‹ Ozanam, livre du centenaireChapitre 98 sur 192 · Purgatoire, p. 69 et suiv · texte numérisé non relu

Purgatoire, p. 69 et suiv

4. Voir, sur l'éternelle jeunesse des idées politiques et religieuses de Dante, quelques belles pages, un peu tendancieuses, dans Kkals, Dante, sein Lebcn und sein Werk, notamment p. 720 et suiv. et 76S-770.

5. Il faut ajouter d'ailleurs que ces leçons ont été professées de 1847 à 1850, ■en un temps où l'agitation extérieure pouvait facilement gagner les salles de

cours.

malgré quelques sens discutables, il n'y en a pas sans doute de meilleure en français; pour la comparer à deux autres, parues vers le même temps, et qui ont joui d'un succès mérité, elle est plus élégante que celle de Fiorentino, et serre le texte de plus près que celle de Mesnard. Dante, à vrai dire, — et on sent cela d'autant mieux qu'on le goûte davantage, — décourage bien souvent le traducteur, pour des raisons d'ailleurs différentes de beaucoup d'autres poètes. Ce que Ion désespère de rendre, en lui, ce n'est pas l'harmonie musicale du vers, ni ces alliances de mots hardies, étrangères à la pure logique, mais évocatrices de sentiments et d'images. C'est quand il est le plus simple qu'il est parfois leplusintraduisible.il présente plusieurs des caractères et des difficultés de cette langue latine dont l'italien est demeuré plus rapproché que le français. L'extraordinaire raccourci de son style, ses inversions, la suppression de tant de particules qui encombrent notre langue, lui donnent tour à tour une grâce et une énergie inimitables. La seule nécessité — et comment s'y soustraire? — de rétablir l'ordre logique des mots, et d'introduire des articles, fait ressembler toute traduction à un délayage '. Mais un très bon juge, J.-J. Ampère, en même temps qu'il faisait de très fines remarques sur l'impossibilité d'une traduction parfaite, constatait avec raison que l'on trouve dans celle d'Ozanam, « ce qui est plus important encore que la fidélité des détails, la fidélité de l'ensemble; on y sent d'un bout à l'autre cette suavité mélancolique qui donne au Purgatoire un charme si pénétrant, une beauté si attendrie, et que L'âme noble et douce, passionnée et souffrante d'Ozanam était si bien faite pour exprimer2 ». Le résumé d'ensemble et le jugement final sur toute cette partie, la plus origiiîale sans doute et la plus dura-

1. Cf. le jugement un peu dédaigneux de Kraus (op. cit., 499) sur les traductions françaises en général, comparées aux traductions allemandes ou anglaises. Il est certain que l'anglais ou l'allemand se prêtent davantage à rendre des œuvres poétiques.

2. Article d Ampère dans le Journal des Débats, reproduit en tète du t. IX des Œuvres, pp. xn-xiv.

ble de l'œuvre d'0/.anam, Sainte-Beuve1 l'adonné en ces quelques lignes, où une légère réserve, conséquence de leur irréductible divergence d'esprit, ne fait que rehausser la force et la valeur de l'éloge : «M. Ozanani, doué d'enthousiasme et les yeux dirigés vers un soleil qui l'éclairait plus vivement sur quelques points, et qui l'éblouissait peut-être sur quelques autres, a porté l'admiration plus loin qu'il n'est donné à de moins ardents de la concevoir et de la soutenir pour ces formes si compliquées de l'esprit humain au moyen âge. Il a du moins rassemblé tout ce qui peut aider à faire mieux comprendre le monument poétique dans l'explication duquel il a gravé son nom. Aujourd'hui en France, l'étude de la Divine Comédie, inépuisable dans le détail, est fixée quant à l'ensemble i. »

Nous plaçons ici, pour ne pas séparer ce qui concerne les études italiennes d'Ozanam, l'ouvrage qui fut le fruit principal de sa mission de 1847 3. Nous avons fait remarquer déjà qu'il est unique dans son œuvre. D'ordinaire il cherche à agir sur le grand public et à l'instruire. Celte fois, dans ce recueil de textes et de notices d'un caractère tout technique, il ne s'est adressé qu'aux spécialistes; et si son érudition reste très vivante et sans rien de rébarbatif, bien des gens sans doute la trouveraient austère. Si aride et si décousue que doive sembler notre analyse, nous ne pouvons cependant nous dispenser de la tenter, sous peine d'oublier un trait essentiel dans le portrait d'Ozanam historien. Peut-être d'ailleurs sera-t-il possible

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