‹ P.-J. de BérangerChapitre 104 sur 147 · MADAME MERE · texte numérisé non relu

MADAME MERE

La noble dame, en son palais de Rome, Aime à filer ; car, bien jeune, autrefois, Elle filait en allaitant cet homme

Qui depuis l'entoura de reines et de rois. Près d'elle, assise, est la vieille servante Qui, nouveau-né, le reçut dans ses bras.

Au bruit de leurs fuseaux elles disent : Hélas ! Que la fortune est décevante !

Madame attend un message de Vienne.

Fils de son fils, elle te sait mourant (1).

« A son chevet point de mère qui vienne Veiller, prier, pleurer, dit-elle en soupirant.

J'ai vu la mort fuir aux cris d'une mère ;

Mais lui, né roi, le pauvre infortuné, A nos vainqueurs d'un jour otage abandonné,

Meurt de la gloire de son père!

(1) Le duc de Reichstadt.

234 =^= BEHANGER. — CHAP. IX

« Sans cette gloire, ah ! le père lui-même Vivrait encor, soleil de mes vieux jours. Un ancien roi, privé du diadème,

Vingt ans et plus du sort peut rêver les retours ; Mais de son char qu'un victorieux tombe, Soudain les rois, qui se prosternaient tous,

Courent, sans prendre temps d'essuyer leurs genoux, Du pied le pousser dans la tombe.

« Vierge Marie, ah! tenez heu de mère A cet enfant qui m'a souri si beau.

L'unique vœu de ma vieillesse amère, C'est à sa piété de devoir un tombeau.

Et, s'il se peut, fils et Français fidèle, Sans être roi, ni vengeur ni vengé, Que dans Paris un jour l'enfant rentre chargé De la dépouille paternelle. »

Mais on annonce un messager de Vienne.

« Madame, il pleure, il est vêtu de deuil. »

Elle sait tout ; il faut qu'on la soutienne ; Elle semble à genoux prier sur un cercueil.

« Pauvre orphelin, objet de tant d'alarmes, »

Dit-elle enfin après un long effort, « Adieu ! l'enfant n'est plus ! Ah ! tout mon fils est mort, Hélas ! et je n'ai plus de larmes. »

Des simples chants que ton grand nom m'inspire,

Napoléon, c'est ici le dernier.

Képublicain, s'il a blâmé l'Empire, Sur ta chute et tes fers pleura le chansonnier.

Pour réveiller notre France abattue,

J'exaltai l'homme, et non le souverain.

Puisse la main du peuple incruster dans l'airain Mon nom au pied de ta statue !

Dernières Chansons, 6G.

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