Ozanam, Mélanges, I, p
uns et dans les autres. On verrait la partie fidèle de l'humanité s'avancer sous l'œil de Dieu, passer de la forme patriarcale à la forme de peuple, et de celle-ci à la forme universelle ou catholique : dans ce dernier état, on verrait enfin l'humanité chrétienne, grandissant encore, traverser successivement l'ère de la foi, qui est celle des martyrs et des Pères, l'ère de l'espérance, qui embrasse les temps laborieux du moyen âge, et l'ère de la charité, qui commence au siècle de sainte Thérèse, de saint Charles Borromée et de saint François de Sales, arrive jusqu'à nous et doit se prolonger jusqu'à la réalisation complète de la loi évangélique dans l'état social : époque où la cité de la terre se transfigurera pour devenir la cité de Dieu l.
Quelques mois se passaient; et durant ses vacances lyonnaises de i836, avant de retourner à Paris, Ozanam montait deux fois à Fourvières pour prier devant l'autel de saint Thomas Becket en vue de l'essai qu'il préparait sur deux chanceliers, Thomas Becket et Bacon*.
Ainsi coupait-il court à ses malaises, par la préparation de quelque besogne nouvelle. C'était l'époque où beaucoup de jeunes gens avaient du vague à l'âme. Dieu et le travail arrachaient Ozanam à la morbide obsession du vague; et les souffrances mêmes, qui lui semblaient paralyser son action, avaient l'évidente vertu de parachever sa vie intérieure et de le pousser à vouloir le progrès de son âme : c'est dans une de ces minutes fécondes qu'il se reprochait de n'avoir pas porté assez avant dans son cœur la pensée du monde invisible, du monde réel ; et d'avoir trop exclusivement considéré le christianisme comme « une sphère d'idées, une sphère de culte, et pas assez comme une sphère de moralité, d'intentions, d'actions 8 ». A l'issue de ces heures de tourments intérieurs, retentissait encore l'appel des conférences Saint- Vincent de Paul, réalisation par excellence de ce christianisme pratique dont cet intellectuel avait soif.
L'année 1837 l'éloigna de Paris; c'est comme professeur,