‹ Ozanam, livre du centenaireChapitre 150 sur 192 · OZANA.M, .1/. Ampère, Mélanges, t. II, p · texte numérisé non relu

OZANA.M, .1/. Ampère, Mélanges, t. II, p

l'apologiste 387

lîallanche, toutes les lumières qu'il apportait à tant de jeunes gens troublés par le. spectacle des ruines politiques, tentés par l'éloquence des prédications nouvelles, jetés dans les angoisses du doute qui mouilla si souvent de larmes le chevet de leurs lits ' ; et relevés, raffermis tout à coup par le bon exemple d'un grand esprit qui ne trouvait le christianisme ni trop étroit pour lui, ni trop vieux. Gomment les intelligences qu'il visitait ainsi ne se fussent-elles pas attachées à un maître si secourable ? Comme elles lui devaient la sécurité de la foi, elles lui durent l'ardeur de la science et le goût de la méditation2. »

J.-J. Ampère qui savait à quoi s'en tenir, après avoir énuméré les hommes éminents avec qui Ozanam, jeune, avait eu affaire, n'a pas craint d'apporter cette affirmation : « M. Ballanche, son compatriote, lut celui qui le toucha davantage3. »

Au surplus, celles des idées de Ballanche que l'on peut considérer comme « spécifiques » ont marqué d'un sillon le cerveau d'Ozanam.

C'est au contact de l'effroyable « terreur lyonnaise » que s'est éveillée la pensée de Ballanche. Il a dû, comme le fait très justement remarquer Victor de Laprade, ses premières, ses plus profondes émotions, non pas à des événements personnels, mais à de grands faits politiques. Et de là, si je puis dire, le pli social qui se retrouve toujours chez lui, quelque question qu'il aborde, l'inquiétude aussi avec laquelle il consacra sa vie à « déchiffrer la redoutable énigme que propose de nouveau à chaque siècle le sphynx de l'humanité ».

Cette préoccupation sera celle d'Ozanam.

Mais « pour posséder un sentiment juste et complet des destinées sociales, il faut d'abord avoir compris les époques finies; pour bien les comprendre, il faut les avoir

1. Ce sont les expressions mêmes dont se sert Ozanam pour parler de 1« crise qu'il a traversée.

2. Ozanam, Ballanche, Mélangea, t. II, p. 100. 3.GitéparCn. Hoit, Ballanche, p. 251.

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aimées. Les hommes, dont la vie intellectuelle commence par la négation des anciennes croyances, se condamnent presque toujours à rester injustes et passionnés. Pour qui ne veut pas la commencer à sa première page, l'histoire reste un livre fermé. Ce génie de Ballanche, si progressif, si clairvoyant, si amoureux de l'avenir, nous pourrions dire si prophétique, s'est formé à l'école des vieilles traditions *. »

Très splendidement Ballanche a écrit : « L'homme o-randit au milieu des tombes de ceux qui l'ont précédé : de même l'humanité grandit sur les ruines des nations 2. »

Ce sens de la tradition, ce sens des « tombeaux », nul ne le possédera plus que Frédéric Ozanam ; c'est avec les reliques du passé qu'il entendra réédifier la cité nouvelle; ses premières lettres ne sont-elles pas toutes pleines de cette idée ?

Mais cette cité nouvelle il la veut, et Ballanche l'a voulue avant lui; entre ceux qui prétendent continuer une époque finie etceux qui demandent un avenir sans racines dans la tradition, il apparaît comme « le plus sage et le plus sincère des conciliateurs, parce qu'il a le sentiment le plus juste de ce passé dont il fallait s'affranchir sans avoir la folle passion de la supprimer3 ».

Le « vieillard » de Ballanche cherche à détourner les jeunes intelligences du culte acharné des idées vaincues ; il ranime en elles l'espoir d'un avenir qui vaudra mieux que le présent.

Sa grande œuvre, c'est la Palingénésie sociale, qui parut en 1827, — Ozanam avait quatorze ans, — livre auquel son auteur avait d'abord voulu donner le titre, significatif aussi, de Théodicée de V Histoire, livre étrange où l'érudition prétend marcher de pair avec l'inspiration. Ballanche est au premier chef un historien mystique4; et, c'est aussi

1. Victor de Laprade, Ballanche, ta vie et ses œuvres, p. 15.

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