne sous le marbre sépulcral. Depuis lors se sont succédé vingt générations « d'hommes parlants » (suivant l'énergique expression des Grecs) — et les paroles qui sont tombées de leurs bouches, non moins encore que la poussière de leurs pas, ont renouvelé la face de l'univers. Le Saint Empire romain n'est